Pôles de compétitivité: Naissance des premiers clusters algériens

Créés à l’initiative de l’État (cluster de l’industrie mécanique de Constantine, clusters de l’automobile et de l’industrie chimique d’Oran) ou de divers opérateurs privés (cluster de l’industrie des boissons de Béjaia, de la mécanique de précision de Jijel, des cosmétiques à Blida et beaucoup d’autres en gestation), les pôles de compétitivité communément appelés « clusters », se mettent progressivement en place. De créations récentes, ils font leurs premiers pas dans un environnement qui n’est, il est vrai, pas encore prêt à les recevoir. La bataille pour se faire admettre par des entreprises habituées à travailler seules et des universités qui leur ont longtemps tourné le dos sera dure mais, pas du tout, impossible estiment les pionniers des clusters algériens qui ont déjà réussi la gageure de convaincre de nombreuses entreprises à les suivre dans cette palpitante aventure de l’entrepreneuriat collaboratif.

Établir des synergies durables entre des entreprises qui n’ont jamais eu l’habitude de participer à des projets communs et, encore moins, de travailler avec des universités qui leurs avaient, il est vrai, longtemps tournés le dos, n’est effectivement pas facile, mais le pari mérite d’être engagé dans cette démarche pragmatique qui a beaucoup apporté aux entreprises dans les pays qui en ont fait l’expérience. Des universités comme celle de Bejaia, de Tizi-Ouzou et l’École National Polytechnique d’Alger, sont sans doute celles qui contribuent le plus concrètement à la naissance de clusters algériens.

Identifié à un territoire, une région ou au pays tout entier, les pôles de compétitivité visent à créer les meilleures conditions possibles de collaboration entre des entreprises d’une même filière et les milieux du savoir (universités et centres de recherche) en mesure de promouvoir des innovations multiformes et des formations conformes aux attentes des entreprises insérées dans des pôles de compétitivité.

Les clusters qui viennent de voir le jour à l’initiative d’opérateurs privés ont pris la forme de Groupements d’Intérêt Économique (GIC), une forme juridique très souple qui permet à l’entité créée d’être opérationnelle dés sa constitution par quelques membres fondateurs et de s’élargir au gré de l’intégration de nouveaux adhérents. La capitalisation de ces Groupements se fait au moyen des cotisations modulées en fonction de l’opulence financière des entreprises concernées. A titre d’exemple une Start’up qui vient de démarrer ne paiera que 50.000 dinars par an.

Le souci premier d’un cluster est l’innovation, cette incontournable exigence à défaut de laquelle les entreprises adhérentes souffriraient d’une insuffisance de compétitivité qui les exclurait des marchés extérieurs. Ce sont les universités et les centres de recherche partenaires des clusters qui les aideront par des actions multiformes à améliorer leur compétitivité au moyen de l’innovation de leur management, de leurs produits ou de leurs services, le but étant de les rendre plus aptes à exporter. Les universités et les centres de recherche auront également vocation à dispenser dans les clusters des formations qui collent à la réalité et, autant que possible, les aider à conduire et capitaliser les changements à opérés à l’intérieur des pôles de compétitivité. La maîtrise des langues étrangères est, à ce titre, nécessaire estiment les responsables des premiers clusters algériens car, affirment-ils, ces derniers se doivent de travailler à l’international pour mieux capter les innovations déjà effectuées et accroître au moyen du marketing effectué généralement en langue anglaise, leurs parts de marché à l’étranger.

Conscient que les clusters sont, dans l’état actuel de la législation, limités dans leurs actions, le gouvernement algérien vient d’étoffer l’arsenal juridique régissant les pôles de compétitivité avec notamment la promulgation de la nouvelle loi sur les PME et celle relative à la qualité. Les dispositions visant à encadrer et stimuler la sous-traitance (création d’un département de la sous-traitance au sein de l’ANDPME) sont également de nature à favoriser le travail collectif et innovant appelé à se développer dans les clusters. Les clarifications juridiques et les mesures incitatives apportées par la nouvelle loi sur les PME, devraient convaincre les entrepreneurs les plus récalcitrants de se lancer dans l’aventure des clusters. Quatre nouveaux projets sont, d’ores et déjà, formulés dans des filières aussi diverses que les cosmétiques, l’agroalimentaire, l’électronique et l’informatique.

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