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Messaoud Belambri, président du Snapo: « Vu toutes les pressions subies, nous allons vers une action de contestation nationale »

Dans cet entretien, le président du syndicat national des pharmaciens d’officines, MBelambri nous explique le malaise vécu ces derniers jours par la profession à commencer par la dernière correspondance adressée par un sénateur au ministre de la Santé.

Algérie-Eco : Le Sénateur Abdelouahab Benzaim a adressé une correspondance au ministre de la Santé, au sujet des agréments des pharmaciens d’officines. Selon le Sénateur, des pharmaciens ayant atteint l’âge de la retraite revendent leurs agréments à de jeunes diplômés contre la somme de 30 millions de dinars (3 milliards de centimes) ? Quel commentaire faites-vous dans ce sens ?

MBelambri : Les agréments ne se vendent pas, c’est juste certainement une mauvaise compréhension de la question. Le fonds de commerce est une notion légale et réglementaire du droit de tout citoyen algérien exerçant une activité commerciale quelle que soit la nature de cette activité. Le fonds de commerce pour l’officine pharmaceutique est tout ce que peut posséder un pharmacien après 40 ans d’exercice, ou même moins. La notion du fonds de commerce existe par la force de deux lois, celle du commerce qui en parle dans plus d’une centaine d’articles, et la loi sanitaire du 02 juillet 2018, dans son article 249, et ce spécifiquement pour l’officine. Le fonds de commerce pour l’officine est incontestable. La valeur du fonds de commerce n’est pas fixée par son titulaire, mais par l’exercice comptable de l’officine; comme il se fait pour toute entreprise soumise au régime du réel, à la facturation, aux opérations bancaires, aux paiements mensuels de la TAP, et de l’IRG. Le fonds de commerce est la propriété de son titulaire et personne ne peut exproprier le citoyen algérien de son « bien ». Ceci est garanti par la constitution. N’importe quel parlementaire doit œuvrer pour le respect et l’application des textes réglementaires qu’il a lui-même validé. par ailleurs, le numerus clausus institué par 04 arrêtés ministériels et un arrêt du conseil d’Etat, ainsi que le fonds de commerce institué par la loi sanitaire et le code du commerce, constituent les fondements et la spécificité de la profession, leur remise en question impactera gravement et de manière directe tout le secteur de la santé, et compromet l’accessibilité de nos concitoyens au médicament, il est totalement de parler d’ultra libéralisme dans le secteur du médicament ou même de libre concurrence, c’est un produit de santé qui est soumis à des règles de gestion très strictes, si on parle de libre concurrence ceci veut dire: encourager l’automédication, la délivrance sans ordonnance, encourager même la toxicomanie.

Le Snapo a réagi tout de suite avec un communiqué, pouvez-vous nous en dire plus ?

Il est plutôt utile de chercher les vraies raisons qui poussent les pharmaciens à abandonner le métier et à céder leurs officines, c’est sur cette question qui menace la stabilité du secteur que nos politiques et députés doivent se pencher il faut chercher où se situe le mal qui touche la profession, et le mal qui gangrène certaines mentalité.

En France, il y a juste quelques temps, une officine fermait chaque trois jours par cession du fonds de commerce, ceci a ébranlé toute la classe politique, et le parlement s’est autosaisi de la question en interpellant le ministère de la santé pour demander une enquête sur ces fermetures inquiétantes car ceci menaçait la stabilité du service de santé publique. Ils ont plutôt cherché les véritables raisons « économiques » de ces fermetures, en essayant de trouver les moyens de stabiliser la profession et rassurer les pharmaciens. Personne n’a dit que la cession des officines était illégale et personne n’a accusé le pharmacien d’enrichissement inacceptable ou immoral. Vous voyez c’est la mentalité qu’il faut changer chez certains, c’est leurs principes qu’il faut réparer, et ce sont les raisons qui poussent les pharmaciens à abandonner un métier « si noble » qu’il faut chercher …

En Algérie la formation de nouveaux diplômés dans la filière dépasse tous les besoins, et elle est faite de manière intense et irréfléchie, pourquoi former des pharmaciens chômeurs, toutes les filières sont saturés, même la distribution avec ses 700 répartiteurs enregistrés et agréés et même l’industrie pharmaceutique avec toutes les unités en activité et celles qui sont en projet sont déjà saturées en matière de recrutement de pharmaciens. Les pharmaciens d’officine ont même fait l’effort de recruter des pharmaciens assistants, mais leurs capacités financières restent extrêmement limitées. Les prix du médicaments sont toujours à la baisse, les ouvertures de nouvelles pharmacies ne s’arrêtent pas, chaque année il y a 300 à 400 nouvelles pharmacies qui ouvrent  malgré la saturation, car on est à une moyenne nationale de UNE officine pour 3660 habitants, et aucune perspective de développement économique ne se pointe à l’horizon, même les textes d’application de la loi sanitaire ne voient pas le jour, notamment celui de la formation tant attendu, les services liés à la santé, le texte règlementaire du pharmacien assistant, nous sommes en trains de recruter et de travailler sur le tas, sans bases juridique sur plusieurs plans, le ministère n’a même pas initié un programme de formation du personnel officinal, un personnel du même rang que les paramédicaux, nous formons nous mêmes des universitaires BAC+3 et BAC+4 de divers spécialités (biologie, informatique , marketing..) et nous les adaptons aux besoins de l’officine. Le Snapo a initié deux formations avec le ministère de la formation professionnelle et une autre avec la direction de la formation du ministère de la santé, mais elles ont été carrément bloquées alors qu’il y a un véritable besoin de formation de ce personnel spécifique à l’officine sans compter les postes d’emploi qui vont être créés..

Avez-vous saisi à votre tour les autorités concernées à ce sujet?

La profession vit un malaise sans précédent, et vu toutes les pressions subies nous allons vers l’impasse sinon même vers une action de contestation nationale. Nous rappelons que les officines emploient plus de 70.000 personnes et que si l’économie de l’officine continue à être ébranlée il y a une réelle menace sur le maintien de ces emplois.

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