Activités de François Gouyette en Algérie : La France « déplore » les déclarations de Belhimer

Activités de François Gouyette en Algérie : La France

La France a réagi, lundi 12 avril 2021, aux récentes déclarations du ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement, Ammar Belhimer, au sujet des activités de son ambassadeur en Algérie, François Gouyette. En effet, Paris a déploré les critiques et menaces du Gouvernement algérien à l’encontre de son ambassadeur qui ne reflètent pas, selon elle, la « qualité » des relations bilatérales entre les deux pays.

Après les déclarations jeudi dernier au Sénat du ministre du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, El Hachemi Djaaboub, qui a qualifié la France d' »ennemi traditionnel et éternel » de l’Algérie. Le ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement a évoqué, samedi, dans un entretien accordé au site arabophone « Arabic Post », les activités de l’ambassadeur de France en Algérie qui a rencontré ces dernières semaines plusieurs chefs de partis politiques, notamment de l’opposition.

« Je crois que l’ambassadeur de France ne ratera pas ces précieuses opportunités grâce à sa grande expérience et sa connaissance des limites et des règles de la pratique diplomatique, notamment en Algérie, qui, le cas échéant, n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires pour corriger la situation », a déclaré Ammar Belhimer.

Lors d’une conférence de presse lundi, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès von der Mühll, a déclaré : « Nous déplorons ces différentes déclarations, qui ne reflètent ni la qualité de nos relations bilatérales, ni la dynamique de leur renforcement, soutenue au plus haut niveau par les autorités de nos deux pays ». Selon elle, l’ambassadeur de France en Algérie effectue sa mission dans le plein respect de la souveraineté algérienne. » œuvre au renforcement de nos relations bilatérales, conformément à la volonté les autorités françaises », a-t-elle estimé.

Report de la visite de Jean Castex

Les déclarations de Ammar Belhimer sont intervenus juste après le report « sine die » d’un déplacement du Premier ministre français Jean Castex, prévu dimanche 11 avril à Alger. Celui-ci devait être accompagné par une délégation composée de 4 ministres, pour co-présider avec le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, le cinquième Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN).

Pour ce qui est des raisons du report de cette visite, les services du Premier ministre français ont avancé le motif du contexte sanitaire lié à la pandémie de la Covid-19, ce qui n’a pas permis le déplacement d’une importante délégation en Algérie. De leur côté, les autorités algériennes ont jugé le format de la délégation française trop réduit par rapport aux enjeux de cette visite. 

Autres raisons de l’annulation de cette visite, le fait qu’à la veille du déplacement de Jean Castex à Alger, l’annonce jeudi dernier de la création d’une antenne de La République en Marche (LREM) (parti du président français Emmanuel Macron) à Dakhla au Sahara occidental occupé. La semaine dernière, le MAE français, Jean-Yves Le Drian s’est entretenu par visioconférence avec son homologue marocain, Nasser Bourita.

Le MAE français a rappelé « le soutien de la France à la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. » Il a également rappelé que dans cette perspective, « la France considère le plan d’autonomie marocain comme une base sérieuse et crédible », lit-on sur le site du ministère français des affaires étrangères.

L’Algérie défend, elle, un référendum qui permettrait aux populations de ce territoire de dire si elles veulent rester indépendantes ou être rattachées au Maroc. Lors de sa rencontre périodique avec des responsables de certains médias nationaux, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a rappelé la position de l’Algérie au sujet de la cause sahraouie. Il a rappelé que le dossier du Sahara occidental demeure une question de décolonisation et que son règlement implique un retour aux décisions onusiennes pertinentes, exprimant son souhait de voir les frères (Royaume marocain et front Polisario) parvenir à une solution acceptée par les deux parties.

La France souhaite l' »apaisement »

Dimanche, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes s’est exprimé sur le report de la visite de son Premier ministre en Algérie. Clément Beaune a réfuté toute « tension » entre la France et l’Algérie autour de la visite de Jean Castex.

« Le fait qu’il n’y ait pas pu y avoir cette rencontre de haut niveau entre les deux gouvernements n’est pas lié à une tension entre la France et l’Algérie mais à la situation sanitaire qui ne permettait pas au gouvernement français d’aller en grand nombre en Algérie », a-t-il dit dans l’émission « Le Grand Jury » des médias RTL/Le Figaro/LCI.

Clément Beaune a indiqué : « la France souhaite un apaisement dans la relation avec Alger malgré quelques paroles excessives à son encontre et le report d’une visite du Premier ministre Jean Castex en Algérie. » Réagissant aux propos du ministre du Travail, El Hachemi Djaaboub, Clément Beaune a considéré que ces propos n’ont pas de raison de conduire à un rappel de l’ambassadeur de France en Algérie. « Non, je ne crois pas », a-t-il dit, interrogé sur une telle possibilité. « Il faut apaiser tout cela », a-t-il ajouté.

A noter que le nouvel ambassadeur d’Algérie en France, Mohamed-Antar Daoud, a remis lundi ses lettres de créance au président Emmanuel Macron.