Produits interdits à l’importation, transactions en devises… les explications de Souhil Meddah

Produits interdits à l'importation, transactions en devises... les explications de Souhil Meddah

L’expert financier et directeur général du cabinet RMGC Advice & Solution, Souhil Meddah, revient dans cet entretien sur les récentes décisions annoncées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, sur l’ouverture de banques algériennes à l’étranger et sur l’interdiction d’exporter certains produits.

Algérie-Eco : Le président a décidé de soumettre à l’approbation du conseil du gouvernement, tout engagement financier dans l’importation et toute transaction en devises. Qu’en pensez-vous de cette mesure ? Quelles seront les conséquences ?

Souhil Meddah : Il y a deux ongles d’approche qu’il faut retenir par rapport à cette décision. D’abord sur un plan macroéconomique, il s’agit de la volonté d’impacter les équilibres de la balance commerciale et des paiements aussi en misant sur une politique de réduction et de limitation des importations, or que dans une configuration d’un libre marché traditionnel, cette tendance ne peut pas coïncider facilement avec les critères de ce libre marché, qui en principe doit s’appuyer sur l’accumulation de plusieurs flux entrants et sortants, entre importations et exportations élargies sur d’autres gammes de produits et services. La composition de la balance commerciale doit être traitée par des critères bilatéraux et ensuite dans une lecture beaucoup plus généralisée, mais aussi sur la composante des importations qui est scindée en plusieurs catégories. Ces catégories ou groupes d’importation reflètent l’image réelle de la société de son modèle économique et de ses demandes cadrées à travers des familles des besoins directs ou indirects, d’utilité publique, d’équipement pour l’investissement public ou pour l’investissement privé. Le fait d’intervenir en permanence sur ces critères dans le but de garantir des économises financières des soldes restants sans pourvoir dégager une contrepartie en offres ou en valeurs, impliquera de facto et sur le moyen et le long termes une tendance mercantilisée de notre modèle économique, qui ne peut pas durer dans le temps.

Sur le plan microéconomique, la question est de pouvoir intervenir directement dans des activités commerciales qui sont en lien direct avec les consommateurs ou les demandeurs de services et d’équipements. Il s’agit d’opérations qui se comptabilisent par milliers, reparties sur plusieurs domaines, qui sont techniquement sont difficile à gérer sur le plan administratif et qui en même temps, sont le moyen qui permet de répondre aux besoins d’un marché local en biens et services et aussi de générer une partie importante de la fiscalité ordinaire sur des valeurs sures et avec des méthodes déclaratives règlementées.

Dans le cas où cette application de méthodes de restriction s’installe durablement, les conséquences directes et indirectes impacteront graduellement les équilibres du marché local en offre face à la demande, elles impacteront aussi le niveau de la fiscalité locale et pousseront aussi beaucoup d’opérateurs de recourir au marché informel de la devise pour compenser leurs besoins en financement dans au fur et à mesure qu’ils seront forcés de réduire les valeurs absolues de leurs importations sans toucher aux quantités commandées.

Si par contre cette décision est limitée dans le temps, elle impactera temporairement et d’une façon partielle les besoins du marché local. Elle ne doit donc pas s’éterniser, car les relations commerciales avec le reste du monde sont basées sur la diversification des échanges et non sur restrictions des approvisionnements.

Une approche macroéconomique offensive se mesure dans sa capacité de recycler les valeurs et non sur le droit de leur sauvegarde, car la question des ressources financières nécessite une approche beaucoup plus axée sur le modèle de développement et les instruments qu’il lui faut, avec également une sélection des types d’investissement qui méritent le soutien et les avantages.

Le président a ordonné l’ouverture de banques algériennes à l’étranger. Est-ce réalisable sachant l’archaïsme de nos banques ?

Cette question est nécessaire à la fois pour réguler quelques formes de transactions commerciales avec les pays voisins afin de les canaliser et contrôler leurs flux financiers, en mettant un terme également aux trocs qui existent notamment dans la région sud du pays. D’autre part et pour la zone Europe ou les pays dans lesquels notre diaspora est présente, il est essentiel d’investir graduellement sur ces zones qui potentiellement sont des sources de ressources en monnaie étrangères pour le compte de la balance des paiements ou des apports vis-à-vis des IDE qui peuvent transiter sur nos succursales installées dans ces même zones.

L’ouverture de succursales à l’étranger est pour les banques un acte d’investissement qui doit prendre en considération le cout et le temps qu’il faut face à un effet de levier dégagé sur les accumulation des valeurs rapatriées ou collectées et attirées depuis les régions ciblées.

La rentabilité de cet investissement bancaire fait appel aussi à des conditions préalables sur les conditions d’investissements locaux et d’écoulement des produits et services de et vers les autres marchés.

Il a aussi décidé de soumettre à l’approbation préalable du conseil du gouvernement ou du conseil des ministres, en cas de nécessité, toutes les mesures relatives à la définition de la liste des produits interdits à l’importation. ». Quel est votre avis sur cette décision ?

Une éventuelle définition des produits interdits à l’importation devient utile et positive que dans le cas où elle sera destinée pour soutenir et protéger les produits qui sont déjà fabriqués et disponibles localement, en leur ouvrant les voies d’implantation sur rapide sur le marché local de la demande, sans qu’elle soit source de monopole, de duopole ou d’oligopole, c’est-à-dire qu’elle doit toujours garder son option de régulation de marche en cas de besoin. A titre d’exemple le marché des céramiques avait pendant une période accusé un lourd cout de sa non-compétitivité, du fait que la demande était orientée vers les produits qui provenaient des autres pays avec un cout presque égal par rapport à la production nationale.

Il est aussi question par exemple de faire valoir notre droit à revoir les compositions et les aboutissants de l’accord d’association conclu avec l’union européenne par rapport aux échanges sur des produits similaires ou sur l’esprit dominant sur notre marché local qui est considéré comme un espace de consommation exclusive.

 

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