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Tewfik Hasni: « Il ne faut pas penser que le coronavirus serait la cause de la crise économique actuelle »

Dans cet entretien, l’expert en énergie, M. Hasni s’exprime sur plusieurs sujets d’actualité à commencer par la baisse du prix du pétrole et son impact sur l’économie mondiale et sur l’économie de l’Algérie. Le sujet le plus important évoqué est celui de la demande de l’Algérie d’une réunion urgente de l’Opep face à cette situation. M. Hasni dira à ce sujet qu’il n’était pas optimiste déjà pour la dernière réunion malgré tout l’enthousiasme marqué par les Médias et il ne peut pas l’être aujourd’hui alors que personne n’a réagi à la demande de l’Algérie.

 

Algérie-Eco : Les prix du pétrole sont au plus bas depuis 17 ans. Mis à part le Coronavirus, quelles sont les vraies raisons de cette chute ?

MHasni : Il ne faut pas faire l’erreur de penser que le coronavirus serait la cause de la crise économique actuelle. J’ai eu à m’exprimer sur la radio chaîne 3 pour rappeler que la crise actuelle est d’abord une crise économique pire que celle de 2008. Cette dernière était une crise financière qui avait été circonscrite à Wall Street et gérée par la sphère financière US. La crise actuelle est une crise majeure qui affecte la sphère réelle créatrice de richesses. Elle va entraîner des grands changements, dans la mesure où le Monde unipolaire dominé par le dollar US risque de connaitre sa fin. Le prix du pétrole est affecté par d’une part la récession confirmée induite par la crise actuelle. Elle réduit la demande au moment ou l’offre pétrolière augmente. D’autre part, la transition énergétique due aux problèmes climatiques voit l’avènement des énergies renouvelables et des voitures électriques.

L’effondrement des cours du pétrole rend la situation « critique » pour l’Algérie en raison de sa dépendance à la rente pétrolière, quel impact faut-il attendre pour l’économie nationale?

Nous avons abordé le sujet plusieurs fois et nous ne cessons pas de répéter qu’il faille, à présent, prendre la résolution de sortir de la dépendance du pétrole. Les médias doivent aussi comprendre qu’il ne faut plus entretenir le mythe de la remontée du prix du pétrole. Au moment ou le pétrole est à environ 22$/bbl et qu’il peut descendre encore. Au moment ou les majors pétroliers demandent l’intervention de l’Etat US pour faire pression sur l’Arabie Saoudite pour l’amener à réduire sa production. Au moment ou les majors voient leurs actions en bourse s’écrouler et les petites entreprises de services prendre la charrette des faillites. Au moment ou des officiels américains devant l’inflexibilité de l’Arabie Saoudite, rappellent que les Accords de Quincy sont toujours en vigueur et menacent de reprendre l’Aramco pour continuer à assurer la sécurité du pouvoir saoudien, vous ne pouvez pas continuer à réfléchir sur la nécessité de maintenir la dépendance à la rente pétrolière.

Vous avez toujours défendu l’idée du développement des énergies renouvelables pour compenser les pertes des recettes des hydrocarbures. Quelles solutions faut-il suivre dans ce cas là?

Les solutions au plan énergétique sont évidentes, puisque vous mentionnez les énergies renouvelables (ENR). En effet le programme de développement des ENR se soutient encore malgré la crise majeure. Il faut savoir que les experts recommandent ce qui suit : « Les secteurs économiques dominants seront d’ailleurs aussi ceux de l’empathie : la santé, l’hospitalité, l’alimentation, l’éducation, l’écologie. En s’appuyant, bien sûr, sur les grands réseaux de production et de circulation de l’énergie et de l’information, nécessaires dans toute hypothèse. » L’Energie restera une forte demande stratégique, La sécurité alimentaire imposera le développement de l’Agriculture et de l’eau en conséquence. Pour cela il faut bien sûr les ressources humaines, ceci avec la santé, l’éducation. Les ressources de la planète sont rares, vous ne pourrez assurer la mise en œuvre de ce programme que par un respect d’un développement durable avec une austérité et une sobriété. Ce sera la garantie pour un financement de ce développement. Il est clair que ceci doit s’accompagner d’une réforme profonde du monde des affaires.

Face à cette situation, l’Algérie demande une réunion urgente de l’OPEP, êtes-vous optimiste quant aux résultats qui peuvent en découdre ?

Je n’étais pas optimiste déjà pour la dernière réunion malgré tout l’enthousiasme marqué par les Médias. Je ne peux pas l’être aujourd’hui alors que personne n’a réagi à la demande de l’Algérie pour la tenue de cette réunion. Cependant, je dirai plus, l’Arabie Saoudite a officiellement annoncé l’augmentation de sa production à plus de 10 millions barils/jour.

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