Présidentielle : Le pathos au secours de candidats désavoués

Présidentielle : Le pathos au secours de candidats désavoués

Les premières journées de campagne électorale ont été marquées de séquences d’émotion prêtant une humanité aux candidats à la Présidentielle à défaut de crédibilité sur le plan des programmes.

Les chaînes de télévision privées, sous l’épée de Damoclès de l’agrément temporaire obligeamment octroyé en 2013, se sont empressés de répondre à l’appel du chef d’état-major de l’Armée à « dire la vérité sans craindre les reproches de ceux qui font de l’alarmisme leur moyen médiatique idéal ». Et ce, en optant pour moyen médiatique les fameuses « séquences émotion » qui font le bonheur des émissions de télé-réalité.

Ceux que Gaïd Salah qualifie affectueusement d’« hommes intègres » du secteur de l’information ne lésinent en effet pas sur la rediffusion d’extraits vidéo capturant ces moments où les concurrents en lice laissent échapper des larmes accidentelles. Ici, à l’égrenage de perles de sagesse d’un cheikh de zaouïa, , à la déclamation d’un poème à la propre gloire du candidat. On n’oubliera évidemment pas la prière accomplie à même le trottoir, là encore signe d’une ferveur touchante qui saura faire pleurer dans les chaumières.

Les journalistes premiers fautifs

Si ces appels à la commisération et ces preuves d’humanité font écho au jeu d’acteurs auquel se livrent les hommes politiques du Tiers-Monde, il est à déplorer la qualité de la couverture médiatique proposée par nos chaînes de télévision. Outre les appels ostentatoires à voter (الجزائر_تنتخب#) lors de la « fête nationale » programmée pour le 12 décembre, on y retrouve les pratiques les plus viles en termes de marchandisation politique. En ce, au nom de la vidéo courte et digeste à destination d’un public qu’on devrait cesser de prendre pour moutonnier depuis la prise de conscience du Hirak.

Un journalisme de séquences émotion, de déclarations chocs et de clash en tout genre, voilà ce que le ministère de la Communication et la communauté des journalistes arabophones auront su nous offrir en ce début de campagne électorale. L’Histoire se souviendra sans doute des manifestations de protestation contre la tenue de l’élection et son casting, et des efforts du microcosme médiatique mandaté pour les noyer sous les larmes de candidats désavoués.

Bessa, Résidence la Pinède