Une feuille de route pour faire du Machreq un pôle du numérique

Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, les pays du Machreq pourraient devenir un pôle du numérique en renforçant l’écosystème de cette nouvelle économie, et acquérir ainsi une position de force pour affronter la concurrence régionale et internationale. Ils disposent pour cela de deux avantages comparatifs essentiels : un niveau d’enseignement supérieur compétitif et une jeunesse technophile, ainsi qu’une situation stratégique qui leur permet d’être au centre du commerce de services de pointe et de la connectivité.

Intitulé Mashreq 2.0 : Digital Transformation for Inclusive Growth and Jobs, le rapport dresse un inventaire des infrastructures numériques en Iraq, en Jordanie et au Liban. Il passe en revue les cadres légaux, réglementaires et institutionnels qui régissent le secteur et pointe les obstacles qui entravent le plein essor de l’économie numérique dans ces pays. La publication analyse le potentiel des applications et plateformes digitales intersectorielles, en se penchant sur les secteurs de l’énergie, de l’inclusion financière, de l’administration en ligne, du commerce régional et de la logistique, de l’agriculture et de la formation professionnelle.  « Alors que la région du Machreq se trouve à un tournant critique, la transformation numérique peut lui permettre de faire face à des défis parmi les plus pressants, à savoir la nécessité de favoriser une croissance inclusive et de créer les emplois dont sa jeunesse dynamique a tant besoin, souligne Saroj Kumar Jha, directeur régional de la Banque mondiale pour le Machreq. Consciente de l’importance de la transformation digitale, la Banque mondiale s’est engagée en octobre 2018 à soutenir un grand projet de “conquête numérique” qui vise à doubler l’accès au haut débit d’ici 2021 et à étendre l’accès aux paiements numériques. »

Le pouvoir transformateur de l’économie digitale réside dans les milliards de données produites et de transactions électroniques effectuées par les entreprises, les particuliers et l’administration publique tous les jours. Cette transformation peut conduire à plus d’efficacité, accélérer l’inclusion des groupes économiques et sociaux à la traîne et améliorer la gouvernance et la transparence. Les technologies disruptives modifient également le mode d’activité de secteurs clés de l’économie, dont notamment l’agriculture, l’électricité, les hydrocarbures et la production industrielle.

En s’inscrivant dans la ligne tracée par la stratégie de la Banque mondiale pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les pays du Machreq ont la possibilité de créer l’infrastructure nécessaire au développement d’une économie numérique plus sophistiquée et de tirer parti d’une jeunesse rompue au digital pour s’imposer comme le pôle numérique de la région.  « Il est indispensable de renforcer la contestabilité des marchés pour atteindre les cibles du projet de conquête numérique, affirme Carlo Maria Rossotto, spécialiste principal des politiques en matière de technologies de l’information et de la communication à la Banque mondiale et auteur principal du rapport. Les pays du Machreq vont devoir réduire les profits excessifs en stimulant la concurrence, renforcer les institutions de réglementation, créer des mesures d’incitation réglementaires et généraliser l’accès au haut débit grâce à une utilisation proactive des subventions publiques. »

Les infrastructures de haut débit sont porteuses de croissance économique car elles permettent d’accéder facilement à l’information et d’accroître l’efficacité et la productivité économique. Une augmentation de 10 % seulement de la pénétration du haut débit se traduirait par un gain de PIB de 1,4 %, avec à la clé une amélioration significative de la croissance économique et de l’intégration commerciale dans la région. Globalement, en ce qui concerne l’adoption, la vitesse, l’utilisation et le prix des services haut débit fixe, il existe un écart encore considérable entre les pays de la région et des économies émergentes comme la Turquie, la Roumanie et la Bulgarie qui sont plus performantes en matière de développement de l’économie numérique.

Par ailleurs, l’expansion des réseaux d’accès jusqu’au « dernier kilomètre » (c’est-à-dire jusqu’à l’utilisateur) est le domaine auquel les pouvoirs publics devront accorder la plus grande attention, mais aussi celui qui pourrait attirer les investissements les plus élevés — sachant que pour étendre l’accès à l’internet haut débit par fibre optique à 30 % de la population du Machreq (13 millions de ménages environ), les besoins d’investissement sont compris entre 4 et 5,2 milliards de dollars.

En outre, constate le rapport, alors que le Machreq possède un réseau d’interconnexion régional bien développé pour le haut débit, celui-ci est en réalité sous-utilisé en raison de facteurs liés aux conflits et à l’instabilité, à une économie politique complexe et à l’absence de réformes au niveau national. La région jouit cependant d’une position géographique stratégique pour ce qui est de son accès à l’infrastructure internet mondiale. Et les pays du Machreq pourraient tirer profit de leur proximité avec des axes majeurs de câbles sous-marins via une plus grande libéralisation des passerelles internationales et des points d’échange internet.

Source WBANK

Bessa, Résidence la Pinède