Abdelhamid Boudaoud, président du CNEA : « Le problème que connaît : le pays en matière de construction n’est nullement imputable aux architectes »

Dans cet entretien, le président du collège national des experts architectes (CNEA), MBoudaoud, réagit aux dernières recommandations issues de la conférence nationale sur la gestion des catastrophes.  Selon lui, sur le plan juridique, le pays est étoffé d’un arsenal juridique parfait en matière de prévention des catastrophes naturelles. Malheureusement dans la pratique, des lacunes et des imperfections sont régulièrement enregistrée, précise-t-il.

Algérie-Eco : La conférence nationale sur la gestion des risques de catastrophes a eu lieu dernièrement. Le volet construction a été abordé lors de cet événement. D’abord que pensez-vous de cette initiative ?

MBoudaoud : C’est une rencontre comme toutes les précédentes qui parlent de ce sujet, sans pour autant qu’il y ait un suivi des recommandations. Je vous donne un simple exemple. En 2003, juste après le séisme de Boumerdès, au temps de Chrif Rahmani qui était ministre de l’environnement, il a été décidé de préparer un document de deux volumes par une cinquantaine d’experts, et j’étais convié à y participer, et ce sur la prévention contre les catastrophes naturelles. Malheureusement ce projet n’a jamais abouti, pourquoi, on l’ignore. On aurait pu éviter beaucoup de drames causés par les catastrophes naturelles comme les inondations, ou les tremblements de terres si vraiment il y avait une application des lois ou des propositions des architectes.

Justement, le collège des experts architectes a à maintes reprises fait des propositions à ce sujet. Y- a t-il eu un écho de la part des responsables du secteur des collectivités locales?

Malheureusement non. Depuis la création du CNEA, plus de 130 séminaires ont été organisés et plusieurs d’entre eux ont été consacrés aux catastrophes naturelles. Des journées débat ont été organisées sur le problème de l’architecture anarchique en étudiant notamment les conséquences de la loi 08-15 du 20 juillet 2008. Les rencontres ont connu la participation des professionnels du bâtiment.

Des architectes, des géomètres experts, des ingénieurs et des géologues ainsi que des notaires et des juristes n’ont cessé de débattre des différents problèmes urbanistiques même ceux qui sont construits sur les lits des oueds.

Et le pays offre un spectacle désolant en matière de construction car à travers toute l’étendue du territoire national on enregistre quotidiennement des constructions ne répondant à aucune norme architecturale ou urbanistique. Je regrette aussi que malgré l’expérience amère vécue lors des catastrophes naturelles, inondation, séisme…on continue malheureusement à construire n’ importe où et n’importe comment.

Je dirai aussi que le problème ne se situe nullement au niveau des lois qui existent et qui sont clairement élaborées depuis le titre de propriété, le permis de construire, le délai de réalisation, le suivi et contrôle des réalisations, jusqu’au certificat de conformité.

Lors de cette rencontre il a été mis l’accent, sur l’importance du processus de consolidation des capacités juridique, de formation et de sensibilisation de l’Algérie afin d’affronter efficacement les risques des catastrophes naturelles. Est-ce que c’est suffisant à votre avis?

Le problème ne se situe pas dans les lois, mais surtout dans leur application.  Sur le plan juridique, le pays est étoffé d’un arsenal juridique parfait. Suite aux multiples catastrophes naturelles enregistrées ces dernières années, ces organismes compétents ont été créés et chaque commune dispose impérativement d’un plan Orsec pour parer a toute éventualité. Malheureusement dans la pratique, des lacunes et des imperfections sont régulièrement enregistrée.

C’est pour cela que je dirai que les collectivités locales doivent avoir une carte renforcée par des géologues et des architectes. Le problème des constructions anarchiques qui sont érigées sur les lits d’oued et posé régulièrement sans trouver de réponse. Pourtant les lois sont très claires en la matière, les lacunes proviennent donc de leur non-application et l’absence de formation des cadres des collectivités locales.

Le CNEA a toujours regretté le fait que l’architecte soit marginalisé dans toutes ces situations. Qu’en est-il aujourd’hui de ce point ?

Oui, on ne fait plus appel à l’architecte dans la prise de décision, que ce soit pour les collectivités locales ou pour les organismes en la matière. Contrairement à ce que pensent beaucoup de citoyens, le problème que connaît notre pays en matière de construction et d’habitat n’est nullement imputable aux architectes, ingénieurs, urbanistes, et professionnels. Au contraire, la faute réside dans leur non-responsabilisation par l’administration.

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Il faut savoir que la mission de suivi et contrôle des travaux de réalisation et partie intégrante de la maîtrise d’œuvre est malheureusement négligée. Tous les pays du monde  sont concernés par les catastrophes naturelles, mais les conséquences sont moindres. La prévention revêt un caractère majeur de part l’implication directe des spécialistes. Sans la responsabilisation et la participation effective des experts, nous enregistrons souvent des drames.