Akli Moussouni, expert agronome : «En dehors des dattes, les quelques tentatives d’exportations des autres produits s’avèrent des aventures sans lendemains»

exportation des datte

L’affaire du refoulement des produits agricoles, révélée dans la presse, est au-devant de la scène médiatique depuis un peu plus d’une semaine. Dans cet entretien, l’expert agronome, M. Akli Moussouni, a répondu aux questions d’Algérie Eco, concernant cette affaire, et notre expert estime qu’en dehors de l’exportation des dattes, les tentatives d’exportation d’autres produits agricoles sont vouées à l’échec. Il accuse le Ministère de l’agriculture qui est «dans l’incapacité de traiter une fois pour toutes cette problématique pour n’avoir jamais mis en place une politique agricole qui puisse valoriser le produit national, il s’invente des boucs émissaires pour colmater ses défaillances aux yeux du consommateur et du citoyen lambda».

KIA RIO

Nos produits agricoles exportés (tomates, pommes de terre, dattes) ont été refoulés de Russie et du Canada. Est-ce la première fois que nos produits sont refoulés, et qu’en pensez-vous de toute cette affaire?

M. Akli Moussouni, expert agronome : En dehors des dattes qui arrivent à percer quelques sentiers à l’exportation en tant que produit rare sur le marché mondial; les quelques tentatives d’exportations des autres produits s’avèrent des aventures sans lendemains. Il ne faut pas se leurrer, dès lors qu’on ne peut pas se mettre sur des marchés normalisés avec des produits hors normes. C’est justement cette tare qui n’autorise pas notre pays à adhérer aux forums du commerce international (OMC ; marché européen…etc.) Curieusement, l’Algérie s’entête à pénétrer ces marchés à travers des lucarnes alors que les portes de ces derniers lui sont fermées pour n’avoir jamais construit un marché national normalisé.

L’hypothèse du sur-usage de pesticides est évoquée depuis la révélation de cette affaire de refoulement. Quel est votre avis là-dessus?

Il est possible qu’il y a excès de pesticides dans les produits refoulés, ce serait alors une exception qui confirme la règle, des lors que ces derniers on ne traite presque plus de fait de la cherté des produits de traitement qui accusent dans bien des cas le caractère douteux du fait de l’inefficacité de ces produits distribués sur le marché national sans aucune certification sérieuse, à quelques exceptions près. Par contre il faut savoir qu’il y a plusieurs conditions à remplir par le produit candidat à l’exportation. L’Etat sanitaire du produit, sa composition, son aspect superficiel et ses qualités organoleptiques sont autant de critères à respecter.       

Que pensez-vous des réactions des autorités concernées, notamment, le Ministère de l’agriculture qui pointe le non-respect de la chaîne de froid par les exportateurs, et aussi, la chambre nationale d’agriculture qui parle de campagne de déstabilisation?

Pour le ministère de l’agriculture, dans l’incapacité de traiter une fois pour toutes cette problématique pour n’avoir jamais mis en place une politique agricole qui puisse valoriser le produit national, il s’invente des boucs émissaires pour colmater ses défaillances aux yeux du consommateur et du citoyen lambda.  Avant d’aborder la problématique de la chaîne de froid, il doit se rendre à l’évidence que les agriculteurs agissent individuellement, ce qui exclut l’activité agricole de toute planification qui n’a d’ailleurs jamais été mise en place.

Selon vous, est-il normal que, les autorités concernées qui n’arrivent assurer le bon déroulement de l »opération d’exportation de si petites quantités de produits agricoles (45 000 tonnes en 5 mois, composées majoritairement de dattes), alors que, la nouvelle stratégie d’exportation du Gouvernement vise à augmenter les quantités exportées? Et cela reflète quoi en réalité?

Il n’y a jamais eu de nouvelle stratégie d’exportation.  D’abord l’idée d’exporter à tout prix a été engagée dans la panique à la suite de la dégringolade inattendue des recettes pétrolières. Depuis lors, que des décision irréfléchies, abandonnées par la suite, démontre à quel point on agit dans le tâtonnement, ce qui a compliqué les choses, à tel point que des lois et autres directives sont soit inapplicables ou carrément abandonnées quelques jours après (Voir la liste des produits interdit à l’importation) plusieurs fois remodelées.  J’ai la nette impression qu’on ne sait plus quoi faire.

Si pour les produits agricoles exportés on évoque une grande contenance en résidus de pesticides. Qu’en-est-il des produits mis sur le marché local? Sont-ils propres à la consommation?

En principe il n’y a pas de marché local et de marché à l’exportation. Le consommateur national a le droit de consommer convenablement au même titre que le monde évolué. Le qualificatif « impropre à la consommation ne concerne pas uniquement le produit infecté, mais aussi le produit pauvre de par sa composition. Même si dans certains cas ils ne portent pas atteinte à la santé publique, mais ils n’apportent rien au corps humain.  C’est donc toute une panoplie de mesures qui manquent à notre législatif pour enclencher le processus de modernisation de l’agriculture algérienne, à défaut de s’y engager, on continue à verser dans la spéculation. Toute solution nécessite une organisation