Abdelhamid Boudaoud, président du CNEA : « Seul l’architecte permettra de moderniser les prisons et de leur donner une vitalité »

conception de la construction carcérale

Dans cet entretien, le président du collège national des experts architectes (CNEA) MBoudaoud nous donne les détails d’une rencontre qu’a organisé le collège sur un thème très intéressant celui du rôle de l’architecte dans la conception de la construction carcérale. Selon lui, il est recommandé de procéder à la réhabilitation des prisons qui sont l’héritage de la période coloniale et qui sont appelées à devenir des musés, et ce en fonction de leur espace pour en lever le caractère terrorisant qui y prévalait avant l’indépendance.

Algérie-Eco : Dans le cadre de ses activités périodiques, le CNEA a initié le 10 mai 2018, au niveau du palais des Rais (Bastion23) une rencontre importante sur un sujet qui n’a pas été débattu auparavant, celui du rôle de l’architecte dans la conception de la construction carcérale, peut-on avoir plus de détails sur cet événement ?

MBoudaoud : La rencontre a regroupé un panel d’experts pluridisciplinaires ayant pour thème : les lieux de privation de liberté : le rôle de l’architecte dans la conception de la construction carcérale.

Au même titre que tout autre citoyen ordinaire qui est a la recherche constante de l’amélioration de ses conditions de vie et de logement, les détenus qui sont estimés à plus de 60000 personnes répartis sur 131 établissements pénitentiaires, ont aussi le droit de revendication d’un espace de détention noble qui leur garantissent toutes les conditions de détention et d’épanouissement te que le recommande la loi.

S’agissant des prisons qui sont l’héritage de la période coloniale et qui sont appelées à devenir des musés, il est recommandé de procéder à leur réhabilitation en fonction de leur espace pour en lever le caractère terrorisant qui y prévalait avant l’indépendance.

Pour ce qui est des infrastructures, 13 en cours de réalisation pour 19000 places supplémentaires, la participation des architectes, sociologues, psychologues, psychiatres et autres est impérative pour l’élaboration d’un cahier de charge rigoureux qui garantira tous les aspects liés aux surfaces des cellules, à l’éducation, la santé, les loisirs, le sport et surtout la formation professionnelle  qui est la seule garante de la réinsertion des détenus dans la vie professionnelle et sociale après leur sortie de prison.

Quel rôle peut avoir un architecte dans la construction carcérale ?

Avec la participation de l’architecte, la recherche sera encouragée. Seul l’architecte permettra de moderniser les prisons et de leur donner une vitalité.

A leur incarcération les nouveaux détenus, se retrouvent livrés à eux-mêmes avec un mode de vie nouveau auquel ils ne sont pas habitués, au milieu d’une population hétérogène où sont mélangées toutes les couches sociales avec des délits différents.

On retrouve dans des mêmes cellules un père de famille diplômé ayant commis pour la première fois de sa vie un délit mineur (cheque sans provision, absence d’assurance lors d’un accident, non payement aa temps d’une pension alimentaire….) avec des jeunes délinquants toxicomanes et récidivistes.

Ce phénomène a un impact négatif sur le plan psychologique  de nombreux détenus qui versent dans la dépression voire même la tentative de suicide.

Une prison doit avoir pour but de parvenir à la réinsertion des détenus et non pas à leur répression comme c’était le cas lors de la période coloniale.

Quelles ont été les insuffisances que vous avez relevées en la matière durant votre rencontre ?

En plus de l’insuffisance du cahier des charges, il est constaté que des BET sont retenus par l’administration, sur des bases subjectives en leur imposant des délais d’étude très courts alors que celles-ci doivent être confiées a des organismes compétents et expérimentées pour mener un travail minutieux et réfléchi.

Le législateur doit également être associé pour donner son aval lu dans la conception des cahiers des charges.

Qu’en est-il de la réglementation ?

L’arsenal juridique existe ; le problème n’est pas de l’alourdir mais de le mettre en application. Le personnel des pénitenciers doit être sélectionné  et rigoureusement et suivre une formation adéquate et particulière sous l’encadrement de sociologues, psychologues, psychiatres et autres.

L’administration doit initier des conventions de travail avec des entreprises et agriculteurs pour qu’à l’avenir, les détenus puissent accéder à un emploi et non pour réintégrer la prison une nouvelle fois.

Le cas le plus éloquent est celui des ouvriers des bâtiments chinois qui exercent en grand nombre en Algérie et dont certains ont purgé des peines de prison dans leur pays. Les bilans de l’état des prisons et des statistiques fiables sont importants pour évaluera les résultats dans ce domaine.

D’une manière générale, les pénitenciers connaissent les mêmes anomalies et contraintes que les cités d’habitat et autres infrastructures du pays.

Celles-ci souffrent d’absence de conception intelligentes et moderne de part la responsabilité de l’administration et non pas de l’architecte qui en est marginalisé et exclu.

L’architecte a une responsabilité historique où s’articule le génie d’une société d’une époque à une autre.

Seule l’implication de ce dernier permettra des solutions et des propositions d’amélioration au profit de l’administration et non pas le contraire actuellement où tout est imposé et improvisé.