PLFC 2018 : Les engagements en matière de rigueur et d’austérité, vite oublies

loi de finance complémentaire

A travers les nouvelles allocations budgétaires affectées à certains ministères et le relèvement des taxes douanières pour toute une gamme de produits importés, le projet de loi de finance complémentaire pour l’année 2018 annonce déjà les couleurs de la politique économique gouvernementale. Elle sera encore plus rentière que le passé puisqu’à la rente pétrolière est venue s’ajouter celle de la planche à billets qui ont mis à la disposition du gouvernement des ressources considérables.  Elle sera par contre davantage protectionniste avec la mise en place de fortes taxes douanières applicables à un environ un millier de produits importés.

A l’évidence, le gouvernement semble avoir vite oublié ses engagements en matière de rigueur et d’austérité budgétaires dès les premiers signes de redressements des prix du pétrole auxquels se sont généreusement ajoutés les premiers tirages de la planche à billets. Ce dernier n’a effectivement pas tardé à revenir à son train de vie dépensier en affectant d’importantes ressources à des ministères qui avaient pourtant été appelés à être plus économes, il y a quelques mois à peine. La loi de finance en projet accorde en effet quelques 400 milliards de dinars de rallonges budgétaires à cinq ministères. Il s’agit du ministère de la Défense nationale qui recevra 312 milliards de dinars celui de la Jeunesse et les Sports qui percevra 3,65 milliards ainsi que les départements de la Santé, des Affaires Étrangères et de l’Éducation Nationale qui recevront respectivement 3,16, 1,5 et 0,9 milliards de dinars supplémentaires. Pour les rédacteurs du projet de loi de finance complémentaires il ne s’agit là que de corrections budgétaires exigées par les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés depuis peu ces départements. La modicité des rallonges d’allocations budgétaires ne serait pas de nature à perturber les équilibres globaux d’un budget déjà fortement déficitaire, sont-ils d’accord à dire. Une goutte d’eau dans le fleuve du déficit en quelque sorte !! 

Autre entorse à la politique économique résolument ouverture, le projet de loi de finances complémentaire pour l’année en cours instaure une « taxe supplémentaire provisoire préventive » applicable aux marchandises importées destinées à la consommation. Ces taxes douanières provisoires allant de 60 à 200 % selon la nature des marchandises  se feront en remplacement du régime d’interdiction d’importation qui avait frappé plus de 900 produits importés. Cette nouvelle mesure, comme celle qui l’avait précédée, ne sont évidemment pas de nature à plaire à l’Union Européenne avec qui l’Algérie avait conclu un accord de libre échange adossé à un démantèlement tarifaire qui a fonctionné, essentiellement au profit de l’Europe il est vrai, mais dont les termes de l’accord doivent impérativement respectés par les deux parties. Des contestations à haut niveau sont déjà formulées par des responsables du parlement européen, tandis que certaines sociétés qui s’estiment lésées par l’instabilité juridique algérienne menacent de recourir à l’arbitrage international.     

Contre toute attente des fournisseurs étrangers, le gouvernement algérien avait en effet donné dés le début de l’année en cours un subite coup d’arrêt aux importations de 900 produits dont une grande partie avait déjà fait l’objet de contrats commerciaux opérationnels. Une décision qui a mis dans l’embarras de nombreuses sociétés de négoce dont certaines ont subi de gros préjudices. La réaction des étrangers et, notamment la France, fut si forte que le gouvernement algérien a du faire marche arrière le 16 avril dernier en procédant au gel de l’interdiction. La nouvelle taxe proposée dans le cadre du projet de loi de finance complémentaire subira probablement le même sort, car non conforme à la lettre et à l’esprit de l’accord d’association que l’Algérie avait conclu avec l’Union Européenne. Une négociation préalable avec l’instance européenne faisant valoir le bien fondé des motivations algériennes, serait seule capable de fermer les yeux sur ce genre d’entorse à un accord international mutuellement conclu. L’injonction faites aux entreprises étrangères par le ministre du commerce, Said Djellab, pour quelle viennent produire en Algérie plutôt que de se contenter d’exporter leurs produits vers notre pays, a évidemment peu de chance d’aboutir, non pas parce que les sociétés étrangères ne veulent s’installer en Algérie, mais parce que le mauvais climat des affaires qui y prévaut ne les arrange guère. Entre politique rentière et décisions économiques intempestives, l’Algérie n’arrête décidément pas de perdre du temps et de prolonger ce statut quo mortel qui paralyse son économie.