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Intensive ou bio : Quelle agriculture pour l’Algérie ?

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Contrainte par les surfaces réduites de ses exploitations agricoles (70% d’entre elles ont moins de 10 ha) et par les héritages traditionnels qui accentuent encore davantage leurs morcellements, l’Algérie ne peut pas se permettre de promouvoir une agriculture intensive qui requiert de vastes surfaces. La mécanisation des travaux des champs et l’usage d’engrais et pesticides seraient, à l’évidence, peu ou pas du tout, rentables sur d’aussi petits terrains agricoles que ceux dont dispose l’agriculture algérienne.

Du fait de la limite spatiale et des contraintes topographiques qui caractérisent la plupart de ces parcelles dont les surfaces agricoles utiles oscillent entre 0,1 et 10ha selon les statistiques de l’ONS, l’Algérie a par contre tout intérêt privilégier les cultures ancestrales organisées au gré des avantages et aléas de la nature (qualité des sols, micro climats, topographie, savoirs faire locaux etc.). Autant de données spécifiques à l’Agriculture bio, dont les produits de plus en plus appréciés dans le monde, pourraient ouvrir d’intéressants débouchés commerciaux locaux et internationaux à nos fellahs.

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Les pays occidentaux où les consommateurs sont prêts à payer ces produits à prix forts pourraient constituer un réceptacle de choix pour divers produits du terroir dont quelques uns (dattes, figues, olives, primeurs, viandes de moutons etc;) sont déjà précédés d’une bonne réputation qu’il faudrait évidemment préserver.  Établi par les médias et les organisations écologiques, le rapport qualité-prix semble en effet définitivement acquis aux produits bios provenant pour l’essentiel des petites exploitations agricoles où le recours à la main d’œuvre brute et à la fertilisation naturelle sont, aujourd’hui encore, de mise. Rien n’empêche, bien entendu, les grandes exploitations de tenter l’aventure de l’agriculture bio tout en préservant leurs vocations de cultures céréalières ou fruitières intensives si, évidemment elles y trouvent leurs comptes, notamment en termes de confort de marges bénéficiaires et de certitudes de trouver à leurs produits des débouchés permanents, aussi bien, en Algérie qu’à travers le monde.

Mais les prix de vente des produits de l’agriculture bio étant généralement plus élevés que ceux de l’agriculture intensive, les petits agriculteurs comme les grands ont de bonnes chances de couvrir les coûts des facteurs voire même de dégager de confortables profits. Les crédits de campagnes généralement accordés par les banques commerciales suffisent largement à maintenir ces exploitations en activité, les contributions financières de l’Etat n’étant requises qu’en cas de conjonctures particulières et de coups durs (sinistres, surproductions etc.)

Dans l’incapacité structurelle de concurrencer les exploitants occidentaux sur le terrain de l’agriculture intensive, l’Algérie n’a en réalité pas d’autre choix que celui de se rabattre sur la production de fruits et légumes bios. Mais elle aura, si ce mode de production est pris au sérieux, tout à y gagner. Le marché international est en effet fortement demandeur de ce type de produits, ce qui donne aux agriculteurs algériens la possibilité de vendre plus chers s’ils prennent évidemment la peine de veiller à la qualité de leurs produits et à leurs emballages.

La nature est de surcroît particulièrement favorable à la culture de toute une panoplie de produits parfaitement adaptés au climat et aux sols algériens (certains fruits et légumes notamment ceux vendus en primeurs, les dattes, les figues sèches, toute la diversité des rustiques, certaines plantes médicinales etc.), offrant à nos agriculteurs la possibilité de diversifier leurs offres et de travailler sans discontinuité durant les quatre saisons. Des exportateurs bien formés au métier de l’exportation n’auront pas de grandes difficultés à écouler ces produits sur les marchés étrangers, notamment, européens prêts à en payer le prix fort.

C’est du reste ce qui se passait déjà du temps de la colonisation où nos ports étaient tous tournés vers l’exportation de produits agricoles du terroir (oranges, mandarines, figues, dattes, raisins, primeurs, vins etc.) particulièrement prisés des populations de la  » métropole » et même au delà.

Serait- il possible de reconstituer aujourd’hui un tel contexte? Rien n’est moins sûr au vu de l’état de déliquescence qui caractérise notre agriculture et l’extrême bureaucratie qui grippe tous les rouages de l’exportation, à commencer par la législation en vigueur et la transformation des ports algériens autrefois tournés vers l’exportation en infrastructures aujourd’hui consacrées quasi exclusivement aux importations.

Un renversement de tendance est évidemment possible et souhaitable mais il saurait se produire sans volonté ferme de l’Etat qui y mettrait pour ce faire les moyens financiers et législatifs requis. Les ministères de l’Agriculture et du Commerce concernés au premier chef, mais aussi, la banque d’Algérie sont interpellés à ce titre pour réunir les conditions nécessaires à l’essor de l’agriculture bio et, bien entendu, à l’exportation des produits qui en seraient issus. Le ministère des affaires étrangères a également un rôle fondamental à jouer en interpellant les missions économiques de ses ambassades (notamment celles qui exercent dans les pays occidentaux) à l’effet de faire publicité aux produits du terroir et de trouver à nos agriculteurs des partenaires fiables en mesure de les accompagner dans l’aventure de l’exportation à la quelle ils ne sont pas préparés.

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