L’existence des fonds de garantie n’incite pas les agriculteurs à souscrire un contrat d’assurance agricole

« Les Etats dépensent chaque année plus de 20 milliards de dollars en faveur de dispositifs assurantiels visant à indemniser les agriculteurs touchés par les aléas climatiques. L’efficacité des aides accordées par les Etats reste inconnue », a déclaré M. Cherif Benhabiles, Directeur Général de la Caisse Nationale de Mutuelle Agricole (CNMA), lors du 1er séminaire sur « l’assurance agricole : outil de gestion des risques climatiques », organisé ce lundi au Centre International de Conférences d’Alger.

Il a ajouté que « l’agriculture présente la particularité d’être hautement exposée aux aléas naturels et la diversité des risques auxquels sont exposés les agriculteurs. Au fil des transformations agricoles, la nature des différents risques s’est modifiée. Ainsi, il apparaît nécessaire de cerner ces risques. Parmi les risques auxquels sont confrontés les agriculteurs, l’aléa climatique  est le moins maîtrisable ».

Benhabiles a indiqué que « l’Etat algérien intervient dans le cadre du régime des catastrophes naturelles par la mise en œuvre d’une solidarité nationale, mais cette intervention est indirecte », poursuivant « l’assurance est l’instrument le plus efficace pour intégrer la gestion des risques dans le bilan comptable et financier des exploitants agricoles, et le montant des primes est un indicateur du niveau du risque. L’assurance apporte un bon niveau d’indemnisation ».

Il a souligné que « pour les pouvoirs publics, le développement de l’assurance agricole réduirait d’autant le champ d’intervention du Fonds de garantie des Calamités Agricoles et d’autres mécanismes publics. Le recours à l’assurance permettrait de confier le travail d’expert et de gestion courante à des compagnies d’assurance qui sont souvent mieux armées que les services de l’Etat pour accomplir ce type de tâche. Même dans l’hypothèse où l’Etat interviendrait financièrement pour prendre en charge une partie des primes, la majeure partie des coûts serait assumés par l’agriculteur ».

Benhabiles a indiqué que « L’existence des fonds de garantie n’incite pas les agriculteurs à souscrire un contrat d’assurance agricole les risques majeures relèvent de dispositifs publics sauf si le marché de la réassurance offre une couverture suffisante aux acteurs privés ».

« le séminaire offrira une opportunité d’échanges d’expérience des autres pays entre experts et spécialistes en assurances pour trouver des mécanismes et solutions pouvant soulager les pouvoirs publics en matière de prise en charge des risques agricoles », a souligné la compagnie d’assurance dans un communiqué.

« Ce séminaire vise à proposer une réforme du système d’assurance agricole en Algérie et l’intégration du risque climatique dans les stratégies d’assurance en élaborant de nouveaux mécanismes assurantiels et de nouveaux produits d’assurance basés sur les aléas climatiques tels que les assurances indicielles et la micro assurance en tant que mécanisme de protection », selon la même source.

Cet événement a été marqué par l’intervention de Mme Sarah Favrichon, consultante GIZ, qui a indiqué que « les trois principaux défis de l’assurance agricole sont un accès limité aux produits d’assurance, la mise en place d’un cadre politique et réglementaire adéquat et la mise en place de modèle d’affaires et de distribution adaptés aux spécificités du pays », ajoutant « les trois innovations dans les assurances agricoles comme les données satellitaires, la numérisation et la mise en place d’un nouveau business model ».

Pour rappel, le chiffre d’affaires de la CNMA a enregistré une évolution croissante durant les 4 dernières années passant de 9 milliards DA à 13 milliards DA, soit une progression moyenne de 11%. La compagnie d’assurance a réglé pour un montant global de sinistres durant les quatre dernières années de l’ordre de 23 milliards DA, soit une moyenne annuelle de 6 milliards DA. Elle se positionne comme leader dans le marché des assurances agricoles avec 75% des parts de marché.

S’agissant de la marge de solvabilité de la compagnie d’assurance CNMA, elle est passée de 4,38 milliards DA à 5,13 milliards DA, soit une évolution de 17%. De ce fait, la CNMA couvre ses engagement envers ses assurés notamment en valeurs du Trésor ainsi que les dépôts à terme estimés 13 milliards DA en 2016.