Aymen Benabderrahmane : Un premier ministre très mal servi par la conjoncture

Aymene Benabderrahmane: Un ministre très mal servi par la conjoncture

Contraction du PIB d’au minimum 6%, une inflation ressentie de plus de 10%, un dinar à la dérive, des réserves de change en déclin, un chômage à deux chiffres, 910 entreprises publiques économiques (EPE) en faillite, des recettes d’hydrocarbures à peine égales au tiers du coût de la demande sociale, une économie grippée par la pandémie de Covid-19, le tout enrobé dans une crise politique sans précédent. C’est dans ce décor cauchemardesque que devra évoluer le tout fraîchement désigné premier ministre, Ayman Benabderrahame. Ce dernier a sans doute été choisi, faute de mieux, pour ses antécédents dans le monde de la finance, notamment en tant qu’ex Gouverneur de la banque d’Algérie et ministre des finances.

Les lourdes et périlleuses tâches qui l’attendent, requièrent qu’il soit épaulé par des institutions fortes et représentatives, mais aussi et surtout, par une classe politique active sur le terrain, ce dont il ne pourra malheureusement pas bénéficié, puisqu’il n’est « encarté » dans aucun parti politique et qu’il doit sa nomination à ceux qui tiennent discrètement les reines du pays et qui peuvent par conséquent lui réserver, du jour au lendemain, un autre sort, comme cela a toujours été le cas en Algérie. Les centres de décisions politiques étant de surcroît beaucoup plus éclatés que par le passé en raison de la crise politique, il lui sera à l’évidence très difficile de naviguer entre les plus puissants centres de pouvoirs, pour faire accepter les décisions qu’il envisagerait prendre. 

Les problèmes cités plus haut devront impérativement être résolus, car ce sont eux qui sont à l’origine des difficultés politiques et sociales que vit présentement l’Algérie et qui risquent de s’exacerber au gré de la dégradation de ces causes qui les ont engendrés. Et de ce point de vue, on ne voit pas comment le nouveau premier ministre et le gouvernement qu’il formera, s’y prendront pour relancer une machine économique totalement à l’arrêt, sans budget conséquent, sans entreprises performantes, avec une monnaie déjà très faible et qu’il faudra sans doute encore dévaluer, une confiance mise à mal par la mauvaise gestion de la crise politique et une pandémie de coronavirus qui n’est pas prête de prendre fin, tant la campagne de vaccination a pris du retard.

Des réformes économiques et sociales il en faudra certainement, pour redonner confiance aux investisseurs, notamment étrangers, mais dans le climat politique délétère qui prévaut et s’éternise, on ne voit vraiment pas comment le nouveau premier ministre et son équipe s’y prendront, même si la formule des « réformes par ordonnances présidentielles » sera très certainement la voie que suivra le gouvernement avec la complicité du Parlement qui lui sera totalement acquis. A la manière dont a été désignée la nouvelle assemblée nationale, aucune voix discordante ne sera entendue dans l’hémicycle qui approuvera, à mains levées tous les projets de lois qui lui transmettra, pour approbation, l‘exécutif gouvernemental.

La seule et unique solution qui pourrait quelque peu résorber, ne serait-ce, qu’en partie ces problèmes structurels qui plombent l’économie algérienne, ne pourra venir que d’une hausse spectaculaire des recettes d’hydrocarbures, mais quand on regarde de près il n’y a en réalité aucune chance qu’elle se produise même si les cours du brut venaient à s’envoler. En effet, même si les cours de l’or noir venaient à atteindre 100 dollars le baril, comme certains experts le prévoient déjà, il faut savoir que les quantités de pétrole et de gaz qu’exporte aujourd’hui l’Algérie, représentent à peine la moitié de ce qu’elle exportait il y à environ dix années. La capacité d’exportation du pays a en effet chuté de moitié durant cette période et le processus de baisse des réserves exportables se poursuit aujourd’hui encore sous le double effet de l’explosion de la consommation intérieure et de la détérioration des performances productives de la Sonatrach. Pour toutes ces raisons, l’Etat algérien ne pourra encaisser qu’entre 26 à 28 milliards de dollars en moyenne, durant les trois prochaines années. Quand on sait que le ministère de la Défense accapare à lui seul, pas moins de la moitié de cette fiscalité, il ne restera, dans le meilleur des cas, à notre nouveau premier ministre, qu’une quinzaine de milliards de dollars, pour mettre en œuvre le plan de relance économique et réaliser son immense tâche de redressements multiformes, les uns aussi, importants et urgents que les autres.