HomeLa uneJeûne, surconsommation, et gaspillage : le grand paradoxe du mois sacré

Jeûne, surconsommation, et gaspillage : le grand paradoxe du mois sacré

Surconsommation, frénésie d’achat, et gaspillage, sont devenues les constantes du mois de ramadhan. Chaque année à quelques jours du début du mois sacré, les algériens se ruent sur les magasins et les étalages pour préparer un mois sans privation, et font de ce mois de recueillement et de piété, un mois de luxure et d’envie. A tel point que pour une grande partie des ménages, le recours à l’endettement est devenu une pratique courante et justifiable, par le seul fait de jeûner, synonyme de privation.

Les conséquences sont effarantes chaque année, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour les années précédentes, le coût du gaspillage aurait atteint les  500 milliards de centimes, et se décline sur tous types de consommation, portant le taux de cette dernière à plus 50%. Dans le détail, les Algériens vont consommer plus de 100 millions de quintaux de fruits et légumes durant le carême, 5 et 10 millions de quintaux de produits alimentaires annuellement, et 4,1 milliards de baguettes dont 120 millions se retrouvent à la poubelle. A ce titre, les statistiques de l’ONS montrent que la dépense globale annuelle des ménages algériens a presque triplé à 2,9% durant la dernière décennie au niveau national, soit 2,4% en milieu rural, contre 3,2% en milieu urbain. Les indicateurs de cette augmentation sont visibles à travers les importations affectés à la préparation de ce mois, en particulier celle de la viande rouge.

Cependant, la particularité de cette année, est sans conteste les effets de la pandémie sur le budget des ménages. Il y’ a lieu de croire, que la situation de précarité qui a affecté des milliers de travailleurs et de salariés, pourrait se traduire par un recul de la consommation. A cet effet, les pouvoirs publics semblent avoir pris les devants, et annoncent la mise en place d’un réseau de marchés de proximité, et l’organisation de ventes promotionnelles durant tout le mois sacré. Une réponse adaptée à la situation et particulièrement dédiée à alléger le poids de leurs souffrances durant cette période.

Or, le problème n’est pas conjoncturel, et pèse sur les foyers algériens durant toute l’année. Il s’agit de toute vraisemblance d’un paradoxe qui ne dit pas son nom. D’une situation complexe, ou d’une part, la flambée chronique des prix des produits alimentaires qui précède le mois sacré, entache le mois de ramadhan et provoque une folie de consommation.  D’autre part, le volume de gaspillage enregistré chaque année, ne reflète pas cette menace de privation. Le juste milieu entre la hausse des prix, et l’augmentation de consommation, se perd dans une évaluation erronée des besoins, et n’exprime que les effets d’un mode d’alimentation et de consommation qui ne répond à aucune logique.

Car  cette dernière aurait voulu que  ce mois sacré soit dédié plus à ressentir les souffrances des plus démunis à travers le jeûne, et de  profiter de cette période pour adapter une consommation et une alimentation raisonnables et saine. Ce qui en réalité nécessite une remise en cause de toutes les habitudes de ce mois, et surtout un renversement profond de notre système d’alimentation.

Une remise en cause qui ne pourrait se faire qu’avec le temps et avec une prise de conscience autant sur le plan pécuniaire que sur celui de la santé. On parle toujours de saignée financière pour le mois de ramadhan, mais on ne parle assez de la saignée économique qu’engendre ce phénomène. Car aux  effets néfastes du gaspillage, il faut ajouter le coût généré par le volume de déchets qui double chaque année, et qui impose une gestion coûteuse.  

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