Projet loi de finance 2021: trois fortes dévaluations du Dinar en perspective

Projet loi de finance 2021: trois fortes dévaluations du Dinar en perspective

La dévaluation du dinar algérien par rapport au dollar américain, sera effective dès l’entame de l’année 2021. Elle sera massive, puisqu’elle portera sur environ 47% au total et, progressive, en ce sens qu’elle se fera en trois étapes. La première dévaluation qui sera effective dés le début de l’année prochaine, sera de 10,33%, la seconde, opérée en 2022 , sera de 15,77% et la dernière qui interviendra en janvier 2023, sera de 21,21 %.

Ce qui est regrettable dans l’énoncé de ces décisions, c’est que ces dévaluations ne sont pas faites, comme il est de tradition, pour attirer les investisseurs et favoriser les exportations hors hydrocarbures, mais seulement pour doper le budget de l’Etat par l’effet de la conversion en dinars des recettes pétrolières libellées en dollars. Grâce à ce gonflement artificielle des recettes budgétaires, le gouvernement algérien pourra en effet, sans trop de difficultés, payer ses trois millions de fonctionnaires, les transferts sociaux et autres soutiens des prix de produits de large consommation. Il pourra également continuer à dépenser sans compter pour maintenir son train de vie.

Ce qui est étonnant, c’est que ces dévaluations seront opérer sans l’intervention du FMI qui, généralement, conditionne ce genre d’opération par un diagnostic complet de l’économie concernée et à des ajustements bien précis à effectuer obligatoirement pour obtenir un prêt de l’institution et sa caution morale auprès des partenaires financiers étrangers. A moins que les négociations aient eu lieu en catimini, aucun média n’a eu vent de ces hypothétiques négociations.

Telle que conçue, cette dévaluation massive de 40% au total ne manquera pas de faire des dégâts au niveau de l’économie en général et des consommateurs en particulier, qui devront payer beaucoup plus chers, pratiquement tous les produits du marché. L’écrasante majorité des produits consommés par les algériens étant en effet importée, les augmentations de prix se feront arithmétiquement par le truchement des nouveaux différentiels de change engendrés par les dévaluations du dinar. L’inflation importée frappera pratiquement toutes les marchandises, y compris les inputs industriels et agricoles, en grande partie importés. Cette inflation va automatiquement produire un « effet dominos » qui affectera la consommation dans son ensemble, avec le risque quasi certain d’en réduire l’impact sur croissance économique des années 2021 et 2022.

Ce qui est inquiétant, ce ne sont pas tant ces dévaluations, mais le fait qu’elles aient été programmées sans qu’elles ne soient adossées à une stratégie de relance économique, qui garantirait une certaine reprise économique et un mieux être social, après toutes les souffrances endurée par le peuple algérien. Ces dévaluations semblent avoir été conçues, uniquement pour que l’Etat algérien puisse payer ses fonctionnaires, acheter la paix sociale et maintenir son train de vie.

Ces décisions qui interviennent au moment où les problèmes politiques, économiques et sanitaires se cumulent dangereusement, font courir au pays un risque réel d’embrasement du front social, qui l’a jusqu’à présent épargné. C’est pourquoi le gouvernement n’aurait pas dû annoncer ces « mauvaises nouvelles », sans préciser ce qu’elles apporteront de positif à la collectivité, en contrepartie des souffrances qui lui seront infligés.

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