Les mêmes causes produisant les mêmes effets: La crise de liquidités persiste

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Après avoir tenté de faire porter la responsabilité de la crise monétaire à une prétendue indiscipline des algériens et à un supposé complot visant à déstabiliser le pays, la Banque d’Algérie avoue enfin qu’il y a, à la base de ce problème, des causes structurelles qui pourraient pérenniser cette crise, voire même, l’aggraver. Les mêmes causes que nos gouvernements n’ont jamais voulu régler, continueront à produire les mêmes effets.  

Les besoins en « cash » des banques algériennes, CCP y compris, sont en effet énormes et les disponibilités en argent liquide sont trop faibles et, de surcroît, en constant recul. Pour que l’Algérie soit à niveau de liquidité acceptable, il faudrait le système bancaire dispose, d’au minimum, 1000 milliards de dinars. Il n’en a aujourd’hui que de 800 et, ce montant, déjà très faible continue à régresser de jour en jour, faute de recettes en provenance de l’économie, des épargnants et de la Banque Centrale (planche à billets). Cette dernière a pris la décision de baisser le taux de réserves obligatoire de 6 à 3% pour débloquer une masse de liquidités supplémentaires, mais il n’est un secret pour personne que le problème est beaucoup plus profond, pour se suffire de cette seule mesure monétaire. Le système bancaire algérien a en effet, beaucoup été affaibli par l’effondrement d’un certain nombre de grandes sociétés privées qui avaient bénéficiées de crédits colossaux, qu’elles ne sont pas en mesure de rembourser. Uniquement pour les huit groupes privés dont les patrons font depuis quelques mois l’objet de poursuites judiciaires, on estime à plus de 5000 milliards de dinars, les créances dues aux banques publiques algériennes. Des créances que ces banques ne pourront sans doute jamais recouvrer, contraignant le Trésor public et la Banque d’Algérie à intervenir, en fonction des moyens disponibles, pour réparer les dégâts.

Il faut ajouter à ces sociétés privées défaillantes, le millier d’entreprises du secteur public qui traînent des dettes faramineuses depuis de longues années, sans avoir de réelles possibilités de les rembourser à terme, en raison de la déstructuration de leurs comptes. On estime l’endettement cumulé par 850 EPE en faillite, à plus de 8000 milliards de dinars. Si on ajoute les dettes accumulées par des méga entreprises telles qu’Air Algérie, Sonelgaz, Algérie Télcom, SNTF et autres gros mastodontes du secteur public, ce sont,  pas moins de 10.000 milliards de dinars, que les banques n’ont jamais pu encaisser de leurs parts. C’est dire la gravité de cette crise de liquidité, que le gouvernement semble sous estimer, sans doute parce qu’il n’a pas les moyens de la résoudre durablement. Un tel niveau d’endettement des entreprises nationales et privées vis-à-vis des banques publiques, ne peut cependant rester sans conséquence sur la santé financière du système bancaire algérien dans son ensemble. La Banque d’Algérie, chargée de la supervision des banques, doit donc absolument ramener ce trop lourd endettement à un niveau acceptable, mais la tache n’est évidemment pas facile, d’autant plus que le Trésor qui avait pour habitude de cacher cette réalité, en procédant à des recapitalisations périodiques, ne dispose plus des moyens financiers requis pour le faire cette années encore. Ces renflouements périodiques, qui avaient  longtemps permis de voiler les faiblesses structurelles du système bancaire, mais aussi et surtout, d’effacer ou de différer le remboursement des crédits octroyés à certains oligarques, sont en effet aujourd’hui plus difficiles, sinon impossibles, à opérer, en raison des gosses difficultés budgétaires que connaît l’Etat algérien. Si obligation d’opérer une légère recapitalisation, pour permettre aux banques de continuer à financer le millier d’entreprises publiques en faillites, elle ne pourra se faire qu’au moyen de la planche à billets et de quelques artifices de politiques monétaires (prélèvements sur dividendes, dévaluation du dinar etc.), dont seule la banque d’Algérie a le secret. Mais dans tous les cas, injecter autant de capitaux au profit d’entreprise insovables, revient à jeter de l’argent par la fenêtre. Une absurdité que le gouvernement devra justifier (comme il le fait depuis plus de 30 ans), par sa volonté de préserver des emplois et la paix sociale.

Ces réalités sont toutes connues des algériens qui ont de ce fait, de moins en moins, confiance aux banques, préférant accumuler leurs revenus à leur niveau.. Cette tendance à thésauriser chez soi son argent est apparue il y a déjà quelques années, mais elle s’est considérablement accrue depuis la crise de liquidité de l’Aid el Kebir dernier,  en raison du spectacle désolant de chaînes interminables devant les guichets des banques publiques, mais surtout, d’Algérie Poste qui détient la quasi-totalité des comptes de retraités. Les explications maladroites du gouvernement ont engendré de lourds soupçons d’une profonde et durable crise de « cash », qui a provoqué la méfiance des titulaires de comptes à l’égard du système bancaire dans son ensemble. Le réflexe de thésaurisation qui avait, on s’en souvient, fait des ravages lors de la crise économique des années 80 a, à l’évidence refait surface, provoquant un recul des dépôts en banques, qui exacerbe encore davantage la crise. L’absence de moyens de paiement modernes (cartes de crédits, paiements par internet etc.) n’arrange évidemment pas les choses, les citoyens trouvant plus sécurisant de disposer sur soi, d’un maximum d’argent liquide, pour faire face aux dépenses qui se présentent, d’autant plus que les transactions commerciales continuent encore à s’opérer massivement de cette manière. 

A ce recul des encaisses bancaires du à la thésaurisation, est également venu s’ajouter une baisse considérable des dépôts en provenance des entreprises économiques, dont l’activité a considérablement régressé du fait de la crise sanitaire, qui en est à son sixième mois d’existence et qui, malheureusement, risque de se poursuivre encore longtemps. 

On voit donc que la crise de liquidité qui affecte, aussi bien, de simples citoyens, que les opérateurs économiques, puise son origine dans de vieux problèmes structurels que tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, avaient pour diverses raisons refusé de solutionner. Le cas de la permission de poursuive leurs activités accordée par l’Etat à un millier d’entreprises publiques en situation de faillite, en est un parfait exemple. Les banques sont contraintes, aujourd’hui encore, de leurs accorder à perte, des centaines de milliards de dinars, qu’elles n’ont aucune chance de recouvrer, en dehors des recapitalisations périodiques opérées par l’Etat.

Tout porte donc à croire que la crise de liquidité va se poursuivre et, probablement, s’exacerber, pour toutes les raisons que nous avions évoquées plus haut. Le gouvernement n’ayant pas les moyens de la résoudre en injectant les sommes colossales que requiert le système bancaire étranglé par de colossales créances irrécouvrables, doit impérativement entreprendre les réformes que n’avaient pas osées faire les gouvernements précédents (restructurer le secteur public, injecter d’importants fonds en faveur de la relance économique, moderniser les moyens de paiement, créer une Banque Postale etc.). Autant de chantiers qu’il sera difficile, sinon impossible, d’ouvrir en ces temps où s’accumulent des crises multidimensionnelles (politique, économique, sanitaire, climatologique) et où la feuille de route du pouvoir, est orientée vers d’autres préoccupations (référendum, activités sécuritaires, gestion des rapports de forces etc.).

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