Améliorer les programmes d’enseignement du numérique dans la région MENA : cinq éléments à prendre en compte

Améliorer les programmes d’enseignement du numérique dans la région MENA : cinq éléments à prendre en compte

Dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA), le marché du travail ne parvient pas encore à combler les énormes lacunes qui entravent le développement numérique de la région. Or, il faut dispenser des connaissances numériques, à l’aide de référentiels adaptés, pour doter les pays de la région MENA du capital humain indispensable à la transformation économique et à la formation de travailleurs et d’entrepreneurs aptes à réussir, et ce, malgré des chocs tels que celui provoqué par l’actuelle pandémie de COVID-19.

L’informatique en général et la programmation en particulier transforment d’ores et déjà l’acquisition de connaissances dans le monde arabophone. Cependant, il existe toujours de considérables disparités d’un pays à l’autre. Dans la plupart des cas, l’acquisition ou le perfectionnement de compétences numériques relève d’actions ponctuelles et non de programmes d’envergure nationale.

La pandémie de COVID-19 accentuant le besoin en compétences numériques, l’enseignement et la formation en la matière doivent devenir encore plus accessibles, pertinents, inclusifs et réactifs au contexte. Cinq éléments sont à prendre en compte lors de l’élaboration d’actions de formation :

1.Les réformes doivent préparer les jeunes aux emplois de demain et couvrir tous les niveaux d’enseignement. Afin qu’au sortir de leurs études, les élèves réussissent sur les marchés de l’emploi numérique, les compétences digitales doivent faire partie intégrante des apprentissages, au même titre que les compétences fondamentales, langagières et non cognitives. Or, selon l’Internet Society , les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord n’ont pas encore développé de bases de contenus à l’échelle régionale, ce qui rend difficile la mise en commun et la réutilisation de ces ressources. Un progrès se dessine toutefois via des plateformes comme EdraakSkillAcademy ou Rwaq. Les universités peuvent mettre en place des cours en ligne ouverts à tous (MOOC), et en généraliser l’utilisation. Les États investissent dans l’acquisition de connaissances numériques par modules et dans la formation aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Par exemple, la plateforme One Million Arab Coders  permet d’acquérir la maîtrise de cette « langue de l’avenir » qu’est la programmation et de contribuer ainsi à l’économie digitale. Ce type de programmes gratuits s’avère particulièrement précieux à l’heure où étudiants et travailleurs tentent de s’adapter au marché de l’après-pandémie.

2. Les réformes d’ensemble doivent porter en priorité sur les mesures réglementaires et les programmes.Les pouvoirs publics agiront notamment par l’adoption de stratégies au niveau national, la création de conseils par secteur d’activité, l’institution de nouvelles normes, la réforme ou la mise à jour des programmes, ainsi que l’habilitation et la certification d’activités ou de compétences numériques. Les mesures à adopter consistent aussi à intégrer le numérique dans les activités extrascolaires comme scolaires, et ce, de la maternelle à la fin du secondaire. Cette intégration peut aussi s’inscrire dans le cadre de stages intensifs en partenariat public-privé, de formations pour les enseignants et de fonds de formation compétitifs, à l’instar des dispositifs mis en place par le projet pour la jeunesse, la technologie et l’emploi en Jordanie.

3. Écosystèmes et contenus requièrent une vision et un engagement de la part des pouvoirs publics.De nombreux États de la région, sinon tous, ont adopté des mesures d’intégration des TIC dans l’éducation et la plupart des pays arabes ont créé des organismes chargés de veiller à leur application. Souvent citées en exemple, les initiatives menées en Jordanie, à Oman et au Qatar incitent toutes à l’enseignement des rudiments de l’informatique, à la mise en place de programmes spécialisés et à la poursuite d’objectifs concrets relatifs à la connaissance des TIC, de l’école primaire à la fin du second cycle. En Égypte et en Palestine, l’initiation à l’informatique a lieu à partir du premier cycle secondaire.

4. La capacité d’un système éducatif à offrir un avenir numérique dépend de la préparation de ses enseignants.Pour l’Internet Society, ce facteur est essentiel. Les enquêtes menées en Égypte, au Liban, au Koweït et en Arabie saoudite montrent à quel point l’aptitude des professeurs à manier l’outil informatique est primordiale. Pourtant, les enseignants de la région MENA manquent d’incitations à intégrer les TIC dans leurs cours et de temps pour cela. La Jordanie  leur a cependant facilité la transition vers l’enseignement en ligne lors de la pandémie de COVID-19, en instaurant une nouvelle plateforme 

5. Pour apporter des compétences numériques aux élèves, il faut une infrastructure informatique.Une étude McKinseysur les facteurs de réussite des élèves dans la région MENA montre que deux pays du Golfe (les Émirats arabes unis et le Qatar) participant au programme international PISA disposent de salles de classes aussi bien équipées en matériel informatique que celles de l’Union européenne. En Jordanie et au Liban, l’infrastructure disponible en milieu scolaire est à peu près équivalente à celle de certains pays d’Amérique latine. En revanche, le degré de pénétration technologique est faible en Algérie et en Tunisie. Le numérique transforme à grande vitesse les sociétés et les économies dans la région MENA, en bouleversant du même coup le « quoi » et le « comment » de l’éducation et de la formation, à tous les niveaux et dans tous les domaines. En s’attachant aux cinq éléments ci-dessus, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord pourront plus facilement mener à bien leurs plans d’amélioration des compétences digitales de leur population scolaire et se placer ainsi sur les rangs d’une rapide croissance numérique. 

Article rédigé par : ANDREAS BLOM , MARIAM NUSRAT, NICOLE GOLDIN

Source : WBANK

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