Accord d’association Algérie-UE : Le démantèlement tarifaire entre en vigueur

UE- Sondage : Ce que pensent les Algériens de l'influence de l'UE

Le démantèlement tarifaire dans le cadre de l’Accord d’association liant l’Algérie à l’Union Européenne (UE) prend effet ce mardi 1er septembre 2020. L’application intégrale de cet accord consistera à un démantèlement intégral des droits de douane. En d’autres termes, cela signifie l’entrée de produits et services de et vers cet espace commercial euro-algérien avec zéro droit de douane. L’Algérie a décidé de réévaluer cet accord commercial, mais pour l’heure aucune décision n’a été annoncée par les autorités officielles algériennes.

Pour rappel, l’Accord d’association Algérie-UE a été signé en 2002 et entré en vigueur en 2005. L’Accord stipule, dans son volet commercial, l’instauration d’une zone de libre échange des produits industriels et la libération progressive des produits agricoles et agro-alimentaires et les produits halieutiques.

Concernant les produits industriels, les produits d’origine algérienne bénéficient, à l’exportation, à partir du 1 septembre 2005 de la franchise de droits de douanes. Pour l’importation, l’Accord stipule le démantèlement tarifaire sur trois étapes. La première liste comporte le démantèlement tarifaire immédiat à partir du 1 septembre 2005, tandis que la deuxième liste comporte le démantèlement progressif de 1.095 positions douanières sur 7 ans pour atteindre 00% en 2012. La dernière liste concernée par le démantèlement tarifaire comporte 1858 positions douanières de 2007 à 2017 sur 10 ans pour atteindre 0% en 2017.

S’agissant des produits agricoles et agro-alimentaires et des produits halieutiques d’origine algérienne, ils bénéficient à l’exportation d’avantages douaniers illimités, notamment les légumes ou d’avantages dans le cadre des quotas tarifaires pour les fruits, les légumes et les produits agro-alimentaires. A l’importation, l’Accord d’association stipule la réduction des droits de douane pour les produits agricoles concernant 115 positions douanières avec des taux oscillant entre 20 et 100%.

Quant aux produits agricoles manufacturés, 50 positions douanières bénéficient d’avantages allant de 20 à 100 %, tandis que les produits halieutiques bénéficient d’une réduction pour 87 produits (poissons) à partir du 1 septembre 2005 avec un taux de 50%.

Le Schéma de Démantèlement tarifaire a été révisé pour 1085 positions douanières pour atteindre 0% en septembre 2020.

Déficit permanent de la balance commerciale hors hydrocarbures de l’Algérie
En février dernier, lors d’un atelier d’évaluation de l’accord d’association Algérie-UE, les chiffres présentés à cette occasion par la représentante du ministère du Commerce, Mme Mokhtari Leila, montrent que les importations de l’Algérie avoisinaient, avant l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’UE, les 9 milliards de dollars en 2003, contre 21,099 milliards de dollars d’importations depuis l’UE en 2018,
Selon les mêmes chiffres, les exportations ont atteint 14,470 milliards de dollars en 2003 et 23,652 milliards de dollars en 2018, en hausse de 63,45%. Pour ce qui est des exportations hors hydrocarbures, elles sont passées de 344 millions USD en 2003 à 889 millions USD en 2018, soit une hausse de 158%.
« Il ressort de ces chiffres qu’un déficit permanent de la balance commerciale hors hydrocarbures pour les importations est enregistré durant la période 2003-2018, constituant un véritable point faible pour les capacités d’export vers les marchés européens », avait expliqué Mme Mokhtari citée par l’agence officielle, imputant le faible niveau d’exportation vers les marchés européens à plusieurs facteurs, internes et externes.
A ce propos, elle avait cité en ce qui concerne les facteurs internes, « une incohérence » entre les quatre politiques: commerciale, industrielle, agricole, de pêche et financière. Il s’agit également, de « l’absence de préparation et d’accompagnement » des entreprises algériennes productrices pour faire face à la concurrence interne, avait-elle précisé.
Pour ce qui est des facteurs externes, elle avait cité entre autres ceux entravant les exportations algériennes, les conditions techniques et juridiques pour pouvoir accéder au marché européen et qui sont devenues plus « strictes », outre le manque des investissements européens en Algérie destinés à l’exportation.
Faut-il reporter l’entrée en vigueur de l’Accord ou l’appliquer?
L’Algérie a décidé de réévaluer cet accord commercial, mais pour l’heure aucune décision n’a été annoncée par les autorités officielles algériennes à ce sujet.
Opérateurs, associations et experts n’ont cessé d’appeler à la révision de l’Accord d’association entre l’Algérie et l’UE. Ils ont expliqué qu’il est défavorable à l’Algérie.
L’expert Senior et Directeur des Programmes SIMDE (Société d’Ingénierie de Management et de Développement des Entreprises), Akli Moussouni a expliqué, dans une récente contribution publiée sur Algérie-Eco, que « l’Algérie s’est retrouvée encore une fois devant un dilemme : faut-il demander le report de cette échéance comme pour 2017 où l’appliquer ? » Pour cet expert : « Dans les 2 cas, elle n’a rien à faire valoir en terme d’équilibre commercial dans le contexte actuel de notre économie. » Selon lui : « Il faut donc choisir entre une nouvelle demande de report qui fera perdre au pays sa crédibilité et son application immédiate pour laquelle il doit travailler. »
« A notre avis, cette dernière option est on ne peut plus claire, est moins nocive pour le pays, sachant que le marché européen, notamment par rapport au produit nostalgique, disposant de la plus importante communauté en France, en particulier, est la seule planche de salut pour toute politique de diversification de l’économie algérienne. Il n’y a donc pas lieu de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais aussi devant la décadence du pouvoir d’achat du consommateur national, c’est une aubaine que de lui épargner des surcoûts, sachant que l’essentiel des produits consommés provient du vieux continent. C’est une autre façon de le soutenir indirectement », a-t-il expliqué.
« Sur un autre plan, il est certain qu’un coup de grâce sera porté à certains produits du pays, mais il s’agit bel et bien d’un mal nécessaire pour reconstruire une nouvelle économie dont l’exportation ne peut être une priorité pour le moment. La contrainte de cette dépendance accrue des produits de l’importation est le seul axe de réflexion valable pour en faire une opportunité économique », a souligné M. Moussouni.

MDI School