Les Accords d’association avec l’Europe, un fiasco à ne pas reproduire

Les Accords d'association avec l'Europe, un fiasco qu'on peut ne pas reproduire

Historique de la coopération algérienne avec l’Europe

La coopération entre l’Europe et l’Algérie remonte à 1969 quand l’ex-CEE imposa des restrictions pour d’empêcher les biens compétitifs d’entrer sur le marché européen. Des tarifs préférentiels furent attribués pour certains produits agricoles comme les agrumes, exonérés de 80% (parce que l’Espagne n’était pas encore membre) ; ou l’huile d’olive exonérée de 30% (parce que l’Italie ne pouvait pas répondre à la demande du marché de l’Europe des 6). L’accord ne s’appliquait que par rapport aux biens qui ne concurrençaient pas la production locale européenne. L’exemple édifiant du taux zéro appliqué aux produits industriels importés des huit pays méditerranéens ne s’appliquait pas aux textiles et produits pétroliers raffinés, qui représentaient une grande partie des exportations algériennes.

Historique de la coopération algérienne avec l'EuropeAussi pour protéger la politique agricole communes (PAC), conçue pour protéger l’agriculteur européen ; en imposant un « calendrier tarifaire » qui limitait l’accès au marché des produits agricoles pour éviter des surabondances qui auraient piégé les productions européennes. Logiquement cet accord aurait servi d’appui aux réformes économiques que devrait mener l’Algérie pour qu’elle soit attractive pour l’investissement européen, mais les aires financières accordées par l’UE aux pays du Sud de la méditerranée évalués étaient à 4,5 euros par habitant pour la mise à niveau de leurs machines économiques contre 23 euros pour pays de l’ex-URSS ayant regagné leur berceau européen, soit un rapport de 1 à 5. Ceci d’une part.

Mais aussi, l’Algérie avait accepté les clauses de cet accord en l’occurrence, par rapport à l’option des contingents et le démantèlement tarifaire progressif alors qu’elle n’a jamais engagé un programme de normalisation de ses productions et de son propre marché. Tous les accords entérinés ont abouti dans des tiroirs qui n’ont jamais été ré-ouverts jusqu’à la fin de l’échéance des dits accords pour demander leurs reports en faisant valoir les « spécificités algériennes » dont il est impossible de saisir le sens.

Déséquilibre dans les échanges par rapport à ces accords

L’adhésion de l’Algérie à cet accord est juste politique, en donnant plus d’importance à la circulation des personnes, entre autre, dictée certainement par une sorte de « fierté » nationale, alors qu’il est de nature plutôt commerciale pour les européens. Cette option « politique » s’est traduite aussi dans les accords de la ZALE (Grande zone arabe de libre échange) où l’Algérie a été amenée à refuser les avantages douaniers et fiscaux pour 1200 produits, dont l’importation va à l’encontre de la production nationale, combien même d’autres importations demeurent encore nuisibles pour certaines filières agricoles. Cette option politique a été reconduite encore dans des accords récents de la zone Afrique, du fait que l’Algérie n’a rien fait sur le plan interne en termes de programmes économiques adaptés aux exigences de ces accords pour en tirer profit. Il ne peut donc y avoir un quelconque équilibre commercial dans notre pays et ces forums, par rapport à ces accords entérinés politiquement par l’Algérie et lucrativement par les autres pays.

Il est aussi utile de rappeler les négociations marathoniennes engagées vainement par l’Algérie avec chacun des membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) pour y adhérer à l’image de la quasi-totalité des pays du monde, pour se rendre à l’évidence que dans tous les cas de figure la balle était dans le camps algérien qui a tenté de faire valoir contre vents et marées des absurdités de son marché intérieur qui ne collent en rien aux exigences du marché international. A priori l’accord d’association avec l’Europe cache mal un marché de dupes, dans son fondement, entre une économie algérienne hors norme et un marché européen des plus sophistiqués.

Déséquilibre dans les échanges par rapport à ces accords

L’évaluation timide d’une baisse du PIB d’environ 2% (selon la littérature) par année née de l’impact négatif sur les finances publiques par le manque à gagner fiscal découlant du démantèlement tarifaire vis-à-vis de l’Europe est loin de refléter la réalité. Ce qui est sûre est que cet accord est un fiasco historique qui a fait que le produit européen s’est accaparé pendant très longtemps du marché algérien avant l’arrivée des chinois, sans la moindre concurrence de la production algérienne.

Défaillance de l’économie algérienne

La conjoncture politique qui avait consisté à se regrouper en forums régionaux du commerce international, l’Algérie avait signé un chèque à blanc, sans revoir le caractère archaïque de son économie qui fonctionne dans l’informel en agrégats dispersés, donc en l’absence de toute planification et d’un marché normalisé. Ce qui a fait de l’investissement dans cette économie une aventure sans visibilité commerciale dans un marché où la qualité n’est pas rémunérée. Donc l’idée de mettre en concurrence les produits locaux hors normes, incertains et onéreux avec les produits d’importation moins chers et plus compétitifs, et normalisés a fait que des générations de zones d’activités et industrielles disparaissent au profit de l’importateur appelé à renflouer le marché national bénéficiant des crédits et de tous les avantages. Ce qui a fait de l’importateur l’acteur principal de la société civile pour l’avoir hissé au statut le plus élevé. Ni des outils d’amélioration de la production, ni des instruments de suivi d’évaluation; ni des systèmes de traçabilité, de contrôle et de certification n’ont été engagés pour secourir le peu de produit national qui avait fini presque par disparaître du simple fait qu’il a perdu sa capacité de rémunération face au produit d’importation véritable générateur du gain facile. On a donc remis le marché national sur un plateau en or aux productions étrangères sous pression d’un marché national dopé par une démographie galopante à défaut de pouvoir construire une économie nationale salvatrice pour n’avoir jamais construit de filières dans aucun secteur économique. Ce qui fait qu’il est impossible de mettre en place une notion de filière qui puisse être partagée entre l’Etat dont le seul but est d’alimenter le consommateur et l’opérateur économique qui a pour seul souci est de faire marcher son affaire. C’est la faiblesse viscérale de l’économie algérienne.

Donc, l’accord d’association avec l’Union européenne n’a pas pu fonctionner comme « le moyen le plus naturel et le plus sûr pour réussir cette entreprise d’insertion dans l’économie mondiale » tant décriée. A présent, il est difficile d’évaluer avec précision les retombées oh combien négatives pour établir un bilan qui suppose des réalisations et des résultats par rapport à des objectifs escomptés. En effet l’échec d’un accord qui en a fait de « la promotion des investissements privés, du transfert de savoir-faire, de technologies et des exportations locales » un cheval de bataille est loin de livrer tous ses secrets. Les conséquences indirectes en pertes d’activités et d’emplois, ne seront pas faciles à endiguer, et les effets négatifs d’avoir négligé totalement la prise en charge d’un accord entériné en grandes pompes, continueront à peser pendant de très longues années sur l’économie algérienne longtemps soumise à un processus de mise en faillite, mais entretenue timidement tant bien que mal par l’injection démesurée des recettes pétrolières. Pour preuve, toutes les lois de finances sont basées sur le prix du baril de pétrole, constamment révisées par les lois de finances complémentaires au regard de l’instabilité de ce prix.

Le démantèlement tarifaire total, menace ou aubaine ?

L’accord d’association entre l’Algérie et l’UE a été signé en 2002, ratifié par l’Algérie par décret présidentiel n°05-159 du 27 avril 2005 et est rentré en vigueur le 1er septembre 2005. 5 ans plus tard en 2010 l’Algérie a entamé les négociations pour le report de son application qu’elle a obtenu en 2012 pour son application en 2020 au lieu de 2017. Pour n’avoir pas été capable d’équilibrer son commerce hors hydrocarbure avec l’Europe, l’Algérie aurait raté un manque à gagner de plus de 700 milliards de DA en termes de recettes douanières durant la 1ère décennie de son application. Pour plus de précisions, c’est un manque à gagner pour les caisses de l’Etat, mais aussi, c’est une « pénalité » qui a été évitée pour le consommateur algérien du fait que ces taxes n’ont pas été répercutées sur le prix final des produits européens importés, frappés par cet accord.

L’application intégrale de cet accord au 1er septembre 2020, consistera à un démantèlement intégral des droits de douane (non pas les taxes fiscales), dont le taux varie de 5 à 60% de la valeur marchande des produits concernés. L’Algérie s’est retrouvée donc encore une fois devant un dilemme : faut-il demander le report de cette échéance comme pour 2017 où l’appliquer ? Dans les 2 cas, elle n’a rien à faire valoir en terme d’équilibre commercial dans le contexte actuel de notre économie. Il faut donc choisir entre une nouvelle demande de report qui fera perdre au pays sa crédibilité et son application immédiate pour laquelle il doit travailler. A notre avis, cette dernière option est on ne peut plus claire, est moins nocive pour le pays, sachant que le marché européen, notamment par rapport au produit nostalgique, disposant de la plus importante communauté en France, en particulier, est la seule planche de salut pour toute politique de diversification de l’économie algérienne. Il n’y a donc pas lieu de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais aussi devant la décadence du pouvoir d’achat du consommateur national, c’est une aubaine que de lui épargner des surcoûts, sachant que l’essentiel des produits consommés provient du vieux continent. C’est une autre façon de le soutenir indirectement. Sur un autre plan, il est certain qu’un coup de grâce sera porté à certains produits du pays, mais il s’agit bel et bien d’un mal nécessaire pour reconstruire une nouvelle économie dont l’exportation ne peut être une priorité pour le moment. La contrainte de cette dépendance accrue des produits de l’importation est le seul axe de réflexion valable pour en faire une opportunité économique.

Par Akli MOUSSOUNI, Expert Senior, Directeur des Programmes SIMDE (Société d’Ingénierie de Management et de Développement des Entreprises).

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