Adel Bensaci : « Le cahier des charges sur la construction des véhicules paraît décourageant mais réalisable »

Adel Bensaci :

En réaction aux nouvelles conditions imposées dans le récent cahier des charges pour la construction de véhicules en Algérie, le président du cluster mécanique de précision, Adel Bensaci a estimé que les nouvelles exigences paraissent décourageantes, mais toutefois, elles peuvent être réalisables si elles intègrent une vision internationale en visant des investissements en amont.

Algérie Eco : Le gouvernement vient de décréter un nouveau cahier des charges portant sur la construction automobile en Algérie. Des modifications de bases ont été apportées par rapport à l’ancien cahier des charges. Que pensez-vous de ces nouveautés ?

Adel Bensaci : Le nouveau cahier des charges (CDC) vient d’être promulgué dans un contexte particulier : les expériences passées ont montré leurs limites et il est impératif de diversifier l’économie hors hydrocarbures. Malgré toutes les mesures prises en faveur de l’investissement, la lutte contre la bureaucratie et le changement de mentalités sont indispensables pour l’émergence d’une économie nouvelle. Le nouveau CDC fixe une limite de temps de 30 jours pour répondre, ce qui est un signal positif. Concernant les objectifs, ils sont certes ambitieux au point de paraître décourageant. À mon sens, de tels objectifs ne peuvent être réalisables s’ils ne s’inscrivent dans une vision internationale : intégrer les chaînes de valeur mondiales et cibler l’export dès le départ. Aussi, pour attirer les investisseurs, il faudra que l’offre Algérie soit compétitive à l’international. Nous disposons de beaucoup d’atouts, à nous de créer les conditions idoines pour attirer les investisseurs.

Le législateur a imposé un taux d’intégration important qui démarre avec 30% allant jusqu’à 50% après cinq ans. Considérez-vous qu’actuellement il existe des opérateurs algériens capables de répondre à cette norme ?  

Le taux d’intégration au départ est certes élevé. Nous avons eu, à travers des rencontres organisées entre le cluster mécanique, la BSTPO et la CIPA avec les constructeurs automobiles implantés et en cours d’implantation, à discuter de la valorisation du taux d’intégration. En l’état actuel, le taux d’intégration atteint difficilement les 15%. Démarrer à 30% demande l’inclusion au démarrage de projet de nouveaux acteurs industriels en vue d’intégrer des pièces et sous-ensembles complexes et aussi encourager la montée en puissance des acteurs déjà implantés. Cette phase ne peut réussir que si elle est préparée en amont avec une vision à l’export : permettre aux acteurs locaux de rejoindre la chaîne logistique mondiale par un accompagnement spécifique (normes qualité et accès aux marchés).

Il est important de profiter de l’opportunité de relocaliser des usines déjà opérationnelles : l’idée est de profiter d’une maîtrise technologique et d’une part de marché à l’export déjà prêt. Par exemple : l’usine de moteurs de Peugeot Kénitra a été délocalisée directement de France où elle produisait des moteurs Euro 4 et Euro 5 pour les marchés émergents. 

Pensez-vous que les constructeurs seront encore intéressés par le marché algérien ?

Penser devenir le réceptacle de tous les constructeurs n’a pas de sens et le ministère de l’industrie l’a très bien compris. Il s’agit de s’appuyer sur un à deux partenaires fiables, qui partagent une vision de codéveloppement. Ces projets nécessitent une production de masse. Afin de réaliser des économies d’échelle, il faudra aussi cibler les modèles à fabriquer. La présence de deux constructeurs pourrait permettre d’atteindre la taille critique qui va encourager l’implantation d’un réseau de fournisseurs automobiles en Algérie.

Quel sera selon vous l’impact de ces mesures sur l’industrie automobile dans le pays ?  

L’implantation d’une industrie de fabrication de véhicules ne pourra être que positive pour le pays car elle permettra le développement de l’activité de sous-traitance, une montée en cadence et une montée en gamme de nos PME dans un secteur très exigeant. On peut espérer à courte échéance la création de milliers d’emplois. Mais son succès nécessite une stratégie à mettre en place en concertation avec tous les acteurs de la filière : constructeurs, équipementiers, fournisseurs de matières premières, clusters, bourses, organismes de soutien, concessionnaires…

Aussi, la crise économique induite par la COVID-19 n’a pas que des inconvénients pour peu que notre pays sache en tirer avantage : attirer les investissements Européens qui souhaitent relocaliser des activités en Asie et, profiter des avantages de relocalisation d’usines en activité. Le tout en s’appuyant sur une stratégie d’exportation mondiale dès le départ et non juste la substitution à l’importation.

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