Aid El Adha : Une fête dans la tourmente cette année

Aïd El Adha : Cinq professeurs en médecine appellent à surseoir au sacrifice

Dans le flou et la confusion, les algériens s’apprêtent à célébrer la fête de l’Aïd El Adha, dans une atmosphère très particulière. Tiraillés entre les effets du coronavirus, qui a fait des ravages, et qui continuent d’inscrire des records de cas de contamination et de décès, et une situation de précarité et de stresse financier qui se prolonge inlassablement, laissant des milliers de familles dans l’expectative de jours meilleurs.

A quelques jours, de la fête prévue pour le 31 juillet, et après le maintien de l’autorisation du rite du sacrifice, l’activité qui se trouve au centre de toutes les discussions n’est autre que l’achat du mouton. Un paradoxe qui ne dit pas son nom, dans la mesure où au delà des instructions des autorités à observer la plus grande rigueur durant ces trois jours, les médecins, ont carrément appelé à interdire ce sacrifice, et éviter les rassemblements, et les visites, mais le dernier mot reviendra au citoyen, et repose sur sa conscience. Ce qui a semblé clair et indiscutable pour les médecins, n’a de toute vraisemblance, pas eu l’écho espéré au sein de la population comme auprès des autorités, d’où une situation de confusion sans précédent « on ne sait plus quoi faire, pour l’Aïd, on est partagé entre acheter le mouton, ou juste marquer le coup avec un peu de viande, pour sortir de la routine du confinement » nous confie Omar un père de famille.

Par ailleurs, d’aucun n’aurait imaginé passer, un mois de ramadhan comme cette année sans mosquées et encore moins, être privé du rite du sacrifice de l’Aïd. Pour une bonne partie de la population, la peur d’être contaminée est omniprésente, et préfère sacrifier l’Aïd que le mouton « ce n’est pas une obligation, bien que ça soit une Sunna confirmée, le vrai devoir envers Dieu est de préserver sa vie et sa santé. En plus, il n’ y’a pas de goût pour cette année, lorsqu’on sait que nos frères meurent tous les jours à cause du coronavirus. Quelle joie voulez vous déguster ? » Explique un citoyen qui semble mettre de côté toute fatwa ou instruction, au profit d’une compassion avec les victimes de la crise sanitaire. Cependant, bon nombre de citoyens semblent avoir renoncé au sacrifice de l’Aïd, simplement pour manque de moyens « comment voulez vous que je mette 40 000 ou 50 000 dinars pour l’achat du mouton, alors que je n’ai pas travaillé depuis 5 mois. C’est à peine si on arrive à subvenir aux besoins vitaux de la famille, et ce n’est pas fini, on ne sait pas combien de temps cette situation va durer, c’est pour cela, même si j’avais l’argent pour le faire, j’aurais préféré les mettre de côté pour les prochains jours » nous dit un salarié.

Il est indéniable toutefois, que certains citoyens, y tiennent mordicus, et ne semblent pas inquiets. Pour eux, il n’est pas question de changer les habitudes, combien même il s’agit cette fois de risque de santé « cela fait des semaines, que j’ai acheté le mouton de l’Aïd, et je ne vois pas pourquoi je vais renoncer au sacrifice. Il suffit d’être vigilant et de respecter les gestes et les mesures de prévention » nous dit-on d’un ton sûr.

Bien que toutes les positions soient à respecter il y’a lieu de prendre en considération, les résultats des expériences précédentes, en matière de déconfinement et d’ouverture de commerces, et de transports, et autres, pour avoir un aperçu sur ce qui va se passer durant les trois jours de l’Aïd. Car si une grande partie de la population a su donner sa propre valeur au retour des activités en respectant et en appliquant avec rigueur les mesures de protection contre le virus, ce qui est un grand signe de conscience, qui a permis à bon nombre de travailleurs , d’artisans et de commerçants de remédier à leurs situations de précarité, il n’en demeure pas moins que le petit nombre de récalcitrants, qui ont complètement bafoué ces consignes, représentent l’origine de la recrudescence, et le danger qui guettent les citoyens durant cette fête. Il reste à espérer cependant que devant les chiffres alarmant de cas de contaminations, que ceux qui n’ont pas eu la conscience d’y croire, de prendre au moins la responsabilité de ne pas mettre la vie des autres en danger .

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