Covid-19 : après son cri à l’aide sur le poids de sa dette, l’Afrique risque de ne pas recevoir le soutien souhaité

Il y a un peu moins de 2 semaines, les ministres africains des Finances ont lancé un appel à l’aide à destination de la communauté internationale. Ils ont notamment demandé que leur soit accordée une exonération du paiement des intérêts sur les dettes et obligations de leurs pays respectifs. Ce montant est estimé pour 2020 à 44 milliards $, selon la Commission économique pour l’Afrique (CEA).

Cette requête fait partie d’un plaidoyer global qui permettrait à la région de mobiliser des ressources afin de faire face aux conséquences économiques causées par la pandémie de covid-19. Très dépendants de leurs matières premières dont les prix ont baissé au cours du dernier mois, les gouvernements africains n’ont finalement que très peu de marge de manœuvre face à la conjoncture actuelle.

Plusieurs organisations non gouvernementales internationales ont fait écho de cette demande et exigent pour certaines, une annulation pure et simple de cette dette qui à leurs yeux, est plus qu’outrageuse en ces moments. Le soutien institutionnel le plus fort est venu de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).

A la suite de la demande des ministres des Finances, David Malpass, le président du Groupe de la Banque Mondiale a le 23 mars 2020, invité les membres du G20 à alléger la dette des pays les plus pauvres, et à suspendre le paiement des intérêts sur les obligations souveraines africaines. « Beaucoup d’entre eux étaient déjà empêtrés dans une situation d’endettement difficile qui ne laisse aucune marge de manœuvre pour opposer une riposte sanitaire et économique appropriée », a expliqué M. Malpass.

Ces déclarations risquent cependant de demeurer des vœux pieux. Le G20 à l’issue de sa rencontre du 26 mars 2020, a donné une réponse qui n’était pas dans le sens d’une action immédiate. « Nous nous félicitons des mesures prises par le FMI et la Banque mondiale pour aider les pays qui en ont besoin en faisant pleinement appel à tous les instruments disponibles dans le cadre d’une réponse mondiale concertée. Nous continuerons de traiter les risques de vulnérabilité liés à la dette dans les pays à faibles revenus », peut-on lire dans le document.   De même, les institutions de Bretton Woods n’ont pas été claires sur la forme que prendrait l’aide cumulée de 64 milliards $ qu’elles ont annoncée, mais il semble qu’une partie de cet engagement sera accordée sous la forme de nouveaux prêts. Rien que sur les 50 milliards $ mis à disposition des pays ciblés, il y a déjà 80 demandes d’assistance.

Par ailleurs, l’appel du duo Banque mondiale/FMI ne semble pas concerner les créanciers de la dette commerciale des pays africains. A fin 2019, on estimait à près de 115 milliards $, l’encours global des eurobonds émis par les pays africains. Ce qu’on constate depuis fin mars 2020, c’est que les rendements sur ces obligations internationales pour des pays comme le Kenya, le Nigeria, l’Angola, ou le Ghana ont augmenté ; signe que le marché obligataire international craint de forts risques de défauts de remboursement. Pourtant aucun signe de concession ne se fait ressentir.

Il y a enfin, la dette de l’Afrique envers la Chine. Elle était estimée à près de 146 milliards $ en 2017, selon des données de l’Initiative pour les recherches sur les relations entre la Chine et l’Afrique. Aucune annonce n’a encore été faite de ce côté. Le nouveau partenaire des Africains ne semble pas encore prêt à fermer les yeux sur ses remboursements, surtout que certains pays comme le Cameroun et le Congo ont récemment obtenu des restructurations de leur dette

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