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Mourad Preure à l’AFP : L’effondrement des cours du pétrole rend la situation « critique » pour l’Algérie

L’effondrement des cours du pétrole rend la situation « critique » pour l’Algérie en raison de sa dépendance à la rente pétrolière, a averti ce mardi le professeur Mourad Preure, spécialiste des hydrocarbures et ancien PDG de Sonatrach.

Dans un entretien accordé à l’Agence France Presse (AFP), Mourad Preure a indiqué : « L’Algérie est excessivement exposée aux fluctuations du marché pétrolier du fait de la faible diversification de son économie. »

« L’impact sera très fort avec des recettes d’hydrocarbures déjà en deçà des besoins. Selon toute vraisemblance, ces recettes en 2020 vont se situer dans un créneau entre 34 milliards de dollars, soit leur niveau actuel, et plus ou moins 20 milliards de dollars, selon les évolutions possibles de la crise », a-t-il estimé.

Et d’ajouter : « Dans tous les cas, la situation est critique. Elle impose, d’abord, un effort rigoureux d’anticipation des menaces mais aussi des opportunités, car toute crise recèle des opportunités », a-t-il dit en réponse à une question « Quel impact attendre de la chute des prix du pétrole sur l’économie algérienne? »

L’Algérie a les moyens pour surmonter cette crise, mais… 

A la question « Quelles sont ces opportunités et les solutions possibles pour l’Algérie? », Mourad Preure a expliqué : « Il est clair que, parmi les priorités, figurent une puissante accélération des réformes économiques, une profonde modernisation de la gouvernance et une amélioration du climat des affaires. »

Il a estimé que « l’Algérie, toutes proportions gardées, a les moyens, notamment financiers, et des avantages comparatifs naturels, pour surmonter cette crise. »

Mais, a-t-il ajouté, « il lui faut une stratégie novatrice: diversifier l’économie et aller vers la transition énergétique ».

La chute des prix du pétrole rend « envisageables » les scénarios « les plus pessimistes » pour l’économie mondiale

« Nous sommes face à un véritable choc baissier, plus grave encore qu’en 2014 », a estimé le professeur Preure, pour qui : « Ce choc survient dans un contexte exceptionnel. L’économie chinoise subit un sévère ralentissement qui a un effet déflagrant sur l’industrie pétrolière mondiale. »

« Dans ce contexte, où il y a une surabondance de l’offre (de pétrole) et où la demande ralentit, les scénarios les plus pessimistes sont envisageables », a-t-il expliqué.

« Une diffusion plus large de l’épidémie pourrait même conduire à +un collapsus+ de l’économie mondiale. Nous sommes dans une situation de grande imprévisibilité », a-t-il prévenu, rappelant, de ce fait, que le « consensus d’Alger » qui avait réuni en 2016 les pays de l’Opep et des pays non Opep, avec à leur tête la Russie,  « n’a pas résisté à cette crise ».

Des prix en dessous des 30 dollars le baril ne sont plus à exclure

(…) « La guerre des prix engagée inconsidérément par l’Arabie Saoudite, comme chaque fois dans l’histoire, se conclura encore par un affaiblissement des pays producteurs. Et des niveaux de prix en dessous de 30 dollars le baril ne sont plus à exclure », a-t-il prédit.

« Certes, on peut anticiper un retour de la Russie à la table des négociations et un ralentissement de la production américaine. Mais les incertitudes, excessivement fortes, quant à l’évolution de l’économie mondiale, orientent les marchés qui tendent à surréagir aux crises, entraînant un +effet papillon+, vers un enchaînement chaotique qui risque fort d’être inédit dans l’Histoire », a-t-il conclu.

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