Soufiane Djilali à L’Expression : « Il y a eu des changements extrêmement importants dans toutes les institutions »

Soufiane Djilali récompensé du

Après une année du Hirak populaire, le président du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, a estimé qu’il y a eu des changements « extrêmement importants » dans toutes les institutions.

« Il y a eu des changements extrêmement importants dans toutes les institutions. En l’occurrence, l’émergence d’une Présidence, d’un gouvernement, l’Institution militaire, les institutions de sécurité. Donc en moins de 12 mois, on a vécu un bouleversement très profond », a-t-il expliqué dans un entretien accordé au journal L’expression du dimanche 16 février 2020.

« C’est ce qui a généré un phénomène important, qui pèse de tout son poids sur la scène politique, c’est l’intervention de l’opinion publique dans le jeu politique », a-t-il estimé.

Soufiane Djilali ajoute : « Alors que pendant 20 ans, les Algériens étaient complètement marginalisés, depuis le 22 février 2019, la masse des Algériens qui s’impliquait dans la politique est devenue extrêmement significative et désormais elle va influer sur la suite des événements. En tant qu’acteur, l’opinion publique impacte actuellement la prise de décision. Il n’est plus possible pour le pouvoir politique en place de faire, selon ses propres intérêts, en occultant l’intérêt général ».

« Donc, a-t-il poursuivi, depuis l’installation du nouveau président, on voit bien que, ce qui reste de l’effondrement de l’ancien régime, ce sont les structures de l’Etat. Et il est capital de faire la différence, entre le régime politique et l’Etat. Ce dernier a tenu le coup, mais aujourd’hui nous sommes devant l’obligation de reconstruire un régime politique. Il faut dire que tout l’enjeu est là. Soit la position de l’opposition en général, se trouve appuyée par l’opinion publique, un peu surchauffée, soit il y a une rupture totale avec le pouvoir et, à ce moment là, on donne l’occasion au pouvoir de reconstruire un régime de la même manière qu’il l’avait fait par le passé, ou alors, l’opposition, la société civile, la classe politique s’implique dans l’avenir proche et influence fondamentalement les caractéristiques du nouveau régime à mettre en place », a-t-il dit.

Invité à donner sa vision sur le dénouement de la situation, le président de Jil Jadid explique : « Il s’agit d’effectuer une opération très délicate, qui consiste à savoir faire des compromis, sans tomber dans la compromission. Mais il s’agit en même temps de positiver l’action en fructifiant les évolutions et éviter de s’inscrire dans une logique jusqu’au-boutiste, au risque de faire tomber l’Etat lui-même, ce qui serait hautement tragique ».

Pour lui, « il est cependant indéniable, que la scène politique est morcelée. Nous avons d’un côté le Hirak, le peuple, l’opinion publique qui a beaucoup de raisons de se méfier de tout. C’est une population qui a été trompée, désabusée, donc il y a une réaction de vigilance et de méfiance. Elle est naturelle et il faut que le pouvoir l’accepte, c’est une contrainte majeure, et qui peut être utilisée, si elle est bien comprise, pour mieux avancer. Autrement dit, même le pouvoir lui-même, peut en utilisant cette force du Hirak agir sur les propres résistances, qu’il y a à l’intérieur du pouvoir. Ce dernier est maintenant divisé, il est clair qu’à la tête du pouvoir, il y a un renouvellement de vision, mais le pouvoir c’est aussi, toutes les tentacules de l’Etat, en l’occurrence les administrations, la justice, les institutions économiques ».

« Or, le régime Bouteflika avait sur 20 ans gangrené tout le système, et donc même en changeant la tête, il y’aura toujours des résistances extrêmement puissantes et malignes, qui utilisent une partie des forces populaires pour contrer toute possibilité d’évolution. Ce sont des forces occultes qui vont pousser au pourrissement en essayant de flatter les revendications populaires pour justement empêcher qu’il y ait un changement, et permettre à ceux qui ont toujours profité de la rente de rester en place », a-t-il ajouté.

Et de préciser : « Il s’agit de beaucoup d’acteurs économiques, dans les médias, des acteurs qui sont à la périphérie du pouvoir , qui alimentent constamment toutes les possibilités de revendications pour empêcher le pouvoir de s’installer et de faire le ménage. Vous avez d’un côté, l’opinion publique qui attend un changement, mais qui n’a pas confiance en le pouvoir actuel et de l’autre côté, le pouvoir qui se trouve empêtré dans ses propres contradictions et même s’il a la volonté de changer , il a en face de lui une force d’inertie extrêmement puissante, qui joue sur le Hirak pour empêcher le gouvernement d’avancer. Donc, il est dans un jeu à trois, avec une partie invisible qui manipule le plus ».

Sur la question des détenus d’opinion, Soufiane Djilali a rappelé que la position de son parti à ce sujet est claire depuis longtemps,ajoutant que « nous avons porté cette revendication lors de la réunion de Aïn Benian et nous considérons, que malgré les bonnes intentions du pouvoir à acter un changement, il est tenu de donner des gages de bonne volonté et de renouer un fil non pas de confiance, mais de communication. À ce titre, le pouvoir a maintenant les moyens pour libérer tous les détenus d’opinion. Cela étant, quant à ceux qui sont détenus pour avoir commis des actes répréhensibles, d’enrichissement illicite, de prédation ou de vol, ils doivent être jugés et rendre des comptes au pays », a-t-il dit.

En conclusion, Soufiane Djilali a indiqué : « Nous sommes convaincus à Jil Jadid , que les choses vont dans le bon sens, on n’applaudit pas à cent pour cent, il y a quelques erreurs de casting, il y a des points de faiblesse, mais il faut considérer objectivement que le pays revient de très loin, et qu’il faut du temps pour reconstruire. Il s’agit cependant, pour la classe politique, et pour les faiseurs d’opinion en général de devoir comprendre, qu’aujourd’hui, l’Etat algérien est pratiquement dénudé, et qu’on doit construire un nouveau régime avec la contribution de tous. Nous avons besoin de rassembler le pays, d’avoir une vision, de retrouver une unité, un dessein et une volonté générale, pour faire émerger l’Etat de droit et la démocratie que nous recherchons ».