Décès d’Ahmed Gaïd Salah : Coup dur pour Abdelmadjid Tebboune

Décès d’Ahmed Gaïd Salah : Coup dur pour Abdelmadjid Tebboune

Le décès subit du vice-ministre de la Défense Nationale et chef d’état major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, va certainement jeter le trouble dans le camp d’Abdelmadjid Tebboune, qui doit sa toute nouvelle carrière de chef d’État à cet emblématique représentant du système politique algérien.

Très mal élu et sans base populaire, Tebboune ne pouvait en effet compter que sur cet autoritaire général de corps d’armée, pour le soutenir dans sa bien pénible mission qu’il entame avec une légalité contestable et une lourde défaillance de légitimité qui se résume à, à peine, quatre millions de suffrages recueillis lors du scrutin présidentiel du 12 décembre dernier. Certains observateurs pensent que, bien au contraire, Abdelmadjid Tebboune se débarrasse ainsi de cet encombrant soutien qui, par ses intrusions maladroites dans les affaires politiques courantes, peut considérablement réduire sa marge de manœuvre de président de République. Une thèse qui ne tient évidemment pas la route, car on voit très mal le peuple algérien manifester dans les rues pour apporter soutien à ce président issu d’une immense fraude qu’il n’a toujours pas digérée.

La disparition d’Ahmed Gaïd Salah, est d’autant plus problématique pour le nouveau chef d’État, qu’il sait pertinemment que ce ne sont pas tous les membres de l’état major, qui l’ont soutenu lors du scrutin du 12 décembre, puisque certains généraux avaient résolument pris option pour Azzedine Mihoubi. Cette indiscipline au sein du clan mal perçue par le chef d’état major, devrait même valoir à ces hauts gradés de graves sanctions au terme d’une enquête qui vient d’être déclenchées contre eux.

La nomination rapide d’un de ses adjoints (le commandant des forces terrestres Saïd Chengriha) au poste de chef d’état-major par intérim, dénué du titre de vice-ministre qu’avait Gaïid salah, a certainement pour objectif d’amortir momentanément le choc de cette disparition inopinée, avant que les cartes ne soient rabattues dans un sens ou un autre qu’il est encore trop d’anticiper. La disparition du vieux chef d’état major et homme fort du régime, va certainement ouvrir une nouvelle voie qui sera, espérons-le, non violente et sans répercussion négative sur le mouvement de contestation pacifique que Gaïd Salah avait déjà assez malmené. Notre espoir est que le pacifisme du Hirak puisse forcer la main au nouveau commandement militaire afin que les légitimes problèmes posés depuis dix mois par ce vaste mouvement populaire qu’est le Hirak, soient réglés de façon non violente. Le président de la république et le chef d’état major par intérim devraient donner très vite des signes de bonne volonté et prendre d’urgence des mesures d’apaisement prouvant au peuple insurgé, leur volonté de  rompre avec l’autoritarisme stérile du désormais défunt commandant en chef.

Même si le peuple fait preuve de maturité en refusant de répondre violemment à la répression qui s’est abattue sur lui (plus 400 arrestations, 200 condamnations arbitraires, multiplication de la répression policière, …) sur ordre de Gaïd Salah, il est toutefois à craindre que dés mésententes entre hauts gradés de l’état major se répercutent négativement sur le quotidien des algériens, en termes de manipulations de foules, voire même, d’affrontements entre clans qui se propagent au sein de la société.

On s’interroge enfin, sur les possibles conséquences géopolitiques de la mort de ce général autoritaire sur lequel des pays comme la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et les pays du Golfe notamment,  semblaient avoir misés pour mettre l’Algérie au service de leurs intérêts.  Pour quel type de régime vont-ils opter, sachant que la contestation populaire du Hirak ne va pas s’arrêter de si tôt, tant que ses aspirations à la démocratie, à un état de droit et à une République gouvernés par des civils, n’auront pas été satisfaites? Le refus collectif de la violence affichés par les millions de manifestants du Hirak, plaiderait pour une approche plus avenante, plus coopérative de leurs parts. Mais attendons de voir pour en juger !

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