La surdité du pouvoir va contraindre le Hirak au durcissement

crise politique en Algérie

Le peuple algérien ressent comme une profonde offense la méprisante surdité affichée par le pouvoir à l’égard des revendications que des millions de voix clament chaque vendredis et jours de semaines, depuis plus de six mois, à travers tout le pays. Pour le pouvoir et,notamment la plus haute hiérarchie militaire, la grogne populaire qui ne faiblit pourtant pas depuis un certain 22 février 2019, est un non événement qui ne mérite même pas de peser sur la décision politique dont il tient coûte que coûte à garder le monopole du fait que sa sécurité et la sauvegarde de ses intérêts sont en jeu.

De cette divergence d’intérêts, entre un peuple dont la majorité réclame un meilleur destin politique,et le pouvoir, qui ne veut consentir aucun changement systémique risquant de l’emporter, la situation semble irrémédiablement bloquée. A moins d’un événement imprévu qui se produirait au sein de ceux qui dirigent le pays ou dans la révolution jusque là pacifique,qui changerait subitement de stratégie et ses moyens de lutte. Au niveau du premier déterminant ( présidence de l’Etat et état major militaire) quelques lézardes ont,en effet, déjà apparues entre le président de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah et le chef d’état major militaire, Ahmed Gaid Salah, à propos des exigences préliminaires à la création du panel du dialogue, que le premier avait promis de satisfaire et que le second avait carrément refusé d’accorder au panel en question. Abdelkader Bensalah qui,de par la loi est hiérarchique supérieur au vice ministre Ahmed Gaid Salah, a accepté ce déni d’autorité, mais rien ne prouve qu’un autre couac de même ne se produise dans les jours prochains, avec le risque de produire un clash politique aux conséquences incalculables.

Pour ce qui est de l’inépuisable mouvement populaire (Hirak) qui s’époumone depuis le 22 février à réclamer des droits constitutionnels basiques, comme l’application des articles 7 et 8 de la constitution qui confie au peuple algérien pleine souveraineté sur la conduite de son destin politique, une certaine nervosité a commencé à apparaître chez les manifestants qui commencent déjà à évoquer des formes de luttes plus radicales pour en finir avec ce déni de droit, mettre fin à la répression policière et en finir avec les grossières intrigues auxquelles se livre le pouvoir à travers des panels et des conférences fantoches qui biaisent toute prise de langue des véritables acteurs du Hirak avec le pouvoir authentique, en l’occurrence l’état major de l’armée.

Chaque rencontre du panel et des autres conférences de dialogues préfabriquées sont en effet perçues par l’écrasante majorité des algériens comme une offense surtout quand elles sont, de surcroît ,maladroitement couvertes par des médias aux ordres du pouvoir. Chaque commentaire effectué par un des journalistes de l’Entv, Enahar, Echourouk et autres TV liées au pouvoir est,en effet, perçu comme une tentative de manipulation qui discrédite et rend suspecte l’initiative,quand bien même, cette dernière se voulait constructive.

Le choc des images produit par ces télévisions inféodées au pouvoir, produit effectivement des ravages dans l’opinion publique. Le choix maladroit des acteurs dont bon nombre étaient connus pour leur positions zélées en faveur d’un 5é mandat pour Bouteflika, leur opportunisme ou leur antipathie manifeste pour le Hirak, exacerbent encore davantage les tensions chez ceux qui manifestent inlassablement depuis 26 vendredis et 25 mardis consécutifs, qu’il fasse froid ou chaud, durant tout le mois de ramadan et, pour bon nombre d’entre eux, sacrifiés leur mois de congé payé pour assurer la permanence du Hirak.

Ces intrigues et toutes ces personnalités désignées on ne sait par qui et sur quelle base, pour les représenter et parler à leur place, s’en est effectivement vraiment trop pour ce peuple qui trime à faire aboutir sa révolution depuis plus de 6 mois!! Aussi sont ils de plus en plus nombreux à vouloir durcir le mouvement en recourant,notamment, à la désobéissance civile. Ce mot d’ordre apparue un certain 22é vendredi de marche et qui depuis revient a chacune des manifestations du Hirak, consiste à paralyser au moyen de grèves générales pacifiques , toutes les institutions et activités vitales du pays, à commencer par celles du transport de voyageurs et marchandises, l’énergie, l’extraction et l’exportation des hydrocarbures, l’enseignement, la justice et autres. Des mots d’ordres émis dans ce sens,ont du reste, commencé à fuser sur les réseaux sociaux. La plupart font démarrer la désobéissance civile le 2 septembre prochain, soit le jour de la rentrée sociale. C’est une date qui polarise toutes les craintes, tant les problèmes sociaux sont grands et peuvent, par dépit, embrayer sur des considérations politiques considérées comme seul moyen de les résoudre puisque le régime en place y a lamentablement échoué.

MDI Alger

A tous ces griefs susceptibles de radicaliser le Hirak, il faudrait sans doute ajouter les jeunes manifestants injustement incarcérés pour avoir brandi la bannière amazigh lors des précédentes manifestation, les leaders politiques emprisonnés pour avoir seulement émis des opinions contraires à celles du pouvoir. La répression policière, les entraves à la circulation des personnes, qui exacerbent la nervosité des algériens donnent encore plus de crédit, à la volonté du Hirak de durcir à l’extrême sa manière de revendiquer.

Bessa, Résidence la Pinède