« CARE » planche sur les priorités d’une feuille de route économique à l’horizon 2022

feuille de route économique

Difficile de synthétiser dans cet article qui se veut succinct, ce qu’une dizaine de nos meilleurs spécialistes en économie et en Droit des affaires, ont mis en évidence et proposé, lors de ce forum du « think tank » Care  qui s’est tenu, en présence d’une nombreuse assistance, ce lundi 22 juillet 2019 à l’hôtel Sofitel d’Alger.

Il faut dire que le thème, choisi à l’aune processus révolutionnaire hors du commun qui se déroule depuis prés de six mois en Algérie, est de nature à susciter l’intérêt de tous ceux qui veulent œuvrer d’une manière ou d’une autre au redressement du pays. La problématique posée « Quelle priorités pour une feuille de route économique de l’Algérie à l’horizon 2022 » cadre en effet parfaitement avec l’actualité d’une peuple qui bouge pour changer en mieux son destin politique et son mieux être économique, d’où la présence de nombreux   acteurs économiques, mais aussi, d’élites politiques en quête de solutions aux problèmes multiformes qui se profilent et menacent à brève échéance le pays.

Parmi les présents, pratiquement tous liés au monde économique, on a effectivement pu remarquer la présence de personnalités politiques comme Mme Zoubida Assoul, Abdelaziz Rahabi et le représentant de l’Union Européenne en Algérie. Les experts, tout comme les participants qui se sont exprimés à l’occasion des débats, ont pratiquement tous salué l’avènement de la révolution du 22 février  comme porteuse d’espoir quant à un possible changement dans la manière de concevoir et de conduire de manière concertée l’économie, afin de la rendre plus efficiente, transparente.

Le président du « Think Tank » Care, Slim Othmani, a considéré comme nécessaire et urgente toutes concertations visant à rapprocher les points de vue sur les réformes économiques qu’il faudra obligatoirement entreprendre sur la base d’une feuille de route comportant un programme d’actions à moyen terme. Et c’est dans cet esprit, que ce centre de réflexion a pris l’initiative de commencer à plancher sur une feuille de route économique préliminaire visant à définir les politiques de développement et d’évaluation de l’action gouvernementale pour les années à venir. C’est précisément dans cet objectif, que trois groupes d’experts se sont succédé à la tribune du « Think tank » à l’effet d’animer  des discussions portant sur trois principaux thèmes : Les mesures à prendre pour préserver et régénérer les grands équilibres budgétaires et de balance des paiements, la diversification économique ainsi que le soutien à l’investissement, le cadre de gouvernance et l’éthique des affaires.

Les exposés des experts avaient le mérite d’être succincts et très didactiques, ce qui a permis à l’assistance de saisir la proximité, l’ampleur et la difficulté des problèmes « qui arrivent comme un ouragan », pour reprendre l’expression d’un des conférenciers. L’économiste Rachid Sekak qui pense que la récession a déjà commencé, a énuméré un certain nombre de difficultés auxquelles les algériens doivent d’ores et déjà se préparer. Il évoque les retards de paiement dont se plaindront de plus en plus d’entreprises, le resserrement des crédits bancaires, la restriction des importations, les taux de change qui vont repartir à la hausse y compris sur les marchés informels, la poussée inflationniste, la perte de confiance des investisseurs, les craintes paralysantes des banquiers suite aux derniers événements judiciaires qui ont beaucoup affectés la corporation etc.

Les conférenciers étaient unanimes à reconnaître que rien de sérieux ne pourra être entrepris en matière de redressement économique tant que la situation politique ne sera pas apaisée et que les autorités qui vont diriger le pays ne seront pas légitimes et compétentes, mais aussi et surtout, ouvertes au dialogue avec les principaux acteurs de la société algériennes. Ces autorités doivent identifier les principaux problèmes qui minent notre économie et concentrer leur énergie à les solutionner. Les économistes à l’instar de Mohamed Cherif Belmihoub, Mourad Goumiri et Mouloud Hedir, ont tous évoqués le fait que l’Etat vit au dessus de ses moyens qui proviennent essentiellement de ressources d’hydrocarbures de moins en moins rémunérées et qui, de surcroît, s’épuisent à grande vitesse. Des solutions concertées doivent rapidement être trouvées à la question des subventions mal ciblées qui ruinent le budget de l’Etat, considèrent à juste raisons ces experts de renoms.  Pour eux, il est également impératif que l’Etat cherche d’autres sources financières qu’il pourra trouver dans les cessions d’actifs d’entreprises publiques et l’élargissement de l’assiette fiscale. D’autres formules mettant à contribution des opérateurs privés devront également être envisagées pour le financement de certaines infrastructures et équipements publics, comme les hôpitaux, les universités et l’enseignement primaire et secondaire. Mais comme y avait, à juste titre, insisté Mouloud Hedir, il faut d’abord commencer par instaurer la fiabilité et la transparence dans les comptes publics qui, aujourd’hui, ne présentent ni l’une, ni l’autre, de ces qualités. La situation économique du pays ne saurait de ce fait être appréciée à sa juste réalité, ce qui complique les diagnostics et fausse les solutions curatives envisagées.

Pour Mohamed Cherif Belmihoub rien de sérieux et durable ne peut être entrepris en matière de développement économique et social, sans  décentralisation préalable, conforme au plan national d’aménagement du territoire. Ce n’est pas normal, dit-il, que l’écrasante masse de la consommation nationale se fasse dans quelques villes de la bande côtière du pays, pendant que le reste du territoire algérien se désertifie.

MDI Alger

La spécialiste en Droit des affaires, madame Hind Benmiloud a, quant à elle, fait un long plaidoyer sur le climat des affaires, en insistant sur la confiance qu’il faut très vite rétablir, notamment chez les gestionnaires secoués par le traitement judiciaire des affaires de corruption qui incitent à excès de prudence qui ne convient pas au monde des affaires qui requiert audace et prises de risques.

Bessa, Résidence la Pinède