Souad Abderrahim, tête de liste Ennahda, devient la première femme élue maire de Tunis

Souad Abderrahim

La candidate du parti islamiste Ennahdha, Souad Abderrahim, en tête des élections municipales de mai dernier, a été élue maire de Tunis ce mardi 03 juillet

La tête de liste du parti islamo-conservateur Ennahdha a obtenu 26 voix, contre 22 pour son principal adversaire, Kamel Idir, membre du parti Nidaa Tounès, allié d’Ennahdha au sein du gouvernement. Ennahdha était arrivé en tête des élections municipales du 6 mai, les premières depuis la révolution tunisienne de 2011, mais sans dégager de majorité à Tunis. Souad Abderrahim, 53 ans, devient ainsi la première femme à remporter la fonction de «Cheikh El Médina», titre masculin traditionnel donné au maire de Tunis.

«J’offre cette victoire à toutes les femmes de mon pays, à toute la jeunesse et à la Tunisie», a lancé Souad Abderrahim, jusque-là gérante d’une entreprise pharmaceutique à Tunis. Femme politique controversée, Souad Abderrahim revendique des idées libérales bien qu’elle ait toujours appartenue à la mouvance islamiste

Lors de ses études de pharmacologie à l’Université de Monastir, elle devient membre de l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE), un syndicat étudiant islamiste, dissous en 1991 sous Ben Ali. Cet engagement lui a même valu deux semaines de prison en 1985. Souad Abderrahim est arrêtée pour avoir voulu calmer une rixe entre de jeunes militants de gauche et islamistes. Alors renvoyée de l’université, elle ne reprendra ses études que plus tard.

Une fois diplômée en 1992, elle décide de quitter le militantisme pour se consacrer à sa vie professionnelle et renoncera à porter le voile. Avec aujourd’hui un look «à l’occidentale», la dirigeante d’entreprise, mariée et mère de deux enfants, doit désormais renoncer à sa carrière en vertu de la loi.

Ce n’est qu’après la Révolution de 2011 que la pharmacienne décide de revenir en politique. Elle milite alors pour le parti Ennahdha, dont elle devient rapidement une figure de proue. En octobre, elle est élue pour un mandat de députée à la première Assemblée constituante de Tunis (équivalent du Parlement), qu’elle exerce jusqu’en 2014. Elle y préside une commission sur les droits de l’homme et les libertés.

Mais alors candidate, elle se fait remarquer en suscitant l’indignation des défenseurs des droits de l’homme. Lors d’un passage sur la radio Monte Carlo Doualiya, elle déclare que les libertés individuelles doivent être «encadrées par les coutumes, les traditions et le respect des bonnes mœurs». Elle s’en prend également aux mères célibataires, «une infamie, une plaie pour la société tunisienne», qui ne «devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits», selon la future députée.

Ces déclarations lui valent le surnom de Souad Palin, en référence à la républicaine conservatrice américaine Sarah Palin. Lors de l’inauguration de l’Assemblée constituante en novembre 2011, Souad Abderrahim est malmenée par des manifestantes de l’Association tunisiennes des femmes démocrates (ATFD), qui étaient venues réclamer davantage de libertés civiles. La députée s’est depuis excusée.

Si elle rejoint le bureau politique d’Ennahdha en 2017, la nouvelle maire de Tunis se définit comme indépendante et rejette l’étiquette «d’islamiste». Son programme électoral est centré sur l’environnement et l’entretien des infrastructures de la ville. La capitale tunisienne est notamment confrontée à un problème de gestion des déchets.

Elle revendique des idées libérales et réformatrices, à l’image de son parti. Idéologiquement proche des Frères musulmans depuis sa création dans les années 1980, Ennahdha s’est transformé mi-2016 en parti «civil à référent islamique», abandonnant un islam politique pour un islam «démocrate». Les opposants de Souad Abderrahim voient en elle une vitrine pour le parti islamiste qui cherche à se dé diaboliser. Mais son élection reste un symbole fort en Tunisie.

Comme Souad Abderrahim, de nombreuses femmes viennent d’accéder au pouvoir local à la faveur d’une loi très stricte sur la parité. Selon l’Instance indépendante électorale (Isie), 47% des élus sont des femmes, dont 573 sont têtes de listes (29,5% du total). Le journal arabophone Al-Maghreb faisait état mardi matin de 52 femmes élues maires sur un total de 269 communes où l’élection a déjà eu lieu

Afp

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