Faute de volonté politique le tourisme algérien peine à décoller

Abdelkader Messaoud

A la veille de l’ouverture de la saison estivale il est de tradition que les autorités politiques algériennes fassent étalage de ce que l’Etat a fait et fera en matière d’investissements pour promouvoir ce secteur sur lequel reposera en grande partie la diversification économique du pays. Le bilan et les perspectives sont généralement faites en termes d’hôtels construits ou à construire et de plages sécurisées. Il n’est jamais fait mention d’éducation et de formation à prodiguer pour favoriser le bon accueil dans les hôtels et les restaurants et améliorer la qualité des prestations sur l’ensemble de la chaîne des services. Dés qu’un estivant met les pieds sur une plage, dans un hôtel, un restaurant ou sur un lieu de détente, il est vite agressé par l’absence d’hygiène, un accueil souvent agressif, une nourriture de mauvaise qualité, des équipements de loisirs et de détente défectueux à des prix inabordables. Face à la déferlante d’estivants l’organisation est généralement défectueuse avec son lot de difficultés de stationnement et d’accès aux produits et services touristiques proposés. Les estivants se marchent sur les pieds, ont du mal à se partager les espaces des plages et retournent souvent chez eux avec un sentiment lourd de fatigue et d’insatisfaction. C’est ainsi que les algériens ont toujours passés leurs vacances pratiquement toutes concentrées sur les plages du littoral. On ne voit vraiment pourquoi cela changerait positivement cette année. Faire du tourisme l’activité par laquelle l’Algérie divers sortirait son économie de son extrême dépendance des hydrocarbures est, dans l’état actuel des choses, un leurre. Un leurre qui risque de durer encore bien longtemps du fait qu’aucune action d’envergure, hormis la construction de quelques hôtels au goût architectural contestable, n’a été engagée à ce jour pour sortir ce secteur de sa léthargie.

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Bien au contraire les prédations qui se multiplient à l’encontre de son patrimoine hôtelier, ses plages, son patrimoine forestier et son environnement écologique en général sont à l’origine d’une régression largement perceptible des atouts du tourisme balnéaire.

Le mal est si profond qu’il est impossible de parier sur cette activité sans une préalable mise à niveau de pratiquement toute l’infrastructure hôtelière qui devra aller de paire avec une requalification de l’ensemble du personnel hôtelier.  L’hygiène et la sécurité qui font largement défaut sur les plages et les forêts avoisinantes devront faire l’objet d’une attention particulière tout au long de l’année et, non seulement à la veille de l’ouverture de la saison estivale comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui. L’écrasante majorité de nos plages ne disposent même pas de matériels de nettoyage  mécaniques, ce qui leur donne cet aspect d’espaces constamment sales et repoussants, notamment pour les touristes étrangers qui les comparent aux plages autrement mieux loties où ils s’étaient déjà rendus. 

Vu sous sur tous ces angles peu favorables au tourisme, l’Algérie n’a effectivement rien d’extraordinaire à offrir aussi bien à se propres estivants qu’aux touristes étrangers auxquels des destinations comme la Tunisie, le Maroc, l’Espagne, la France et  la Turquie peuvent accorder, sans doute à moindres frais, des services et des produits touristiques de meilleure qualité.

En ajoutant à ce sombre tableau les interdits moraux et religieux imposés aux citoyens comme aux touristes étrangers, il ne faut effectivement pas s’attendre à ce que les estivants autochtones, ni même, nos émigrés et encore moins les étrangers, se bousculent aux portillons de nos infrastructures. Seule l’insuffisance numérique de nos infrastructures touristique donne l’impression d’un trop plein sur nos plages, sur les lieux de loisirs et  hôtels restaurants.

S’il est vrai que l’infrastructure touristique s’est enrichie ces dix dernières années de quelques hôtels essentiellement urbains, leurs conceptions douteuses (ceux réalisés par les chaines internationales mises à part) et leurs modes de gestion archaïques ne sont pas,  il ne faut pas craindre de l’avouer, de nature à produire le rush d’estivants attendu.

Et pour preuve, bon nombre de ces hôtels de construction récente se plaignent de leurs difficultés à atteindre des taux de remplissage convenables. Faute de publicité certains hôtels publics  restent désespérément vides durant les basses saisons, d’où leurs déficits chroniques.

Les quelques opérateurs que nous avons interrogés sur les causes de l’absence de touristes étrangers en Algérie, ont pratiquement tous évoqué l’extrême difficulté d’obtenir un visa auprès des consulats algériens, le manque d’agressivité commerciale des hôteliers algériens, l’archaïsme de nos moyens de paiement (le touriste étranger doit venir avec de grosses sommes d’argent liquide), les moyens de réservation électroniques font défaut et la sécurité des étrangers encore difficile à assurer convenablement. Il y a aussi l’absence de formation, couplée à un manque flagrant de civisme, dont pâtissent les clients qui prennent le risque de se rendre sur une plage, dans un hôtel touristique ou dans un restaurant algériens.

Il y a enfin, tiennent-ils à ajouter, le rôle négatif que jouent  la plupart des agences de voyages dont l’activité consiste beaucoup plus  à fournir des touristes algériens à des destinations étrangères qu’à promouvoir celles de leur  pays. Elles rapportent de ce fait peu de devises à l’Algérie. Bien au contraire, elles lui en font perdre.

L’Etat devrait, suggèrent t’ils, promulguer au plus tôt des mesures incitatives pour pousser ces agences à faire venir des touristes en Algérie plutôt qu’à faire, comme c’est actuellement le cas, l’inverse. Ces dernières devraient également travailler à la promotion du tourisme local en organisant à travers tous  les sites emblématiques du pays des voyages promotionnels en recourant à la publicité qui fait actuellement cruellement défaut.

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Il y a, comme on le constate, encore beaucoup à faire pour redorer le blason du tourisme algérien qui recèle certes de nombreux atouts à commencer par la position géostratégique du pays, la diversité de ses paysages, ses belles plages, ses forêts, ses montagnes et ses sites historiques, mais à eux seuls ces atouts ne sauraient ériger l’Algérie en grande destination touristique mondiale. Et tout reste à faire à pratiquement tous les segments de l’industrie touristique encore à l’état embryonnaire et fortement embourbée dans des archaïsmes qui la tirent constamment vers le bas. Pour mettre fin à ces archaïsmes et aux nombreux obstacles qui plombent aujourd’hui encore cette industrie les déclarations d’intentions ne suffisent pas.  Le gouvernement algérien doit impérativement fixer un cap et manifester à l’égard de ce secteur à promouvoir, une volonté sans faille. Et, c’est précisément ce qui manque aujourd’hui.

EFTG