Messaoud Belambri, président du Snapo : « Les producteurs nationaux ont longtemps appelé à lever l’interdiction sur la publicité du médicament »

publicité sur les médicaments non remboursables

Dans cet entretien, le président du syndicat national des pharmaciens d’officines M.Belambri réagit à la dernière décision concernant la publicité sur les médicaments non remboursables. Selon lui, cette décision permettrait aux producteurs locaux de faire face à la concurrence, car des produits de fabrication locale se trouvaient injustement concurrencé par des produits étrangers et importés. Afin d’éviter l’anarchie dans l’automédication, M.Belambri insiste sur la collaboration qui doit exister entre les différents acteurs et services de santé, et sur le travail d’éducation qui doit être effectué auprès des patients. 

Algérie-Eco : La publicité sur les médicaments non remboursables sera bientôt autorisée. Un projet de loi est déposé dans ce sens devant le bureau de l’Assemblée populaire nationale; qu’en pensez-vous?

M.Belambri : Effectivement, la publicité sur les médicaments n’était pas autorisée jusqu’à maintenant en Algérie sur les différents médias destinés au public. Mais des changements sont prévus par le projet de loi sanitaire qui est à l’étude et en discussion devant l’APN. Depuis l’avènement de la télé satellite, non seulement cette publicité est effective sur les chaines occidentales, mais également sur les très nombreux canaux arabophones et même anglophones diffusées sur les bouquets des pays arabes et du moyen orient. Dès lors, non seulement des produits de fabrication locale se trouvaient injustement concurrencé par des produits étrangers et importés, mais ceci instaurait une véritable confusion des citoyens car souvent, et au regard des ces publicités étrangères, se mettaient à la recherche de produits inexistants ou même interdits sur le marché national.

En Algérie seule la publicité en milieu professionnel existait, mais soumises a des règles et autorisations très rigoureuses, au préalable, de la part du ministère de la santé. Ça sera également le cas à l’avenir si cette loi devait être adoptée, car la publicité serait désormais autorisés sur les médias écrit et audiovisuel, et avec la multiplication des chaines TV dans notre paysage nationale nous imaginons ce que cela va induire en matière de réflexes et de comportements de la part de notre population. Ce qui implique une véritable réflexion, et je dirai même « engagement » de la part de tous les acteurs de santé pour réguler la demande qui pourrait en découler. Le médicament n’est pas une denrée alimentaire, ça reste un produit pharmaceutique soumis à des règles d’utilisation et des obligations de prudence de la part de tous. Et s’agissant de médicaments non soumis à prescription obligatoire, donc libre vente, il y a tout intérêt à entamer un travail de coordination entre industriels pharmaceutiques, autorité sanitaire, médecins, pharmaciens et patients.

Est-ce que, à votre avis, cette loi va booster par ailleurs la production nationale des médicaments non remboursables ainsi que le chiffre d’affaires des pharmaciens?

Les producteurs nationaux ont longtemps appelé a lever cette interdiction sur la publicité du médicament, car leurs produits se trouvaient injustement concurrencés par ceux importés et produits dans des pays étrangers. À travers la publicité satellitaire, je dirai même planétaire, c’était les produits étrangers qui étaient mis en valeurs et qui bénéficiaient d’un encouragement à la consommation, ce qui profitait directement à l’importation, mais aussi au fonctionnement des usines de pays étrangers et au développement de leur économie au dépend de la notre. Car n’oublions pas, que si la publicité est désormais permise pour des produits fabriqués localement, et dits « médicaments conseils », ceci profitera inévitablement par ricochet à des produits essentiels remboursables fabriqués aussi localement. Car la publicité qui consiste à mettre en valeur un produit non remboursable, ou non soumis à prescription obligatoire, va aussi mettre en valeur tous les produits fabriqués localement, ce qui n’est pas sans conséquence sur la consommation de manière générale de tout produit fabriqué localement. Mais pour revenir à la décision sur la levée d’interdiction sur le médicament, je dirai que ce n’est finalement que justice rendu à la production nationale après tant d’années d’efforts et d’investissement. C’est une décision très importante pour notre industrie pharmaceutique, pour notre économie, et pour l’avenir de notre pays

Cette loi vise en fait l’automédication. Comment peut-on maîtriser et contrôler cette tendance ?

L’automédication y était déjà avec ou sans publicité, avec ou sans cette loi. Car la législation pharmaceutique permettait la délivrance au public de médicaments sans ordonnance.  de plus l’automédication permet une responsabilisation des patients et une prise en charge des petits maux sans alourdir les charges de la sécurité sociale, et en rationalisant l’utilisation des moyens sanitaires humains et matériels du secteur de la santé publique qui pourront être consacrés aux vraies pathologies et aux vraies urgences. Mais là aussi nous insistons sur la collaboration qui doit exister entre les différents acteurs et services de santé, et sur le travail d’éducation qui doit être effectué auprès de nos patients.

Maintenant avec la publicité sur le médicament, il y aura certainement de nouveaux réflexes à savoir gérer et des comportements à bien cadrer. Il est indispensable de toujours rappeler que le recours au médicament doit être prudent et mesurée, et s’agissant de médicaments conseils, le pharmacien devra jouer parfaitement, et ceci de manière professionnelle et responsable, son rôle dans la prise en charge de ses patients et la gestion ou modération de leur demande.