TIC en Algérie : « l’un des secteurs où l’informel bat son plein »

TIC en Algérie
Hocine Idir, économiste et gérant de MIRA Cards Edition

Dans cet entretien, M. Hocine Idir, économiste et gérant de MIRA Cards Edition, société organisatrice du Salon international du Numérique, de la Communication, de  l’Informatique de la Bureautique et des Télécoms (SICOM), est revenu sur la dernière édition du salon et sur l’état des lieux des TIC en Algérie.

Algérie-Eco : Quel bilan vous faites de la dernière édition de SICOM ?

M. Hocine Idir: Depuis 2010, nous avons essayé de reconstruire le SICOM et nous nous sommes donné un délai de cinq ans pour réussir. Chaque année, nous plaçons le salon sous une thématique en suivant l’évolution des TIC à travers le monde et en fonction des besoins algériens. On voulait être la vitre des TIC en Algérie et on traduisait sur le terrain les décisions gouvernementales.

La dernière édition est venue à une période un peu charnière, c’était en période de crise déjà et la commande publique tournait au ralenti. Il nous appartenait de créer d’autres moyens pour combler le déficit et on était resté dans la thématique de la digitalisation, du numérique et de l’apport à l’entreprise. La nécessité de changer d’optique, d’être plus rentable et avoir une meilleure productivité grâce à une meilleure utilisation des TIC. Nous avons voulu montrer cette transformation et les exposants qu’on avait invités étaient porteurs de solutions. Notre objectif était d’inculquer l’utilisation du numérique et notre souhait c’est d’inviter les banques au SICOM pour expliquer les applications que permet le numériques, telle que l’utilisation du paiement électronique pour vulgariser davantage et redonner confiance aux utilisateurs. Malgré la crise, le bilan a été positif, car des partenariats ont été noués entre des entreprises algériennes et mêmes étrangères.

La dernière édition du SICOM a été placée sous le thème de « l’économie numérique et la production nationale ». Quel regard portez-vous sur la numérisation de notre économie, notamment dans les entreprises ?

La numérisation consiste à automatiser une tâche qu’on fait manuellement, mais il faut arriver à modéliser les tâches. Pour cela, nous devons travailler sur la base des besoins réels et immédiats. Il faut aussi prioriser les besoins et démarrer le processus de réflexion pour arriver à la concrétisation d’applicatifs, à partir desquels nous devons chercher le matériel adéquat. Cela implique une mise à niveau du personnel en termes de formation, avec un investissement supplémentaire, mais en termes de résultat, nous avons une meilleure productivité. La richesse provient quand on apporte une valeur ajoutée. Le plus important est de montrer aux gens que leur avenir n’est pas en jeu.

L’Algérie accuse un retard important dans l’utilisation et le développement des TIC. Selon vous, à quoi est dû ce retard ?

On accuse un retard quant à la bonne utilisation des TIC en Algérie. Nous formons des gens et nous importons du matériel, sans nous demander s’il y a un lien entre les deux et sans faire une analyse des besoins. Nous devons former au profit des entreprises et créer un climat favorable. Nous comptons toujours sur le gouvernement, mais cela doit s’arrêter parce que l’Etat connait une crise. L’Etat a trop subventionné.

Les difficultés ne résident pas dans le manque du matériel, parce que l’Algérie s’approvisionne en créant des partenariats avec des grandes marques. Elles résident dans le circuit commercial interne, l’Algérien fuit le monde professionnel, parce qu’il a y une rapidité de gain, ce qui perturbe la recherche de la qualité, de nouveaux débouchés et de nouvelles application. Par rapport à nos voisins maghrébins, l’encadrement de l’Etat était plus autoritaire qu’il ne l’est en Algérie. Les lois existent, mais y a un manque de communication et de mise en confiance entre le législateur et l’utilisateur. Nous avons toujours cette recherche de faille dans les textes de loi, ce qui fausse les données du jeu.

La sécurité des données devient de plus en plus centrale en Algérie, notamment en ce qui concerne le commerce électronique et l’e-payement. Quel est votre avis ?

La sécurité des données est très importante, parce qu’elle crée de la confiance. La sécurisation des données est la condition sine qua none pour la réussite de toutes les transactions, ce qui implique un cadre juridique très pointilleux et très sévère qui puisse garantir la sécurité des données. Quand vous avez un maximum de sécurité et un arsenal juridique, vous découragez les fraudeurs.

Quelle est la part ou le poids du marché informel dans le secteur des TIC en Algérie ?

Le secteur des TIC est l’un des secteurs où l’informel bat son plein, parce qu’à chaque fois qu’il y a un grand besoin vous avez une plus grande demande, ce qui entraîne la recherche de gains faciles. Le consommateur paye 10 fois le prix. A côté, vous avez la commande publique qui répond à des critères plus transparents, mais vous avez une commande qui passe par l’informel. Nous voisins tunisiens ont obligé les importateurs à signer une convention de partenariat avec leurs fournisseurs et à ouvrir une zone de maintenance pour assurer la formation. Le secteur de l’informatique ne se résume pas seulement au matériel, car vous avez aussi les écoles de formations qui, à un moment donné, pullulaient sans se poser la question sur leur gestion et la reconnaissance des diplômes, d’où le retard dans le domaine.

Le gouvernement souhaite accompagner cette révolution numérique par la création de data center en Algérie. Selon vous, est-ce que cela est possible ou réalisable ?

Un data center est indispensable, mais la question est aussi de savoir s’il constitue un hub de distribution pour les autres data center. Une autre question se pose aussi sur la gestion de ces data center. Il faut attirer les hébergeurs auprès de ces data center. Il faut savoir aussi qu’ils demandent beaucoup de maintenance et de budget. Ils peuvent aussi créer des rentées en devises. Il faut d’abord commencer par un dimensionnement adéquat, se faire connaitre et attirer une clientèle. Nous avons besoin de nouer des partenariats avec les gros hébergeurs mondiaux.

Que pouvez-vous nous dire sur la prochaine édition du SICOM 2018 ?

La prochaine édition du SICOM sera le prolongement de la thématique de la précédente qui portait sur l’impact du numérique sur l’économie, l’innovation pour trouver les besoins, savoir aussi quels sont les secteurs qui doivent être ouverts aux TIC,  et nous devons montrer le besoin d’établir les TIC au monde de l’entreprise.  Nous devons aussi nous poser la question, est ce que l’innovation et la digitalisation contribuent au développement de l’entreprise ?

Bessa, Résidence la Pinède