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Groupes industriels : « humainement non gérables »

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Le ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun, a critiqué l’organisation actuelle des groupes industriels publics, imposée, selon lui, « en 2018 ». Selon le ministre, les groupes industriels, tels qu’ils sont organisés, sont « humainement non gérables ». M. Aoun a également annoncé « une réorganisation » de ces groupes avant la fin de l’année en cours.

Le ministre a indiqué que « le secteur public était victime d’une certaine organisation qui a été imposée en 2018 ». « Vous avez le secteur public marchand qui est passé par plusieurs phases d’organisation, pour arriver à la phase de 2018 où il y a eu la création de groupements industriels qui sont humainement non gérables. »

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« Aujourd’hui, on gère 12 ou 13 groupes et chaque groupe comporte en son sein une vingtaine ou une trentaine de filiales, et chaque filiale a 4, 5 ou 6 unités de production. En étant un ancien gestionnaire, je me demande comment ces présidents de groupes gèrent toutes ces affaires. Je n’accuse personne. Aujourd’hui, le résultat est là », a-t-il dit, lors de l’émission « 60 mn économie » de la radio chaîne 3.

« Le secteur public, à part les deux groupes qui s’en sortent plus ou moins bien, à savoir le groupe Giga pour les cimenteries, parce qu’il a un monoproduit, et le groupe Madar qui s’en sort parce qu’il a une activité dans les tabacs. Autrement, tous les autres groupes sont dans une situation très difficile », a indiqué le ministre.

Et d’ajouter : « Pourquoi? Pour la simple raison que c’est humainement non gérable. On ne peut pas gérer à partir d’un conseil d’administration et d’une direction générale d’un groupe une multitude d’unités variées et diversifiées. »

La réorganisation des groupes va se faire avant la fin de l’année.

« La nécessité d’une réorganisation de ce secteur marchand s’impose », a-t-il estimé, et de souligner : « On ne peut pas rester sous cette organisation, dont les résultats sont là : c’est la faillite dans certains secteurs ». Et d’annoncer : « La réorganisation va se faire avant la fin de l’année et on mettra en place une autre organisation pour permettre à ces groupes de revivre, d’être bien maîtrisés, de répondre à une demande du marché. »

« Ceci ne suffit pas. Le grand problème dans ces groupes, c’est le management. Je ne dis pas que les managers qui sont actuellement au niveau de ces groupes ne sont pas capables de gérer. Ils le sont, mais il faut leur donner les moyens », a souligne le ministre, assurant que « tous les moyens seront mis à leur disposition et on est en train d’en mettre », en citant l’Eniem de Tizi-Ouzou (Entreprise nationale des industries électroménagers) et bientôt l’Enie (Entreprise nationale des industries électroniques) qui « va renaître de ses cendres », a-t-il dit. « Moyens financiers et organisationnels surtout », selon lui.

« Je deviendrai très exigeant vis-à-vis des managers des groupes et des filiales en mettant en place des contrats de performance, qui ont commencé à nous permettre d’apprécier les uns et les autres, a indiqué le ministre, qui a expliqué que les contrats de performance sont une manière de gestion ancienne.

Pour le ministre : « Au niveau des groupes, sociétés et filiales, il ne faut plus qu’il y ait un système de rémunération linéaire. Chacun doit être rémunéré en fonction des efforts qu’il fournit. Le salaire mensuel ou annuel sera basé sur une partie fixe, mais une partie variable indexée aux objectifs qui sont fixés aux uns et aux autres. »

Rappelant que ces contrats de performance ont été mis en place depuis pratiquement le dernier trimestre de 2023, il a noté que « les résultats de certains groupes ont évolué par rapport à la même période de l’année passée de manière significative. »

À une question de savoir pourquoi sauver ces groupes industriels, il a expliqué que « ces groupes possèdent un potentiel industriel important ». M. Aoun a indiqué que « l’organisation qu’on doit mettre en place au sein de ces groupes doit être humainement gérable ». « Je ne peux pas continuer à demander à un président de groupe, qui gère 25 x 5 unités de production, d’être rentable », a-t-il dit.

« Ceci rentre en droite ligne des décisions prises par les pouvoirs publics pour renforcer l’existant », a-t-il indiqué, et d’ajouter : « Je ne dis pas que c’est une obligation, mais c’est une nécessité, parce qu’il faut sauver tout ce qui est main-d’œuvre au niveau de ces complexes. Sauver également l’acquis, parce qu’il y a au niveau de ces complexes un acquis technologique qu’on ne peut plus refaire. Il faut les aider à moderniser les équipements et surtout le mode de gestion. »

Selon le ministre, « la dépénalisation de l’acte de gestion est effective ». Selon lui, les gestionnaires peuvent faire des erreurs, « mais on ne peut pas continuer à mettre en prison, pour des broutilles, des gestionnaires qui ont étudié pendant des années et qui ont une expérience de combien d’années, parce qu’un cadre, quand il devient gestionnaire, c’est pratiquement 30 ans derrière lui. » « Préservons cette ressource humaine », a-t-il dit.

Ali Aoun défend le complexe sidérurgique d’El Hadjar

Ali Aoun a défendu le complexe sidérurgique d’El Hadjar. Selon lui, il faut qu’on arrête de qualifier ce complexe de « gouffre financier ». « Ce nest pas un gouffre financier », a-t-il déclaré, et d’ajouter : « Les gens oublient qu’El Hadjar exporte. Si on exporte, cela veut dire qu’il y a des produits de bonne qualité, ce n’est pas en grande quantité, certes. »

Selon le ministre, « le constat qu’on peut faire au niveau d’El Hadjar, qui est la résultante aussi d’un abandon à un certain moment par la fameuse privatisation, où le partenaire qui a pris en charge ce complexe, et je le dis d’une manière franche, a profité de tous les résultats de ce complexe et n’a pas investi un seul euro. Pire encore, il est parti en laissant le complexe dans une situation catastrophique et en lui laissant une ardoise, pour laquelle on est en train de faire le maximum pour rembourser. »

Pour lui, « le complexe d’El Hadjar doit être modernisé en utilisant les nouveaux systèmes de sidérurgie. Nous sommes dessus. Cela demande de l’argent, de l’investissement, mais nous le ferons. » Selon M. Aoun, El Hadjar « c’était et c’est encore le fleuron » de l’industrie sidérurgique, parce que, a-t-il dit, « il y a une accumulation de savoir-faire. Il y a des équipements qui sont là et qu’il faut rénover. Il y a des travailleurs qui ont une formation qu’on ne trouvera pas chez d’autres. »

« Il faut accompagner ce complexe dans son programme de développement et faire confiance à ses gestionnaires actuels », a-t-il indiqué, et d’ajouter : « Ce complexe continue de subir les à-coups des uns et des autres, mais, je le dis, ce complexe reviendra sur pieds, avec un partenariat que nous sommes en train d’étudier. »

Par ailleurs, M. Aoun a indiqué qu’ »il ne fait pas de différence entre le secteur public et privé. Les entreprises privées sont des entreprises nationales, leurs propriétaires sont des nationaux, et les entreprises créées dans le cadre de partenariats sont de droit algérien. »

« Ce clivage, qui a fait beaucoup de mal au secteur économique et industriel en particulier, à notre niveau, il a disparu », a-t-il indiqué, en faisant remarquer qu’ »aujourd’hui, il y a des secteurs qui sont pris en charge à 90 % et 95 % par le secteur privé, qui a su s’adapter aux nouvelles données et investir dans des créneaux porteurs et gérer de manière correcte leurs affaires. »

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