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Conférence sur la Libye : le président Tebboune ne se rendra pas à Paris (Lamamra)

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ne se rendra pas à la capitale française Paris pour la Conférence internationale sur la Libye qui se tiendra vendredi 12 novembre 2021, a annoncé, ce mercredi, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté à l’étranger, Ramtane Lamamra.

« Les conditions ne sont pas réunies pour y participer personnellement à cette conférence, en dépit de son attachement (Président) au rôle actif de l’Algérie aux côtés des frères libyens ainsi qu’au règlement pacifique et démocratique souhaité de la question libyenne », a déclaré le chef de la diplomatie algérienne lors d’une conférence de presse animée au terme des travaux de la Conférence des chefs de missions diplomatiques et consulaires algériennes au Palais des nations, au Club des Pins (Alger). « Il y a une action diplomatique continue et une volonté de la part des frères libyens pour que l’Algérie participe activement à la conférence de Paris, à quelques semaines des élections prévues en Libye », a-t-il ajouté.

A ce propos, M. Lamamra a rappelé que l’Algérie qui préside le groupe des pays voisins de la Libye, assurera la coordination entre eux. « En réalité, la réunion des ministres des affaires étrangères des pays voisins de la Libye a contribué largement à la réunification des rangs des Libyens et nous relevons dernièrement l’accélération du rythme des concertations algéro-libyennes ». « L’Algérie sera présente et assumera son rôle de coordination entre les pays du voisinage et de coopération avec la délégation libyenne », a-t-il soutenu.

Macron « regrette » les « malentendus » avec l’Algérie

Mardi, le conseiller Afrique et Moyen-Orient d’Emmanuel Macron, a indiqué que le président Tebboune a été invité par son homologue français qui « souhaite » sa participation à la conférence sur la Libye qui se tiendra vendredi à Paris.

Le président français, Emmanuel Macron « regrette les polémiques et les malentendus » avec l’Algérie, et assure avoir « le plus grand respect pour la nation algérienne » et « son histoire », a indiqué le conseiller. « Le président de la République regrette les polémiques et les malentendus engendrés par les propos rapportés » et « il est fortement attaché au développement de la relation » entre la France et l’Algérie, a-t-il précisé, au cours de la même conférence de presse.

A ce propos, le chef de la diplomatie algérienne a commenté : « contrairement à la déclaration précédente à l’origine de la crise entre les deux pays, la présente déclaration est porteuse d’idées raisonnables, car respectueuse de l’histoire, du passé, du présent et de la souveraineté de l’Algérie, en affirmant que l’Algérie qui avait un rôle clé et primordial était un acteur important au rôle positif dans la région ».

Concernant la crise entre les deux pays, M. Lamamra a rappelé la nature des relations entre l’Algérie et la France, faisant savoir que nul n’ignore que « les relations bilatérales sont compliquées, compte tenu de l’histoire, de la géographie et de la présence d’une importante communauté algérienne sur le sol français, communauté à laquelle l’Algérie accorde une grande importance, outre la question de la mémoire ».

« La politique de l’Algérie est entièrement indépendante. Donc, elle n’est pas influençable par les positions des pays étrangers quel que soit leur poids », a-t-il poursuivi, ajoutant que « depuis l’indépendance, les relations entre l’Algérie et la France ont traversé plusieurs crises, la dernière en est une ».

Imputant la crise aux déclarations du président français auxquelles l’Algérie a riposté par des « positions claires et fortes », M. Lamamra a rappelé la réponse du Président Tebboune concernant les propos de Macron, par laquelle il a fait comprendre à ce dernier que l’Algérie ne fera pas l’initiative d’apaiser les tensions, car elle n’en est pas responsable. Elle a défendu, en toute légitimité, la dignité de son peuple et de son pays ainsi que le principe sacré de non-ingérence dans ses affaires intérieures ».

Emmanuel Macron a déclenché la colère d’Alger après des propos rapportés le 2 octobre par le quotidien Le Monde accusant le système « politico-militaire » algérien d’entretenir une « rente mémorielle » en servant à son peuple une « histoire officielle » qui « ne s’appuie pas sur des vérités ». D’après Le Monde, le président français avait également affirmé que « la construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française? Ça, c’est la question (…) ».

Tebboune : « Je ne serai pas celui qui fera pas le premier pas »

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » et publié samedi dernier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré qu’il ne fera pas « le premier pas » pour tenter d’apaiser les tensions provoquées par des propos critiques d’Emmanuel Macron sur la « nation » algérienne.

« Je n’ai pas de regrets. Macron a rouvert un vieux conflit de manière totalement inutile », a indiqué le président Tebboune. « Si Zemmour (polémiste de l’extrême droite française, ndlr) dit quelque chose comme ça, qu’importe, personne ne fait attention. Mais quand un chef d’État déclare que l’Algérie n’était pas une nation distincte, c’est très grave », a-t-il dit.

« Je ne serai pas celui qui fera le premier pas », a déclaré le chef de l’Etat. « Sinon je vais perdre tous les Algériens, il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national ». « Aucun Algérien n’accepterait que je contacte ceux qui nous ont insultés », a-t-il expliqué.

« On ne touche pas à l’histoire d’un peuple, et on n’insulte pas les Algériens », a ajouté le président Tebboune. « Pourquoi (Emmanuel Macron) a-t-il dit ça ? Je pense que c’était pour des raisons électorales stratégiques », a-t-il estimé. « C’est le même discours que le journaliste d’extrême droite Éric Zemmour utilise depuis longtemps : l’Algérie n’était pas une nation, c’est la France qui en a fait une nation », a-t-il dit. Selon M. Tebboune, « avec cette déclaration, Macron s’est placé du côté de ceux qui justifient la colonisation ».

Existe-t-il une perspective de dénouement avec la France? l’interroge le Spiegel. « Non, si les Français veulent aller au Mali ou au Niger maintenant, ils devront juste faire neuf heures de vol au lieu de quatre », rétorque M. Tebboune, assurant toutefois qu’une « exception » serait faite pour « le sauvetage de personnes blessées ». « Mais pour tout le reste, nous ne sommes plus obligés de coopérer les uns avec les autres, c’est peut-être terminé maintenant », prévient-il, accusant M. Macron d’avoir « porté atteinte à la dignité des Algériens ».

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