Liban : Six morts dans une manifestation contre l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth

Liban : Six morts dans une manifestation contre l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth

L’enquête sur l’explosion du port du Beyrouth pourrait-elle faire vaciller le Liban ? Au cours d’une manifestation contre cette enquête, six personnes ont perdu la vie, avant que la ville ne bascule dans des scènes de guerre civile. Chars, rues désertes à peine perturbées par le passage d’une ambulance sirène hurlante, habitants réfugiés sous un bureau ou dans une pièce de survie… Il n’a fallu que quelques heures pour en arriver là.

Tout part de l’enquête du juge Tareq Bitar sur l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Le magistrat avait émis un mandat d’arrêt mardi contre le député et ex-ministre des Finances Ali Hassan Khalil, membre du mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah. De quoi faire imploser une réunion du gouvernement d’union de Nagib Mikati, les ministres du Hezbollah et d’Amal demandant la nomination d’un autre juge, contre l’avis du reste du cabinet.

Les deux mouvements chiites ont alors lancé un appel à la manifestation contre le juge Bitar. A l’endroit où les proches des victimes se réunissent pour demander que l’enquête aboutisse, des manifestants ont cette fois brûlé des portraits du juge et de l’ambassadrice américaine au Liban Dorothy Shea, qu’ils accusent de manipuler les investigations. C’est là que des « francs-tireurs postés sur les toits des immeubles » auraient fait feu sur la foule, d’après un communiqué du Hezbollah et d’Amal. Le reste des évènements est plus confus. Des correspondants de l’AFP font ainsi état de centaines de manifestants, certains équipés d’armes légères ou moyennes, à proximité du Palais de justice où résonnait bruits de tirs et explosions.

Le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi a fait état de six morts, plus une trentaine de blessés selon la Croix rouge libanaise. Parmi les victimes figurent un homme tué par une balle à la tête, possiblement par les francs-tireurs évoqués, un deuxième atteint à la poitrine. Une femme de 24 ans a aussi été tuée par une balle perdue alors qu’elle se trouvait chez elle, selon des sources médicales. « Le fait que le Hezbollah descende dans la rue et jette tout son poids dans cette bataille (…) pourrait mener à d’importants affrontements et à la déstabilisation du pays tout entier », déplore l’analyste politique Karim Bitar. Le Premier ministre Nagib Mikati a appelé au retour au calme et mis en garde contre les tentatives d’entraîner le Liban dans un cycle de violence.

Afp