Entrevue avec Al-Jazeera : les déclarations du président Tebboune

Crédit photo : Présidence de la République.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a donné une interview télévisée à la chaîne qatarie Al-Jazeera, diffusée hier mardi. Par cette sortie médiatique, le chef de l’Etat a abordé des questions nationales, régionales.

Le président Tebboune a indiqué que « l’Algérie était depuis longtemps cible de conspirations en raison de sa position contre les complots ourdis visant le monde arabe, c’est pourquoi elle est restée debout parmi tant d’autres pays arabes qui ont connu le fameux ‘printemps arabe’ ».

Relevant que l’Algérie n’avait pas de dettes extérieures, que ses positions étaient indépendantes et que son système social était constitutionnalisé et codifié, le Chef de l’Etat a précisé que « l’Algérie porte le flambeau de la Palestine, du Sahara occidental et des peuples opprimés, c’est pour cette raison que l’on veut faire taire sa voix, mais cela n’arrivera pas ».

Le Chef de l’Etat a mis en avant les acquis réalisés dans ce sens, à l’instar de la subvention des produits alimentaires, la gratuité de la médecine et de l’enseignement, « ce qui permet une vie décente au citoyen », a-t-il ajouté.

Hirak

« Le Hirak authentique béni a sauvé l’Algérie d’une véritable catastrophe qui a failli anéantir l’Etat », a-t-il rappelé, estimant que « 13 millions d’Algériens ont sauvé l’Algérie du 5ème mandat et du prolongement du 4ème, et plus de 10 millions de citoyens ont participé à la Présidentielle ».

« Nous avancions vers un 5ème mandat d’un président incapable de gérer en raison de son état de santé, lorsque la ‘Issaba’ voulait exploiter sa maladie pour s’accaparer le pouvoir pour cinq autres années et piller encore les fonds de l’Etat, les choses auraient pu se terminer dans la violence », dira-t-il.

Et de confier que « grâce à la conscience du peuple, convaincu que le changement s’opère de l’intérieur et nullement par le recours à la violence ou le sang, l’Algérie a pu sortir de la zone du danger ».

« Grâce à son pacifisme, le Hirak authentique est sorti victorieux sous la protection des services de sécurité et de l’armée », a soutenu le Président Tebboune, ajoutant que « les récentes marches n’avaient pas d’organisateurs connus et n’étaient plus unifiées en termes d’idées, de revendications ou de slogans », avant de souligner que « cinquante wilayas algérienne sur 58 n’enregistrent aucune marche ces derniers temps ».

Fonds détournés

Et de rappeler que le monopole de l’importation était entre les mains d’une « issaba » d’une cinquantaine de personnes, qui avaient un pouvoir absolu pour décider qui pouvait investir en Algérie, laquelle voulait exploiter la maladie de l’ancien président pour s’accaparer le pouvoir pour cinq autres années ».

« L’ampleur de la corruption est si importante que nous continuons à ce jour à découvrir ses ramifications apparentes et occultes » a précisé M. Tebboune qui a fait savoir que « la ‘Issaba’ (bande) a volé et transféré à l’étranger des centaines de milliards de dollars », et d’ajouter que l’Etat avait investi presque 1000 mds USD depuis le début des années 2000 et que le taux de surfacturation était de 30% ».

Soulignant, dans ce sens, que la justice algérienne « a saisi et récupéré au profit du Trésor public tous les biens connus de la ‘issaba’ », le Président Tebboune a révélé que « l’Algérie œuvre de concert avec les pays amis en Europe et à travers le monde à la découverte des avoirs détournés, et partant à les récupérer ».

Armée 

Au volet politique, le Président Tebboune a assuré que « l’Algérie s’est débarrassée irrémédiablement de l’islam idéologique et que le courant islamiste actif en Algérie est différent des courants islamistes dans d’autres pays ».

Le Président Tebboune a indiqué que l’Algérie œuvrait à renforcer « davantage » son armée, précisant que les dernières manœuvres de l’ANP s’inscrivaient « dans le cadre de sa professionnalisation et de la garantie de l’état prêt de ses troupes pour toute situation d’urgence ».

Soulignant que l’ANP « s’est retirée de la politique depuis une quinzaine d’années », le chef de l’Etat a affirmé que « la relation entre la Présidence et l’Armée est une relation somme toute naturelle » et que « l’Armée algérienne est une institution constitutionnelle qui sacralise la Constitution de l’Etat ».

« L’Algérie jouit de stabilité grâce à la force de son Armée » et « celui qui a dit que l’Algérie tombera après la Syrie s’est trompé », a-t-il poursuivi.

L’Algérie a renoué avec le lustre de sa diplomatie

Au volet international, le président de la République a affirmé que « l’Algérie qui a renoué avec le lustre de sa diplomatie » n’a jamais « failli au droit international ni à l’application des décisions onusiennes ».

Concernant la question palestinienne, le Président Tebboune a soutenu que « la position de l’Algérie est constante, imprescriptible et immuable », rappelant l’accord conclu dans le cadre de la Ligue arabe sur la base du principe de « la terre contre la paix » qui prévoit l’établissement de l’Etat de Palestine comme préalable à la paix.

« Il n’y a hélas aujourd’hui ni paix ni terre, d’où les interrogations sur l’utilité de la normalisation », a souligné le président de la République.

Relations avec le Maroc

Au sujet des relations avec le Maroc voisin, le Président Tebboune a déclaré: « nous n’avons pas de problème avec le Maroc, c’est le Maroc qui a un problème avec nous ». « La question du Sahara occidental est depuis quatre (4) décennies entre les mains de la commission onusienne de décolonisation. Les Nations Unies considèrent le Sahara occidental comme une colonie », a rappelé le chef de l’Etat.

« Nous entretenions par le passé de bonnes relations avec le Maroc et les frontières étaient ouvertes malgré le dossier du Sahara occidental », a-t-il fait savoir, réaffirmant la position constante de l’Algérie à l’égard du Sahara occidental. « Nous n’acceptons pas le fait accompli quelles que soient les circonstances », a-t-il soutenu.

Crise libyenne

A propos de la crise libyenne, le président de la République a rappelé que l’Algérie a refusé que Tripoli « tombe aux mains des mercenaires », ajoutant qu' »elle était prête à intervenir d’une façon ou d’une autre pour empêcher sa chute ».

« Quand nous avons dit que Tripoli était une ligne rouge, nous l’avons fait sciemment et les concernés ont saisi le message », a-t-il affirmé, rappelant la position de l’Algérie qui a appelé, à la Conférence de Berlin, à la tenue d’élections générales en Libye sous l’égide des Nations Unies.

« Les frères Libyens ont demandé à ce que la réconciliation libyenne se fasse en Algérie, et c’est ce qu’a confirmé le chef du gouvernement d’union nationale en Libye lors de sa dernière visite en Algérie », a rappelé M. Tebboune.

Situation au Sahel

Soulignant que l’instabilité de la Libye a eu des répercussions sur la situation au Mali et au Sahel, le Président Tebboune a fait état de « caravanes chargées d’armes lourdes et légères repérées par satellites en direction de la région du Sahel sans être interceptées dans le souci de cerner l’Algérie ».

« De tels actes avaient pour objectif de cerner l’Algérie pour faciliter son infiltration et c’est pourquoi nous œuvrons à renforcer davantage notre armée », a ajouté M. Tebboune qui précise que les dernières manœuvres militaires visaient à « assurer l’état prêt des troupes en cas d’urgence ».

Concernant la situation au Mali, le Président Tebboune a affirmé que l’Algérie « prenait en charge les problèmes du Mali depuis l’indépendance sans arrières pensées ».

Relations avec la France

S’agissant des relations avec la France, le Président Tebboune a évoqué l’existence en France de trois lobbies, expliquant que « le premier est celui des anciens colons qui ont quitté l’Algérie après l’indépendance et transmis leur rancœur à leur descendance, le deuxième est le prolongement de l’Armée secrète française et le troisième, comprend des Algériens qui ont choisi de soutenir la France ».

Pour ce qui est de l’Editorial du journal « Le Monde » sur l’Algérie, le Président Tebboune a déclaré que l’Algérie dont parle ce journal « n’est pas l’Algérie que nous connaissons ».

Algérie-Eco avec APS