Le scrutin du 12 juin coûtera cher à la collectivité : Quel retour sur investissement en attendre ?

Législatives : entre enjeux politiques et économiques

L’élection du 12 juin prochain va coûter très cher à la collectivité. A l’heure où nous rédigeons le présent article, les estimations corroborées par de nombreux confrères, dépassent allègrement les 100 milliards de dinars. Les 8,8 milliards de dinars d’avance sur paiements alloués par la loi de finances complémentaire pour l’année 2021, ne sont  donc qu’une goutte d’eau dans la mer. Ce qui reste à payer sera considéré comme de la dette intérieure, que l’Etat devra un jour ou l’autre éponger. 

Le jour de la proclamation des résultats du vote, la facture globale de l’élection franchira sans aucun doute, la barre des 150 milliards de dinars. Ça serait alors l’élection législative la plus chère de l’histoire de l’Algérie!

Parmi ces dépenses, la part la plus importante sera évidemment réglée en dinars. Des dinars essentiellement prélevés de la planche à billets, mais il y aura une autre part non négligeable de dépenses, qu’il faudra régler en euros ou en dollars. Il s’agit, on l’a compris, des frais que les ambassades et consulats algériens installés dans les pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique, devront débourser pour assurer les conditions humaines et matérielles d’une élection censée toucher environ 6 millions d’émigrés.

Telle qu’elle se présente, l’élection législative du 12 juin a donc déjà pris l’allure d’une joute électorale particulièrement budgétivore. Le nombre de candidats avoisine 15.000 personnes réparties dans environ 5000 listes électorales. A ce personnel qu’il faut d’une manière ou d’une autre rémunérer, il faut ajouter tous les agents mobilisés à travers les wilayas pour leur obtenir les parrainages obligatoires et la légion de fonctionnaires chargés d’effectuer les sélections de candidats. Tout ce personnel pléthorique émarge au budget électoral. Il sera, bien entendu, rémunéré aux frais du contribuable !

La campagne électorale promet, elle aussi, de coûter cher aux contribuables puisque le gouvernement algérien a innové, en prenant en charge les frais de campagne des candidats qui ne sont pas encartés dans des partis politiques et qui ne disposent pas de revenus personnels suffisants.  Et ce sont les plus nombreux, car le pouvoir a fait appel aux jeunes (souvent désœuvrés) pour prendre part à cette élection.  Un pécule de 300.000 DA est de ce fait généreusement offert par le trésor public à des milliers de jeunes pour qui cet argent non remboursable, tombe comme une aubaine, même s’il leur est exigé d’appuyer leurs dépenses par des factures justificatives. Comme il sera impossible de se procurer ces factures dans une économie dominée par l’informel, le gouvernement sera bien obligé de fermer les yeux en accordant ces aides sans besoin de justificatifs. Plus de 12 milliards de dinars partiront ainsi en fumée, sans qu’on ne saisisse clairement, les tenants et aboutissants de ce geste â caractère populiste.

La mécanique générale du processus électoral, sera également très coûteuse et difficile à maintenir en état de fonctionnement sans un certain nombre de prérequis particulièrement onéreux!. Il faut en effet d’abord commencer par assurer au scrutin des conditions de sécurité maximales. Les divers corps des services de sécurité s’y attellent depuis plus d’un mois, par un encadrement sécuritaire sans précédent, qui mobilise des dizaines de milliers de policiers et de magistrats, à travers toute l’Algérie, mais plus intensément dans la capitale et les grandes villes du pays. Des centaines d’algériens seront incarcérés ou brutalisés à la faveur de ces campagnes de répression qui coûtent très cher à la nation mais sont franchement contre-productive au plan politique. Ces actions ont en effet la particularité d’exercer un effet repoussoir sur les électeurs qui trouvent ainsi un motif bien concret de ne pas participer à ce vote qui ne les enchantaient déjà guère.

L’équipement, l’encadrement humain, la logistique générale en faveur des milliers de bureaux de vote, répartis à travers le pays le plus vaste d’Afrique, sont en outre, autant de casse-têtes pour les organisateurs du scrutin. 30 à 35 milliards de dinars seront nécessaires pour assurer en permanence la lubrification des rouages de ce processus ramifié à des milliers de bureaux de vote, pour certains situés dans des zones lointaines et enclavées.

Il y a également, toute la partie médiatique à assurer, pour donner une bonne image de ce scrutin qu’il sera difficile de défendre, tant il brille déjà par des irrégularités criardes, des coups de boutoir permanents du Hirak, qui ne s’arrêteront certainement pas les jours du scrutin, même si le gouvernement y met tous les moyens de répression disponibles. 

Le pouvoir comptera évidemment sur les médias publics et les TV privées aux ordres, pour renvoyer l’image d’une élection parfaitement légale, que seuls « les ennemis de l’Algérie » auront vainement tenté de torpiller. Ce type de couverture médiatique coûtera évidemment très cher à l’Etat, qui prendra en charge les frais de couverture médiatiques et les cachets qu’il faudra distribuer aux médias et journalistes ayant prouvé leur fidélité au régime. Un article paru tout récemment dans un journal francophone évoque le chiffre de 20 milliards de Da qu’il faudra allouer de diverses manières (encarts publicitaires, paiement de reportages et autres propagandes publiés en Algérie et à l’étranger), aux médias contrôlés par le régime en place pour assurer du mieux possible, l’encadrement médiatique du scrutin.

Si on a pu évaluer sommairement le coût exorbitant, que le contribuable devra payer pour mener à bout cette élection législative anticipée, décidée par le président Abdelmadjid Tebboune au tout début de l’année en cours, on se pose évidemment la question du retour sur investissement de toutes ces dépenses dans un contexte d’extrême rareté de ressources financières. La première question est bien entendue, de connaître l’utilité de cette élection et du parlement censés émerger de cette joute électorale bien singulière.  Les députés seront-ils nécessairement meilleurs que ceux qui avaient été chassés de l’hémicycle, non sans avoir reçu de coûteux dédommagements financiers et matériels? Rien ne le prouve et au regard des curriculum vitae des uns et des autres candidats, on peut plutôt affirmer que le niveau intellectuel, l’envergure politique et le charisme sont en nette baisse par rapport aux promotions précédentes. L’Algérie ayant à titre d’exemple besoin d’un ministre de l’économie d’une compétence exceptionnelle, ce n’est certainement pas au niveau de cette nouvelle vague de députés qu’on pourra le trouver!! Il en sera de même pour l’Education, la Santé, les nouvelles technologies qui ont toutes besoin d’Hommes providentiels qui ne pourront jamais jaillir de ces nouveaux députés élus de façon hasardeuse.

On se pose enfin la question de l’utilité de cette prochaine Assemblée nationale, sachant que tous les chefs d’Etat algériens, et le président Tebboune n’y dérogera certainement pas, ont toujours légiféré au moyen de l’ordonnance présidentielle, entre deux sessions parlementaires. Les députés ont toujours fait de la figuration et on ne voit pas ce qui pourrait changer, avec ce système qui a un intérêt vital â fonctionner selon la même logique de cooptation et de la soumission au pouvoir exécutif. Il y aura probablement quelques voix discordantes qui vont émerger dans la prochaine assemblée, mais le principe de la majorité absolue acquise au pouvoir se chargera de laminer tous ceux qui s’écarteront du principe sacro-saint du soutien absolu à l’exécutif gouvernemental. Et pour éviter les mauvaises surprises, le président de la République aura toujours à sa disposition le Sénat et le « tiers présidentiel » qu’il a lui-même désigné, pour casser toutes velléités de dérapages en provenance de l’APN.

Beaucoup d’argent, beaucoup d’inconvénients causés à une société déjà malmenée par les crises politique, économique et sanitaire, ont été déployés par le pouvoir pour se construire une façade démocratique, sans qu’on  ne perçoive, ne serait-ce,  qu’un seul retour utile sur investissement. Il n’y a aucun indicateur objectif susceptible de convaincre que l’Algérie d’après le 12 juin 2021, sera une Algérie sur la voie de la résurrection et de l’apaisement. Bien au contraire! Les mêmes causes continueront à produire les mêmes effets pervers, qui  enfonceront le pays, chaque jour un peu plus, dans cette crise multidimensionnelle qui n’arrête pas de la tirer vers le bas.

Journée portes ouvertes MDI Business School Alger