Législatives du 12 juin 2021 : Troisième étape de la feuille de route du pouvoir

Législatives du 12 juin 2021: Troisième étape de la feuille de route du pouvoir

Face aux millions d’algériens qui sortent pour la 108é fois clamer leur désir de changement, le pouvoir auquel ils s’adressent, n’a toujours pas changé d’attitude. Il a une « feuille de route (concept tiré du vocabulaire militaire),  faite d’étapes politiques à mettre œuvre sans état d’âme, en se contentant seulement d’appliquer une loi électorale, sur laquelle se sont toujours appuyés nos régimes politiques pour rester au pouvoir en se donnant, autant que possible, une légitimité de façade.

Cette loi électorale qui date du début des années 90 a en effet, permis aux régimes qui se sont succédé a la tète du pays de régner sans partage, tout en préservant la devanture démocratique, au moyen d’une pléthore de rendez-vous électoraux qui donnent l’illusion d’une démocratie, certes imparfaite, mais qui a le mérite d’exister et, pourquoi pas, de s’améliorer au gré du temps. Quelques changements viennent d’être introduits dans une nouvelle loi électorale, mais celle ci n’a toujours pas été promulguée et on ignore si elle sera eu égard aux remous qu’elle suscite, aussi bien, au niveau de la classe politique, qu’au niveau de certains cercles du pouvoir. 

Ce n’est évidemment qu’une fausse illusion entretenue par tous les régimes algériens, qui ont de tous temps conduit les diverses étapes politiques en fonction de « feuilles de routes » qui ne tiennent pas du tout compte de la volonté du peuple, quand bien même, cette dernière serait, comme c’est actuellement le cas, fortement exprimée par de gigantesques manifestations populaires.  

C’est exactement le cas pour le régime qui a succédé en 2019, à celui d’Abdelaziz Bouteflika, qui applique une feuille de route constituée d’étapes politiques qu’il exécute sans état d’âme, en se basant uniquement sur une loi électorale qui offre bien des avantages aux régimes qui s’agrippent au pouvoir. Cette loi électorale qui fait fi du nombre de suffrages exprimés, lui a en effet déjà permis d’entériner les résultats de deux élections capitales (élection    présidentielle et révision de la constitution) en dépit des très faibles taux de participation qu’elles avaient enregistré. Même si le régime actuel admet que d’aussi faibles taux de participations entachent sa légitimité, il considère que la loi électorale a été appliquée à la lettre et que le pacifisme de la contestation populaire vaut acceptation des résultats des urnes. C’est du moins ainsi que les autorités politique interprètent cette « révolution du sourire ». Il est de ce convaincu qu’avec le temps, le peuple algérien adoptera cette démarche qui ne reste qu’à consolider au gré des rendez-vous électoraux prochains (élections législatives et communales).  Cela a été le cas avec l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 qui a permis d’investir Abdelmadjid Tebboune au poste de Président de la république et celle du 01 novembre 2020 qui a permis de promulguer une nouvelle constitution, sans que cela ne suscite de graves remous, selon la terminologie des services de sécurité qui déclarent gérer du mieux possible la situation.. En effet, même s’il y eut de massives manifestations populaires pour contester les résultats de ces rendez-vous électoraux entachés d’irrégularités, aux yeux du pouvoir leur caractère pacifique en a fait des événements « gérables ». Le régime en place, préoccupé uniquement par sa survie, est convaincu qu’il a encore entre les mains d’énormes pouvoirs de  contrôle et de répression, qui lui permettront de traverser à l’aise la zone de turbulences. Ce dernier semble effectivement penser que tant que le pouvoir ne lui est pas violemment contesté, toutes les velléités de remises en cause seront considérées comme de simples « accès de fièvre » dont il suffit seulement d’attendre patiemment une retombée de température.

C’est avec cet état d’esprit que le pouvoir s’apprête donc  à poursuivre sa feuille de route, consistant à reconstituer l’édifice institutionnel hérité de l’ère Bouteflika. Un édifice qui avait atteint ses limites au point de susciter un rejet populaire permanent. C’est dans ce sens que le corps électoral a été convoqué pour le 12 juin prochain, à l’effet de renouveler l’Assemblée Populaire Nationale qui vient d’être dissoute. Le pouvoir est effectivement prêt à changer les députés de l’APN qui avaient brillé par leur totale soumission à l’exécutif et par toutes sortes de malversations. Il ne s’agit évidemment pas de mettre à la place de ces députés dociles, des parlementaires indépendants qui pourraient poser problèmes lors des débats et des adoptions de projets de lois. La logique de la soumission sera maintenue, en allant chercher les prochains députés au sein des partis et clans, dont la fidélité au pouvoir ne souffre d’aucun doute. Et ce n’est pas ce genre clients qui manque. Ils sont en effet nombreux au sein des partis politiques, de la pléthorique « famille révolutionnaire » et dans les nombreuses associations satellites du pouvoir. Avec l’intégration de jeunes députés venus de ces organisations, au sein des diverses institutions du pouvoir, APN y compris, le régime offrira à l’opinion publique un semblant soutient au régime au pouvoir en place, qui souffre présentement d’un grave déficit de légitimité. 

Le président Tebboune qui n’est pas issu d’un parti politique, pourra ainsi s’appuyer sur l’alliance de ces partis et associations intégrés au prochain parlement, pour se constituer une majorité au parlementaire qui soutiendra constamment l’action gouvernementale. Le régime gardera ainsi l’apparence d’un système démocratique tout en gardant le contrôle sur le pouvoir législatif. 

Cette démarche et les objectifs attendus seront très probablement atteints à l’issue des législatives du 12 juin prochain, même si les taux de participation seront très probablement très faibles, mais suffisants au regard de la loi électorale,  pour entériner légalement les résultats du scrutin. 

Cela ne suffira évidemment pas à régler la crise politique qui secoue le pays depuis le 22 février 2019. Cette dernière ne fera au contraire, que s’exacerber du fait que le Hirak poursuivra ses manifestations à travers tout le pays, sans compter les possibles recours à d’autres formes de luttes politiques, qui maintiendront le pays dans une situation d’instabilité permanente, porteuse de graves périls. 

 
 

Colloque MDI