Sahel : malgré le fléau djihadiste, la bataille contre la pauvreté affiche des progrès encourageants

Sahel : malgré le fléau djihadiste, la bataille contre la pauvreté affiche des progrès encourageants

Depuis plusieurs années, les pays du Sahel sont confrontés à une double menace sécuritaire et sociale. Malgré la mutualisation de leurs efforts, les Etats de cette région n’ont toujours pas réussi à relever les défis qui se posent à eux dans l’un ou l’autre des domaines. Mais si sur le plan de la sécurité, la situation est toujours critique avec une recrudescence des attaques djihadistes, on note dans la lutte contre la pauvreté, des progrès incontestables.

Violence et pauvreté : les deux maux du Sahel

Au Sahel, les victimes du terrorisme se comptent depuis 2013 par milliers. Ces dernières années, leur nombre a augmenté, avec la multiplication des attaques des groupes djihadistes. Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA), 2020 a été l’année la plus meurtrière pour ce concerne la violence islamiste au Sahel « avec un nombre de morts estimé à 4250, soit une augmentation de 60 % par rapport à 2019 ». Plus de la moitié de ces décès, qui concernent à la fois les civils et les militaires, seraient liés à l’organisation Etat islamique du Grand Sahara (EIGS).

Mais l’autre conséquence (plus silencieuse) de la crise au Sahel, c’est la détérioration de la situation humanitaire. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 2 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de leurs propres pays en 2020 dans le Sahel. Les déplacements internes de population dans la région « ont quadruplé en deux ans seulement, puisqu’il y avait 490 000 personnes “déplacées internes” au début de l’année 2019. Plus de la moitié des déplacés internes dans la région sont des Burkinabè », alors que la région accueille également « plus de 850 000 réfugiés, principalement originaires du Mali ».

Ce triste record a bien évidemment entraîné une paupérisation accélérée dans la région. S’il est difficile d’avoir des chiffres précis, les experts internationaux s’entendent pour dire que la situation est particulièrement préoccupante. D’après le Mauritanien Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, « 80 % des Sahéliens vivent dans la pauvreté extrême, c’est-à-dire avec moins de 1,9 dollar par jour » tandis que « plus de 11 millions de Sahéliens sont menacés par la famine et 40 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance ».

A la lecture de ces chiffres et des défis colossaux qu’ils représentent pour les pays de la région, et au vu des nombreuses conférences consacrées au déploiement de forces militaires pour y combattre les violences, on serait tenté de penser que la bataille contre la pauvreté au Sahel a été délaissée. Mais en réalité, elle continue d’être menée et d’ailleurs, malgré le fléau djihadiste, elle affiche de réels progrès.

Un élan de croissance

En effet, en même temps que la réponse militaire, les gouvernements du Sahel et leurs partenaires étrangers ont adopté une réponse sociale pour couper les racines du terrorisme en faisant reculer le mur de la pauvreté. A travers l’Alliance Sahel qui regroupe les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad) ainsi que plusieurs partenaires tels que l’Union européenne et la Banque mondiale, des projets ont été mis en place dans six secteurs prioritaires que sont : l’agriculture, le développement rural et la sécurité alimentaire ; la décentralisation et les services de base ; l’éducation et l’emploi des jeunes ; l’énergie et le climat ; la gouvernance et enfin la sécurité intérieure.

Selon la Société financière internationale (SFI), au cours des trois dernières années, l’Alliance Sahel a fourni l’électricité à 550 000 personnes, l’eau potable à 5,5 millions de personnes et aidé à vacciner 3,4 millions d’enfants. Au total, 763 projets sont en cours de mise en œuvre dans la région depuis 2017, pour un engagement total de plus de 20 milliards $. Le développement rural, l’agriculture et la sécurité alimentaire sont d’ailleurs les principaux bénéficiaires de ces projets en raison de leur caractère urgent. Ils mobilisent plus de 227 projets, devant la décentralisation et les services de base avec 217 projets.

Grâce au mécanisme de l’Alliance Sahel, plus de 419 000 personnes ont bénéficié de formations professionnelles et/ou d’initiatives de développement des compétences au cours des trois dernières années. Plus de 1,4 million d’hectares de terres bénéficient désormais de techniques de gestion durable alors que plus de 1134 kilomètres de couloirs de transhumance ou de pistes à bétail ont été aménagés pour faciliter et sécuriser l’élevage, une des activités les plus importantes pour la survie des communautés sahéliennes. Au total, on estime que 2,9 millions de personnes vivant dans les pays de la région ont reçu une assistance alimentaire des membres de l’Alliance Sahel, une performance louable même si elle reste loin des 11 millions menacés par la faim.  « Créée […] pour fédérer les efforts de développement et de financement des pays du G5 Sahel, l’Alliance reste à ce jour, la campagne mondiale la mieux structurée pour soutenir la croissance et la stabilité du Sahel […] Avec un tel mouvement en place, une percée en matière de développement est possible », a indiqué Aliou Maïga, directeur régional de la SFI pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Des efforts à accélérer pour le renouveau du Sahel

Malgré la crise sécuritaire et les difficultés sociales au Sahel, la lutte contre la pauvreté est loin de stagner. Au contraire, elle évolue avec les nouveaux engagements pris par les pays et les organisations internationales pour augmenter leurs contributions afin de faciliter la mise en œuvre des projets de développement dans la région.

Rien que dans le secteur agricole, la Banque mondiale a déjà annoncé par exemple qu’elle décaissera 5 milliards $, dans les cinq prochaines années pour améliorer la productivité agricole et renforcer les moyens de subsistance dans 11 pays d’Afrique situés sur une bande de terre s’étendant du Sénégal à Djibouti. Au total, 14,2 milliards $ ont été promis en janvier 2021 lors du One Summit Planet, pour financer l’Initiative de la Grande muraille verte pour le Sahel et le Sahara. D’ici 2022, l’Alliance Sahel espère passer la barre des 800 projets. Mais sans rien enlever au chemin parcouru jusque-là, on peut sans aucun doute affirmer que de nombreux efforts seront encore nécessaires pour atteindre le but que se sont fixé les pays du Sahel en matière de développement social. Hormis l’insécurité, la pandémie de coronavirus qui a frappé tous les pays de la région pose un défi nouveau : d’après les projections, elle devrait plonger 1,3 million de Sahéliens supplémentaires dans l’extrême pauvreté.

Vaincre la pauvreté dans le Sahel impose donc d’accélérer les efforts de développement dans chaque pays de la région, mais également de façon mutuelle, en collaboration avec les partenaires étrangers et surtout en intégrant le secteur privé qui reste le principal pourvoyeur d’emplois et donc d’opportunités d’amélioration des conditions de vie. Lancé fin 2018 pour un montant de 1,9 milliard d’euros, le programme d’investissement prioritaire (PIP) du G5 Sahel basé sur 40 projets de développement a également besoin d’être financé.

La situation est urgente, et sur ce point, tous les pays semblent d’accord. L’idée d’une mise à contribution des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI en faveur des pays africains est de plus en plus défendue, et devrait grandement profiter aux pays du G5 Sahel. Avec la nomination du Sénégalais Makhtar Diop à la tête de la SFI, on peut imaginer que l’agenda de l’institution dans la région connaîtra un boost supplémentaire.

Quoi qu’il en soit, la dynamique dans laquelle les Etats sahéliens se sont engagés, ces dernières années, pour mettre fin à la crise que traverse leur région a déjà montré des signes encourageants. Début février 2021, au Mali, un avion de la nouvelle compagnie malienne – Sky Mali – s’est posé à Tombouctou, neuf ans après le dernier vol, désenclavant ainsi une ville dont la prise en 2012 avait marqué les débuts de l’expansion du djihadisme dans le Sahel.

Ecofin

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