Baisse de la production d’hydrocarbures : l’explication de Mourad Preure

Baisse de la production d'hydrocarbures : l'explication de Mourad Preure
Mourad Preure, expert international en énergie

L’expert en pétrole, Mourad Preure, a expliqué, ce mardi, la baisse de production d’hydrocarbures en Algérie. Il faut rappeler que le ministre de l’Energie sortant avait indiqué que la production d’hydrocarbures a baissé de 8% en 2020.

Mourad Preure a rappelé que les hydrocarbures « c’est une industrie de long termes ». « Ce que vous n’avez pas fait il y a 15 ans, vous en subissez les conséquences aujourd’hui. C’est un effet mécanique », a expliqué l’expert en pétrole sur les ondes de la chaîne 3. 

Selon lui, la baisse de la production s’explique par le fait qu' »on a ralenti l’investissement dans l’exploration-production et on a surexploité les gisements. »

« Un gisement comme Hassi R’mel, c’est la pression qui fait monter le gaz. Lorsque vous sortez 10 mètres cube de gaz à la pression de 100 barres de Hassi R’mel, vous devez prendre les liquides qui sont avec le gaz (GPL, condensats…), ensuite, à peu près la moitié de ce gaz, il faut le comprimer au-dessus de 100 barres et le remettre dans le gisement pour maintenir sa pression », a-t-il expliqué. 

Mourad Preure a qualifié « d’inacceptable » le fait qu’on a réduit la quantité de gaz qui devait être réinjectée dans le gisement de Hassi R’mel pour maintenir sa pression. Selon lui ce gisement a « souffert ».

Le gisement de Hassi R’mel a été « malmené »

L’expert a estimé qu’on a mal négocié le contrat de Gassi-Touil. Selon lui, les volumes de gaz de ce gisement devaient arriver en 2009 et ne sont toujours pas arrivés. « Hassi R’mel a compensé ces volumes », a-t-il fait savoir. M. Preure a ajouté que ce gisement a été « malmené ».

« Il décline et c’est normal. ça ne veut pas dire que ce déclin est irréversible », a-t-il dit, en soulignant que Sonatrach est en train de faire des études de réservoirs (engineering, génie du gisement, géophysique…) pour mieux comprendre la situation actuelle et l’état actuel du gisement et apporter les remèdes, et la phase trois du boosting du gisement est arrivée. « Tout ça fait que, il y a un effort et une action pour soigner ce gisement qui a beaucoup souffert », a-t-il ajouté.

Mourad Preure fait le même constat concernant le gisement pétrolier de Hassi Messaoud. Selon lui, le gaz qui devait être réinjecté dans le gisement a été dirigé vers l’exportation. « C’est inacceptable tout ça », s’est-il insurgé. « Non seulement vous n’investissez pas, mais, vous malmenez vos gisements », a-t-il dit.

« La question qui se pose pour nous, c’est que nous disposons de ressources en hydrocarbures qui sont en train de s’épuiser, non pas parce que le potentiel n’est pas là, mais, parce que les investissements d’il y a 15 ans n’ont pas été faits. On a manipulé de manière intempestive la législation pétrolière, et les conséquences sont que l’image de notre pays a été brouillée vis-à-vis de l’industrie pétrolière internationale. Donc, ça a découragé. On a vu les appels d’offres successifs qui ont été des échecs. En fait, la loi de 86-14 de 1986 qui protégeait la souveraineté, qui était attractive en même temps, a été modifiée en 2005, puis en 2006 puis en 2013. Donc, l’image a été brouillée », a-t-il expliqué.

La baisse de production amorcée quand le baril était à 100 dollars

Il a souligné que l’industrie pétrolière est « une industrie où on n’aime pas trop qu’on touche au cadre juridique parce qu’il y a suffisamment d’incertitudes et de risques géologiques, géopolitiques, financiers, commerciaux… »

Selon lui, le choc baissier de 2014 nous a mis devant une vérité, à savoir, la baisse de nos volumes. « Auparavant on n’était pas conscients, parce que les volumes des exportations baissaient, et cette baisse était corrigée par les prix du pétrole élevés. Dès lors que les prix du pétrole ont baissé, nous, on s’est aperçu que notre production était en train de baisser », a-t-il expliqué.

« Cette « baisse de production d’hydrocarbures en Algérie n’a pas été amorcée hier, mais quant le baril était à 100 dollars, et nous, on s’en est pas aperçu », a indiqué l’expert qui trouve anormal qu’on soit dépendant des fluctuations du marché pétrolier, en rappelant le choc violent encaissé par le marché pétrolier dont les prix étaient négatifs en avril 2020 en raison de la pandémie du coronavirus (Covid-19).

Pour Mourad Preure, le niveau actuel des prix du pétrole n’est pas « robuste », parce qu’il y a la vague de froid aux Etats-Unis qui a arrêté 40% de la production américaine, et il y  aussi les pays de l’OPEP+ qui ont baissé leur production de 7 millions de barils/jours.

L’expert en pétrole a estimé que le pétrole algérien est compétitif en matière de qualité, mais, nous ne sommes pas compétitifs en matières de volumes. « Nous n’avons pas les moyens de déployer d’importants volumes aujourd’hui, parce que, nos installations et nos gisements ont souffert », a-t-il dit, en ajoutant que le potentiel du sous-sol algérien est « intéressant ».

« On consomme 46 milliards de mètre cube de gaz annuellement »

L’expert en pétrole a également évoqué le problème de la consommation énergétique qui a explosé carrément ces dernières années et menace sérieusement les exportations. « On consomme 46 milliards de mètre cube de gaz annuellement, soit une augmentation de 53 % depuis 2009, c’est excessif », a-t-il dit.

« ça ne correspond pas à la production de richesse. Nous avons une intensité énergétique, c’est-à-dire, la consommation d’énergie par rapport à la création de richesse qui est deux fois supérieures à celle des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Nous consommons deux fois plus d’énergie pour produire une unité richesse. C’est inacceptable », a-t-il précisé.

Pour Mourad Preure, l’Algérie doit diversifier ses ressources énergétiques.  Il faut que Sonatrach s’oriente pour être le grand leader dans la transition énergétique, a-t-il indiqué, parce que la véritable force de l’Algérie, a-t-il ajouté, c’est son ensoleillement, qui est exceptionnel 3500 heures par ans sur 86 % du territoire national. Il a estimé que l’Algérie a les moyens de s’imposer, dans les 20 prochaines années,  comme un leader de la transition énergétique.

 

MDI Alger