Véhicule électrique en Algérie : Entre réalité et discours officiel

Véhicule électrique en Algérie : Entre réalité et discours officiel

Le discours volontariste et enthousiaste du ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, Chems-Eddine Chitour, sur la voiture électrique en Algérie, se heurte à l’amère réalité du marché automobile et de la situation économique du pays.

Le ministre a considéré, hier mardi, à l’issue d’une réunion de concertation avec le ministre de la Poste et des Télécommunications, Brahim Boumzar, sur la transition énergétique dans le secteur de la Poste et des télécommunications, que « la voiture électrique est une chance pour l’Algérie de sortir de cette dépendance aux hydrocarbures ».

M. Chitour a indiqué que « l’Algérie achète chaque année deux milliards de tonnes de carburants et que d’ici 2030, la tonne de CO2 émise, selon le Groupe des experts climat de l’ONU (Giec), sera de plus en plus chère et,  il y aura de moins en moins de voitures thermiques ».

Cependant, le ministre concède que « la société n’est pas encore prête à se lancer dans cette nouvelle technologie », préférant les véhicules thermiques qui fonctionnent aux énergies fossiles.

Plus de 1,045 millions de véhicules 100% électriques et véhicules hybrides rechargeables ont été vendus en Europe en 2020. Les voitures électriques ont représenté 10,5 % des ventes de voitures neuves en Europe, les hybrides 11,9 %. En 2019, cette part était respectivement de 3 % et 5,7 %. Toutefois, les véhicules conventionnels dominaient toujours les ventes de voitures dans l’UE en termes de part de marché (75,5%) en 2020.

L’orientation de l’Algérie vers le véhicule électrique suscite des interrogations, alors que le fiasco de l’industrie du montage automobile n’a toujours pas fini de révéler ses secrets.

Le mirage de la voiture électrique en Algérie

Dans un pays où le prix du véhicule d’occasion classique avoisine celui du véhicule neuf et où le marché est complètement paralysé par la suspension des importations des véhicules, le prix des véhicules électriques n’est évidemment pas à la portée de tous les Algériens.

Les voitures électriques coûtent plus de 30 000 € en Europe, à titre d’exemple, la Renaul Zoé est commercialisée à 32.5OO euros, Audi e-tron (81.000€), Kia e-Soul (37.000€), Peugeot e-208 (33.500€), la nouvelle Wolkswagen e-up (24.000€), Nissan Leaf (38.000€), Volkswagen e-Golf (35.000€). Cependant, Kandi, une compagnie automobile chinoise, commercialise des véhicules électriques à moins de 9.000 euros.

La batterie, l’élément le plus important et surtout le plus cher, pose d’énormes problèmes environnementaux, notamment en matière de production. En effet, l’extraction des composants nécessaires à sa fabrication, tel que le lithium, génèrent de la pollution.

La question de l’autonomie des batteries se pose également, même si la technologie des batteries lithium-ion assure une autonomie de 100 à 200 km environ pour un temps de charge d’une demi-heure à plusieurs heures. L’autonomie des batteries est un frein à la commercialisation des véhicules électriques sur le marché algérien, compte tenu des distances importantes que les automobilistes algériens parcourent au quotidien.

L’autonomie des batteries pose de facto le problème de l’installation des bornes de recharge sur tout le territoire national. L’Algérie, qui ne dispose pas de la technologie et du savoir-faire nécessaires au développement des bornes de recharge, devra les importer pour installer un réseau national.

A ce propos, le ministre Chitour a affirmé que « plusieurs bornes électriques avaient été importées par l’Algérie et seront bientôt installées au niveau des stations d’essence Naftal déployées tout le long de l’autoroute Est-Ouest ».

En France, pour une installation de bornes de recharge en maison, le prix moyen se situe entre 1 200 € et 1 500 €. La consommation d’une voiture électrique varie selon son modèle du type de trajet effectué ou des conditions climatiques.

« Au global, le prix au kilomètre d’une voiture électrique rechargée à domicile est environ trois à quatre fois moins élevé que celui d’un véhicule thermique, selon les moments de charge. Ainsi, le coût de la recharge d’une voiture électrique avec une capacité de batterie de 50 kWh se situe entre 8 et 11 € », a indiqué l’opérateur français EDF.

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