Les grandes échéances électorales africaines de 2021 et leurs enjeux

Les grandes échéances électorales africaines de 2021 et leurs enjeux

La réélection (déjà contestée) de Yoweri Museveni en Ouganda la semaine dernière, a ouvert le bal des élections présidentielles de 2021 en Afrique. Bien que l’année 2020 ait eu son lot de turbulences dues à des échéances électorales en Côte d’Ivoire, au Ghana ou en Centrafrique, l’année 2021 nous réserve également des joutes politiques pour le pouvoir suprême. Du Bénin à la Zambie en passant par la Libye ou la Côte d’Ivoire, voici les grands scrutins qui marqueront l’actualité politique du continent en 2021.

Bénin, Patrice Talon (finalement) candidat à sa succession : S’il a longtemps hésité à se prononcer sur son avenir politique une fois son premier mandat terminé, il n’y a désormais plus de doutes sur la candidature du président béninois, Patrice Talon, à l’élection présidentielle de 2021 dans son pays.

Lors d’une tournée nationale au cours de la semaine du 15 janvier 2021, le dirigeant qui avait jusque-là répété qu’il « aviserait » a finalement déclaré qu’il sera candidat à sa propre succession « au nom de la bonne gouvernance ».

Au pouvoir depuis 2016, l’ancien magnat du coton reconverti en homme politique, devra défendre le bilan de ses cinq années de pouvoir qui, bien que marquées par des performances économiques satisfaisantes, ont surtout grandement affecté la démocratie béninoise, selon plusieurs observateurs. L’organisation des élections législatives excluant les partis de l’opposition en 2019 avait déclenché les premières violences post-électorales qu’a connues le pays ouest-africain depuis l’avènement du renouveau démocratique ; ce qui a valu au dirigeant d’être parfois accusé « d’autoritarisme » par l’opposition.

De ce fait, le principal enjeu de la prochaine présidentielle au Bénin sera surtout la participation effective ou non de candidats issus de l’opposition. En raison de nouvelles règles imposant aux candidats d’obtenir le parrainage de 16 élus (maires ou députés), elle pourrait se retrouver exclue du prochain scrutin, car ne disposant que de 6 maires suite aux dernières élections communales.

Somalie, la démocratie à l’épreuve des tensions sécuritaires : Initialement prévues pour se tenir en 2020, les élections somaliennes se tiendront finalement en 2021. Pour le pouvoir en place, avec à sa tête le président Mohamed Farmaajo, l’enjeu est de taille. Grâce à un accord trouvé le 26 septembre 2020, dotant le pays d’un nouveau système électoral consacrant un mode de scrutin indirect avec un collège électoral plus élargi, il s’agira des premières élections semi-démocratiques de son histoire depuis plus d’un demi-siècle. Cependant, de nombreux obstacles se dressent en raison notamment de la situation sécuritaire qui caractérise la Somalie depuis des décennies. En effet, le pays de la Corne de l’Afrique est en proie à des violences menées par le groupe terroriste des Shebabs qui ambitionne de contrôler tout le territoire national. L’organisation est responsable d’environ 2100 événements violents et 3390 décès signalés, en 2020 ; ce qui en fait le groupe islamiste militant le plus actif et sans doute, le plus enraciné en Afrique de l’Est.

A ce défi s’ajoutent les tensions entre les différents clans qui contrôlent de facto la vie politique somalienne, et dont les divergences d’intérêt menacent d’entraver les prochaines élections. Il faut noter que dans le cadre du système électoral indirect actuel de la Somalie, les élections sont à la fois législatives et présidentielle. Chacun des 275 parlementaires du pays sera élu par 101 délégués nommés par les anciens des clans. Ces parlementaires ainsi que 59 sénateurs élus par les assemblées des Etats choisiront ensuite le président.

S’il a l’intention de se représenter pour un second mandat de 4 ans, l’actuel président, Mohamed Farmaajo, devra s’assurer que le prochain scrutin se tienne à bonne date, dans le strict respect du consensus établi avec les différents Etats régionaux. Mais surtout, il devra s’assurer que les élections ne débouchent pas sur une énième guerre civile dont la survenue risque de retarder pour longtemps encore la reconstruction du pays.

Congo,  Sassou I, II, III… IV ? Le 21 mars 2021, la République du Congo connaîtra une nouvelle élection présidentielle. Au pouvoir depuis déjà trois mandats, l’indéboulonnable président, Denis Sassou Nguesso, devrait se présenter pour un quatrième mandat à la tête de ce pays d’Afrique centrale qu’il dirige depuis une durée cumulée de 37 ans.

Malgré la crise économique, parsemée de scandales de corruption, que traverse le pays depuis plusieurs années, aggravée par l’actuelle pandémie de Covid-19, le dirigeant âgé de 77 ans semble bien parti pour obtenir un nouveau mandat. Il a été récemment investi par sa formation politique, le Parti congolais du travail (PCT) et dix-sept regroupements de la majorité présidentielle.

Face au dirigeant, l’opposition a du mal à parler d’une même voix. Plusieurs noms sont évoqués pour affronter Denis Sassou Nguesso dans les urnes. Il s’agit notamment de Mathias Dzon, ancien ministre des Finances, âgé de 73 ans, Guy-Brice Parfait Kolélas, 60 ans, qui s’est classé deuxième à la présidentielle de 2016 ou encore Pascal Tsaty Mabiala, 72 ans, leader de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) et chef de file de l’opposition au Parlement. Déjà, de nombreuses dénonciations se font entendre concernant la transparence de cette élection considérée par beaucoup comme une « mascarade ». « Nous demandons au président Sassou qui a été investi par son parti de changer de logiciel. Ce qu’ils font, c’est une honte, parce que tout le monde sait que les élections ne seront pas transparentes », a dénoncé au micro de VOA Afrique, le président du parti Unis pour le Congo (UPC), Paulin Makaya qui accuse le PCT « de vouloir s’imposer par la force ».

Quoi qu’il en soit, d’importants défis restent à relever pour le Congo, peu importe l’issue du prochain scrutin présidentiel. En premier lieu, il faudra pour celui qui dirigera le pays au cours des cinq prochaines années, alléger le fardeau de la dette qui plombe les finances publiques depuis des années, et surtout diversifier une économie qui reste très dépendante du secteur pétrolier.

Zambie,  Edgar Lungu à l’heure du bilan : En Afrique australe, l’élection présidentielle du 12 août prochain en Zambie devrait être sous le feu des projecteurs. En poste depuis 2015, le président, Edgar Lungu, veut rempiler pour un second mandat à la tête du pays.

De l’avis de plusieurs experts, obtenir un nouveau mandat ne sera pas une tâche facile pour l’homme de 64 ans, en raison du bilan peu flatteur qu’il devra défendre. Sa gouvernance a été marquée par une crise de la dette qui a mis la Zambie en situation de défaut de paiement sur les arriérés dus à ses créanciers étrangers. A cela s’ajoutent une dépréciation de la monnaie locale, des perturbations dans la production et l’exportation de cuivre (l’une de ses principales sources de devises étrangères) ainsi qu’une sécheresse importante qui a engendré des difficultés sur le plan de l’approvisionnement alimentaire et énergétique. D’ailleurs, selon ses opposants, la récente décision du gouvernement de subventionner l’essence à la pompe, en pleines négociations avec le FMI, n’a pour but que d’améliorer la cote de popularité du dirigeant, qui avait pâti de ces différentes crises.

Face à Edgar Lungu, l’opposition semble se ranger derrière Hakainde Hichilema, chef du Parti unifié pour le développement national (UPND). Ce politicien de longue date, candidat à l’élection présidentielle à cinq reprises, est devenu populaire ces dernières années, après avoir été emprisonné par le pouvoir en place suite à des contestations.

Si l’homme de 58 ans veut jouer sur la désillusion de la population après le premier mandat de son principal adversaire, difficile de garantir s’il pourra normalement faire campagne et participer à une élection transparente, alors qu’en décembre 2020, deux de ses partisans ont été tués par balles lors d’une manifestation.

Libye, des élections apaisées devenues un « serpent de mer » : Depuis la chute du guide libyen, Mouammar Kadhafi, en 2011, la Libye n’a jamais réussi à organiser de véritables élections législatives ou présidentielles démocratiques et apaisées. Au contraire, le pays a connu ces dernières années, des violences opposant notamment deux factions politiques se disputant le pouvoir : le gouvernement d’union nationale qui était jusque-là présidé par Fayez el-Sarraj et soutenu par la communauté internationale, et le gouvernement de l’est libyen fidèle au maréchal Khalifa Haftar. Les violations des nombreux accords de paix conclus entre les deux parties avaient obligé le pays à repousser plusieurs fois les perspectives d’élections générales, qui avaient fini par devenir un véritable « serpent de mer » au fil des ans. Cependant en novembre 2020, un ultime accord a été trouvé entre les parties pour organiser des élections, quelques semaines après la signature en octobre d’un accord de cessez-le-feu permanent. Selon l’ONU, les différents belligérants se sont accordés sur la date du 24 décembre 2021, et des discussions ont été entamées pour réunifier le Parlement du pays. Pour l’heure, le principal défi concernant l’organisation des élections en Libye est le respect de l’accord de cessez-le-feu signé en octobre 2020. Une tâche qui s’annonce difficile pour les médiateurs internationaux, alors qu’en décembre dernier, Khalifa Haftar a appelé ses soldats à reprendre les armes pour combattre la Turquie qui venait d’annoncer un nouveau déploiement de militaires dans le pays maghrébin.

Niger,  Mohamed Bazoum vs Mahamane Ousmane au second tour : Le 20 février 2021, les Nigériens seront appelés à se rendre aux urnes pour déterminer qui de Mohamed Bazoum ou de Mahamane Ousmane sera leur futur président. Si les résultats du 1er tour qui a opposé 28 candidats n’ont pas surpris grand monde, le second tour est plus incertain. En effet, les deux candidats jouissent d’une réelle popularité dans le pays, même si Mohamed Bazoum a largement devancé ses adversaires et bénéficie du soutien de plusieurs candidats du premier tour.

Ancien ministre des Affaires étrangères et de l’Intérieur, Mohamed Bazoum est le dauphin désigné du président sortant Mahamadou Issoufou (qui ne peut plus se représenter conformément à la Constitution). Dès les premiers jours de sa campagne, il s’est présenté comme un continuateur de la politique du futur ex-chef de l’Etat. Son adversaire Mahamane Ousmane, fort de son expérience d’ancien président de la République (1993-1996), est donc devenu le champion de l’opposition et espère bénéficier du soutien d’autres candidats malheureux du premier tour.

Pour la population nigérienne, cette élection revêt un enjeu double. Celui de la première véritable alternance démocratique de l’histoire du pays, marqué depuis les indépendances par des coups d’Etat militaires. Quant au second enjeu, il concerne les résolutions des problèmes sécuritaires et de développement du Niger considéré comme l’un des pays les plus pauvres au monde, et subissant de plein fouet les exactions des groupes djihadistes.

Tchad,  Idriss Déby président à vie ? Nommé (par lui-même) maréchal le 11 août 2020 lors d’une cérémonie qui s’est déroulée au Palais de la démocratie à N’Djamena, le président Idriss Déby Itno dirige le Tchad depuis 1990, année durant laquelle il a évincé du pouvoir l’ancien dictateur Hissène Habré. Au total, le chef d’Etat a cumulé cinq mandats présidentiels à la tête du pays, notamment grâce à une levée de la limitation des mandats suite à une modification constitutionnelle opérée en 2004.

S’il n’a toujours pas annoncé officiellement sa candidature au scrutin présidentiel du 11 avril 2021, peu de doutes subsistent quant à l’intention du dirigeant de 68 ans de se représenter pour un sixième mandat consécutif. Face à lui, une opposition qui semble divisée sur la position à adopter concernant la prochaine échéance.

Si pour certains opposants « les dés sont pipés, aller à ce scrutin reviendrait à cautionner la monarchie républicaine » d’autres estiment qu’il « faut que toute l’opposition se réunisse et s’entende » pour aller au scrutin.

Quoi qu’il en soit, le futur vainqueur des élections aura fort à faire pour sevrer l’économie nationale de sa dépendance aux matières premières, tout en continuant la lutte contre les groupes djihadistes qui sévissent dans la région du lac Tchad.        

Gambie, élection test pour Adama Barrow : Devenu président en 2016 à l’issue d’une élection tendue qui s’est soldée par la chute de l’ancien dictateur Yahya Jammeh, Adama Barrow devrait se représenter pour un second mandat le 4 décembre 2021. Si l’homme d’affaires avait suscité de nombreux espoirs à son arrivée il y a cinq ans, c’est dans une tout autre posture qu’il devra défendre son fauteuil dans les prochains mois.

Pour de nombreux membres de l’opposition, le chef d’Etat a trahi les promesses faites à la population gambienne. En effet, lorsqu’il a pris les rênes du pays, il avait promis faire un mandat de transition de 3 ans, et d’imposer une limitation des mandats constitutionnels. Cependant, une fois les trois premières années de son mandat écoulées, non seulement le dirigeant a décidé de se maintenir jusqu’à la fin des cinq ans prévus par la Constitution, mais également les révisions constitutionnelles proposées prévoyant une limitation rétroactive de 2 mandats présidentiels, ont été rejetées par le Parlement dominé par le pouvoir en place.

Ainsi pour de nombreux observateurs, le principal enjeu de la prochaine élection sera de s’assurer qu’elle se déroule en bonne et due forme et surtout sans violences, alors que la crainte d’une ère « Jammeh bis » semble hanter les esprits.

Djibouti : Ismaïl Omar Guelleh, Acte V ?     A Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) devrait chercher à rempiler pour un cinquième mandat dans un pays qui est de plus en plus dans le viseur des organisations internationales en raison du niveau de sa dette publique, et ce en dépit de réels progrès sur le plan économique (la plus forte croissance en Afrique en 2021, selon la Banque mondiale).

Pour de nombreux observateurs, le scrutin qui est prévu pour se dérouler le 9 avril 2021 est loin de remplir les critères de transparence et d’inclusion pour être qualifié de démocratique. En poste depuis 1999 à la faveur d’une levée de la limitation des mandats en 2010, IOG est accusé d’autoritarisme. Occupant la 176e place mondiale, selon le classement 2020 de Reporters sans frontières, son pays est l’avant-dernier du continent africain en matière de liberté de la presse et est classé dans la catégorie des « pays dictatoriaux » par l’Economist Intelligence Unit.

A 73 ans, difficile donc d’entrevoir une fin de parcours présidentiel en 2021 pour le chef d’Etat, dont les récents partenariats avec la Chine ont contribué à augmenter les rivalités entre puissances étrangères dans ce pays si stratégique pour leurs ambitions dans l’océan Indien et dans la mer Rouge. Rappelons que le pays accueille des bases navales de la France, des Etats-Unis, de la Chine et du Japon et est également la base opérationnelle de la coalition internationale anti-piraterie qui opère dans la région.

Côte d’Ivoire : nouvelle bataille électorale pour des sièges au Parlement : Après une élection présidentielle tendue, marquée par des violences préélectorales meurtrières, la Côte d’Ivoire s’apprête à vivre une nouvelle bataille électorale, cette fois-ci, sur le terrain des législatives, avec près de 255 sièges qui seront en jeu le 6 mars prochain.

Si le vote du 31 octobre 2020 s’est déroulé dans un climat de tensions, avec un boycott massif de l’opposition, les dissensions semblent s’être calmées. Désormais tous les principaux acteurs de la vie politique ivoirienne sont concentrés sur un seul objectif : obtenir le maximum de sièges à l’Assemblée nationale.

Alors que le parti au pouvoir, le RHDP, ainsi que ceux de l’opposition le PDCI, et le FPI tendance Affi N’Guessan ont déjà commencé à présenter leurs candidats, le mouvement Génération et peuples solidaires (GPS) de Guillaume Soro n’a pas souhaité faire participer des candidats sous ses couleurs. Mais surtout, le prochain vote sera marqué par le retour du FPI pro-Gbagbo, connu sous le nom de la coalition EDS (Ensemble pour la démocratie et la souveraineté) après dix ans de boycott de toutes les élections.

A priori, le taux de participation des électeurs devrait donc être supérieur à celui de la présidentielle, quitte à ce que la transparence et la sécurité soient garanties dans l’ensemble des bureaux de vote.

Echéance délicate en Ethiopie : Notons qu’en Ethiopie, c’est la date du 5 juin 2021 qui a été choisie par les autorités pour organiser les premières élections législatives de l’ère Abiy Ahmed. Devant se tenir initialement en 2020, celles-ci avaient été reportées pour cause de coronavirus et avaient conduit au déclenchement de la crise du Tigré.         

Ecofin

Colloque MDI