Leurs activités maintenues fermées : les commerçants de boissons alcoolisées ivres de colère

Leurs activités maintenues fermées : les commerçants de boissons alcoolisées ivres de colère

Les commerçants de boissons alcoolisées sont ivres de colères. Alors que la majorité des secteurs d’activités ont bénéficié d’une reprise progressive dans le cadre des mesures d’allègement du confinement instauré par le gouvernement pour lutter contre la propagation de la pandémie de la Covid-19, les débits de boissons et les bars-restaurants restent fermés depuis le mois de mars 2020.

Aucune explication n’a été fournie par les autorités concernées, ce qui a suscité la colère des propriétaires de ces commerces, notamment dans la wilaya de Béjaïa où plusieurs rassemblements de protestations ont été organisés pour exiger la reprise de leurs activités. La dernière protestation en date a été organisée hier (lundi). En effet, les commerçants de boissons alcoolisées ont organisé leur 11ème action de protestation devant le siège de la wilaya de Béjaïa.

Lors de ce rassemblement, ces commerçants n’ont pas manqué de faire part des impacts socio-économiques de la fermeture depuis dix mois de leurs activités depuis et la prolifération de la vente parallèle de la boisson alcoolisée. « Après quatre mois de fermeture, j’ai cessé de verser les salaires de mes 5 employés, mais j’ai continué de payer leur assurance. Du jour au lendemain, nous sommes réduits à une situation sociale précaire », a confié au journal Liberté, un propriétaire d’un bar-restaurant de la wilaya de Béjaïa.

Les commerçants protestataires ont qualifié d’arbitraire » la décision de maintenir fermés les débits de boissons et les bars-restaurants. Selon eux, cette décision obéit à « une arrière pensée idéologique », et que les autorité « les autorités n’ont aucun argument sanitaire à faire valoir, du moins pour les débits de boissons alcoolisées à emporter ».

Djamal Aït Zenati, du Collectif des commerçants de débits de boissons alcoolisées de la wilaya de Béjaïa, cité par le même journal, a expliqué que « dans le dernier communiqué du gouvernement, il est dit clairement que les cafés, les restaurants et les fast-foods sont autorisés à activer avec une vente à emporter uniquement. Nous sommes dans cette branche d’activités commerciales ».

Il a fait savoir que les commerçants de boissons alcoolisées sont les seuls « non concernés par l’indemnisation spéciale Covid-19 de 30 000 DA. L’État nous considère comme étant toujours en activité. D’ailleurs, nous sommes toujours convoqués par les impôts pour nous acquitter de nos redevances. »

Reçus par le secrétaire général de la wilaya de Béjaïa, ce dernier leur a promis de saisir aujourd’hui (hier, ndlr) le ministre de l’Intérieur ». « Dès qu’il aura sa réponse, il nous contactera. Nous concernant, nous lui avons accordé un délai jusqu’à dimanche prochain. En cas de réponse négative, nous déciderons d’autres actions de rue à mener prochainement. D’autant plus qu’ailleurs, à l’exemple de Mostaganem, nos confrères ont été autorisés à reprendre leurs activités », a indiqué M. Ait Meziane à Liberté.

De son côté, le président de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), Ali Hamani, s’est demandé pour quelle raison cette décision de réouverture ne s’applique-t-elle pas aux commerçants de boissons alcoolisées alors que de nombreuses activités commerciales ont repris en mettant un protocole sanitaire strict. « Je n’ai pas de réponse à cela. On ne comprend pas pourquoi certains commerces ont rouvert, mais pas d’autres. Je comprends et j’en conviens que les choses sont un peu compliquées dans les lieux de consommation très fréquentés. Mais il est tout à fait possible de mettre au point un protocole sanitaire et de laisser les points de vente habituels reprendre leur activité », a-t-il indiqué dans un entretien au journal Liberté.

M. Hamani a dit avoir écrit au premier ministre pour l’alerter sur la détérioration de la situation dans cette filière de manière générale. « Je déplore le fait qu’il n’ait pas donné de réponse et qu’il n’y ait pas de ligne de conduite claire concernant cette filière », a-t-il indiqué.

Concernant l’apport de cette filière à l’économie nationale, le président de l’APAB a indiqué que « la part directe et indirecte de la production de boissons alcoolisées dans l’économie nationale est importante ». Il a fait savoir que la filière génère en temps normal, 39 milliards de dinars de fiscalité directe et emploie près de 20 000 salariés.

« Aujourd’hui, l’activité s’est ralentie sous l’effet de la crise sanitaire ; les unités de production ne tournent qu’à 30% de leur capacité. Ainsi, la filière se trouve dans une situation où tout le monde est perdant : l’État perd des milliards d’impôts et les entreprises beaucoup d’emplois », a précisé Ali Hamani, en rappelant qu’en 2019, « les services des impôts avaient engrangé des recettes fiscales estimées à près de 15,1 milliards de dinars sur les bières alcoolisées produites localement et près de 4,5 milliards sur les vins, soit un total de près de 19,6 milliards de dinars. »

« Maintenant, si le gouvernement veut arrêter cette activité, qu’il nous le dise clairement », a-t-il indiqué.