L’accumulation des créances douteuses due à l’ingérence de l’État dans la gestion des banques

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Les banques publiques algériennes affichent des résultats bénéficiaires pratiquement chaque années. Mais à regarder de près, ces profits sont en réalité tirés de chiffres d’affaires constitués en grande partie de créances douteuses.

Ces créances douteuses, difficiles, voire même, impossible à recouvrer, résultent généralement de l’octroi, sur ordres du gouvernement, de crédits à des entreprises publiques insolvables et à des oligarques protégés par de hauts dignitaires du régime.

Persuadés que l’Etat mettra un jour ou l’autre la main à la poche pour payer ces créances, les dirigeants des banques considèrent ces créances comme de l’argent à recevoir et les comptabilisent en conséquence comme des recettes acquises.

Si l’Etat s’est effectivement toujours acquitté des dettes que lui même a provoqués, en obligeant les banques à octroyer des crédits à des entreprises publiques en faillite et à des opérateurs privés peu fiables, il n’a pas pu le faire en 2020 et ne le fera sans doute pas cette année, faute de disponibilités financières.

Les banques se sont de ce fait retrouvée dans un état financier alarmant! Les bénéfices affichés par les banques publiques algériennes, peuvent donc être qualifiés de fictifs, eu égard à l’impossibilité de recouvrer, comme d’habitude, leurs créances par le biais du trésor. Il faudra ajouter à cette difficulté, celle ayant trait aux oligarques incarcérés en 2019 qui ne peuvent de ce fait honorer les dettes colossales qu’ils avaient contractés auprès de ces banques.

Ces dernières n’ont, à l’évidence, pas tenu compte du fait qu’elles ne pourront pas encaisser de si tôt, le principal et les intérêts générés par les crédits octroyés aux entreprises insolvables et aux oligarques. L’Etat n’a plus les moyens de le faire à leurs places!

Ces banques dont l’Etat est l’unique actionnaire, n’ont même pas le droit de saisir les tribunaux, pour exiger le paiement de ces créances ou la saisie des biens de leurs créanciers, comme les autorise pourtant le code de commerce.

Mais en dépit de toutes ces difficultés, nos six banques publiques ont toutes déclarées de confortables bénéfices, qu’elles se sont du reste, dépêchées de distribuer sous formes de dividendes versés à l’Etat actionnaire, aux administrateurs et à leurs salariés, selon une procédure régie par la loi.

Les dirigeants des banques publiques savent pourtant pertinemment, que l’écrasante majorité des créances due à cette catégorie d’entreprises, ne rentrera jamais dans leurs caisses et si l’Etat ne consent pas à jouer, cette année encore, le rôle « d’effaceur d’ardoises », ces banques se retrouveront inévitablement en situation de cessation de paiements. Elles ont en effet coutume de s’en remettre à la générosité de l’Etat et semblent, cette fois encore, convaincues que cela fonctionnera à nouveau dès que les caisses de l’Etat seront renflouées.

Les dirigeants des banques savent également, que le gouvernement ne peut pas se permettre de provoquer la fermeture définitive d’un millier d’EPE (950) en grande détresse financières et ,encore moins, celle des banques publiques qui détiennent près de 80% du marché financier algérien, nonobstant les milliers de salariés qu’elles emploient. Le gouvernement devra donc, tôt ou tard, mettre la main à la poche, pour payer les créances douteuses des banques et effacer les dettes des entreprises publiques en faillite.

Il devra, cette fois encore, trouver plus de 500 milliards de dinars pour éponger toutes ces « subprimes » à la sauce algérienne, qui résultent d’une mauvaise gouvernance, impliquant l’Etat, les banques et les entreprises.

Ce problème qui n’est pas nouveau, puisqu’il se posait déjà au début des années 90, continuera à se poser tant que nos gouvernants ne consentiront pas à accorder la liberté de gestion aux dirigeants des banques et des entreprises publiques. L’autonomie des banques consistera à gérer l’octroi du crédit, selon des règles universelles, consistant à ne prêter de l’argent qu’aux entreprises capables de le faire fructifier et, par conséquent, sûres de pouvoir rembourser leurs emprunts.

Les entreprises publiques doivent également, être gérées par des dirigeants ayant la liberté totale d’entreprendre. Les banques, comme les entreprises doivent, comme l’exige le code de commerce, être soumises à l’obligation de résultats et le gouvernement tenu à l’écart de la gestion directive, ne sera là que pour s’assurer du strict respect des lois économiques et sociales, ainsi que de la réglementation financière.

La gestion bureaucratiques et rentière continuant malheureusement à prévaloir dans notre pays, Il y a malheureusement peu de chance que ces principes de gestion universels, s’appliquent de si tôt au secteur public économique algérien. Les créances douteuses à la charge du trésor public ont par conséquent, encore de beaux jours devant elles.

MDI Alger