Le complexe El Hadjar menacé de faillite

complexe sidérurgique Sider El Hadjar d’Annaba

Les dirigeants du complexe Sider El Hadjar ont tiré la sonnette d’alarme sur le risque de faillite de cette entreprise publique. 

En effet, selon le journal El Watan de ce jeudi 14 janvier 2021, qui cite Réda Belhadj, directeur général, et Mme Labiod, présidente du Conseil d’administration (CA) du complexe Sider El Hadjar, ce dernier qui fait face à une crise de trésorerie, risque de fermer ses portes d’ici un mois.

Dans une déclaration au quotidien national, Réda Belhadj a estimé : « Le complexe n’a plus les moyens financiers pour approvisionner sa principale installation, le haut-fourneau n°2, en coke dans le but d’assurer la production de la matière première, la fonte liquide, sachant qu’une cargaison de 50 000 tonnes de coke, qui couvre à peine 40 jours d’autonomie, vaut deux milliards de dinars ».

De son côté, Mme Labiod a précisé à la même source : « A ces deux milliards de dinars, il faut ajouter une caution de 10% lors de l’ouverture d’une lettre de crédit à l’effet de permettre la couverture financière des surplus de la marchandise. Il faut aussi garantir, parallèlement, une masse salariale de quelque 660 millions de dinars par mois, soit huit milliards de dinars/an. »

Selon El Watan, « toutes les mesures d’austérité, notamment la mise en fin de contrat d’un total de 283 retraités d’ici le 31 mars prochain, la rationalisation des dépenses, les multiples opérations d’exportation n’ont pas été d’un grand secours face à de très lourdes charges, générées aussi par un passif contraignant d’ArcelorMittal Algérie (AMA) après son départ. »

Le DG du complexe sidérurgique a indiqué : « Saviez-vous qu’on a procédé au bridage de notre haut-fourneau pour qu’il ne produise pas beaucoup de fonte liquide ? Cette mesure était indispensable, car les capacités de transformation des unités en aval sont limitées. D’où l’obligation d’engager notre plan de développement pour accueillir davantage de matière après la libération de la production du haut-fourneau ».

Plus de 46,5 milliards de dinars de Sider El Hadjar sont toujours bloqués

Selon la même source, le complexe sidérurgique dispose de son propre fonds pour engager la 2e phase de son plan de développement (PLD), présenté en juillet dernier au Premier ministre Djerad et au ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, qui avaient donné leur aval, mais, plus de 46,5 milliards de dinars de Sider El Hadjar sont toujours bloqués.

Mme Labiod a expliqué : « Dans le cadre de son plan de développement, Sider El Hadjar bénéficiait, depuis la première phase, du régime dérogatoire de la convention d’investissement, relative au développement de l’investissement pour la réhabilitation et l’extension du complexe sidérurgique d’El Hadjar. Par cette convention, établie avec l’ANDI, Sider El Hadjar profitait des exonérations en matière de franchise de droits et taxes et tout autre prélèvement à caractère fiscal ».

Cependant, la convention initiale avait expiré et avait été renouvelée une fois. Cette dernière a encore expiré fin 2019, sans pour autant entamer la deuxième phase du plan de développement de l’entreprise. « Depuis, malgré toutes nos démarches (verbales, écrites et physiques) pour obtenir une prolongation de délai et pouvoir entamer la 2e phase, l’ANDI nous a informés que malgré la résolution du CPE, elle ne peut déroger à une loi, ses prérogatives se limitent à deux accords de prolongation. Toujours selon l’ANDI, notre demande relève du Conseil national d’investissement (CNI), qui devra l’examiner et statuer »,a expliqué la même responsable.

« Ce dernier n’a pas siégé depuis plus de deux ans. Nous sommes bloqués et nous n’arrivons même pas à dédouaner notre équipement, arrivé au port de Annaba depuis fin 2019, plus d’une année, et qui est toujours en attente de dédouanement faute de franchise et de trésorerie », a-t-elle regretté.

Cinq équipements en souffrance au port d’Annaba

En outre, les dirigeants de l’entreprise ont fait état du blocage de cinq équipements sont en souffrance au niveau du port de Annaba, générant des surcoûts qui ont atteint jusqu’à maintenant les 300 millions de dinars. Selon eux, il s’agit : des tableaux de distributions électriques, chaudière de 30T/H, un lot de voie ferrée, un convertisseur pour l’aciérie et l’osmose inverse.

L’allongement du délai de dédouanement de ces équipements accroît davantage les frais de magasinage et les pénalités de retard de dédouanement, hormis la détérioration et la perte de garantie des fournisseurs, a-t-on précisé.

« Des demandes de paiement sont également bloquées au niveau du FNI, en l’absence de franchise, exigée par le Trésor public pour la mise à disposition des fonds, générant aussi des pénalités de retard et des pertes de garantie », ont déploré les dirigeants de Sider El Hadjar.

Le complexe a un problème d’approvisionnement en matière premières

Intervenant dimanche dernier sur les ondes de la radio chaîne 2 de 

 le ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali Braham, n’a pas évoqué les difficultés financières du complexe mais plus tout un problème d’approvisionnement en matières premières.

« Ce complexe a un plan de redressement, mais il a un problème d’approvisionnement et en attendant l’entrée en production du gisement de Ghar Djbilet, il ne doit pas perdre son temps », a indiqué Ferhat Ait Ali.

Selon le ministre de l’Industrie : « le Complexe a le droit de s’approvisionner à travers notamment le recours à l’importation pour atteindre son autosuffisance quand les mines d’Ouenza et de Boukhadra ne sont pas en mesure de lui fournir les quantités qu’il faut ».

MDI