Le procès de Blida ouvre la voie à de troublantes supputations

Le procès de Blida ouvre la voie à de troublantes supputations

L’événement était prévisible! Tous les observateurs avertis de la scène politique algérienne savaient que les manipulations judiciaires à l’égard de certains clans du régime d’Abdelaziz Bouteflika, étaient si brutales et grossières, qu’elles ne pouvaient pas échapper à un retour de boumrang contre ceux qui les avaient opérées pour de sordides raisons.

C’est précisément ce qui s’est passé samedi dernier au tribunal militaire de Blida où la cour a eu à juger des cas de certains hauts responsables de l’armée, dont s’était débarrassés de manière peu cavalière l’ex vice ministre de la Défense Nationale et chef d’état major militaire, le défunt général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah. Les peines infligées sans preuves, par une cours de justice à ses ordres, ont été, à juste titre, assimilées à des règlements de comptes corporatistes. Elles étaient effectivement trop injustes et mal argumentées, pour pouvoir résister à l’épreuve des pourvois en cassation, dés lors que la personne à l’origine de cette cabale contre certains ex hauts responsables de l’armée, n’était plus de ce monde et que les hauts gradés qui le servaient avec zèle, ont pratiquement tous finis en prison ou discrètement écartés du haut commandement.

L’entreprise qu’opèrent aujourd’hui ceux qui ont hérités de ce commandement à la mort d’Ahmed Gaid Salah, ressemble en effet à une opération de « déminage », consistant à écarter les hommes forts que ce dernier, au plus fort de son règne autoritaire, avait placés dans les rouages de l’armée et du pouvoir civil. La première entreprise est, pour ainsi dire, achevée, puisqu’il ne reste aujourd’hui, pratiquement plus aucun des soutiens emblématiques de l’ex chef d’état major qui purgent, pour certains, de lourdes peine de prison et, pour d’autres, discrètement écartés du commandement militaire.

De nouveaux hauts gradés liés a une nouvelle feuille de route politico-militaire dont on ignore malheureusement les objectifs, les ont remplacés avec l’intention de donner une nouvelle tournure à la gouvernance du pays. On verra certainement plus clair dans leurs intentions dans les prochains jours.

Le plus grand mystère reste évidemment ce qu’ils comptent faire par rapport aux affaires politiques, sachant que ces dernières furent lourdement impactées par le court, mais très dense, intermède de l’autoritaire ex chef d’Etat major qui a profondément bouleversé la vie politique et sociale algérienne. Parmi ces faits majeurs il y a évidemment, la désignation de l’actuel chef de l’Etat, à la faveur d’une élection présidentielle fortement contestée, non seulement, par les algériens, mais aussi, par une frange importante de hauts gradés de l’armée qui avait, on s’en souvient, jeté leur dévolu sur un autre candidat au scrutin du 12 décembre 2019.

Si pour l’instant, rien de vraiment précis n’a filtré des intentions des décideurs, celles/ci ne manqueront certainement pas de se clarifier dans les toutes prochaines semaines, en raison des échéances politiques que le chef de l’Etat s’est dépêché de mettre en évidence, alors que la situation politique et sociale du pays, ne se prête pas du tout à ce genre de rendez vous électoraux ( élections législatives et communales). A moins qu’une nouvelle élection présidentielle soit prévue au terme de ces deux scrutins, on voit mal comment l’opération de « dègaidisation » largement ouverte depuis ce procès qui vient d’innocenter les victimes expiatoires d’Ahmed Gaid Salah, pourrait épargner le chef de l’Etat et certains membres de son gouvernement qui en furent ses créatures. Le laissera t-on poursuivre encore longtemps son mandat, d’autant plus que ce dernier ne s’est pas totalement remis d’une maladie invalidante qui requiert beaucoup de temps. Le gouvernement ou du moins certains ministres réputés très proches de l’ex chef d’état major, resteront ils à leurs places jusqu’aux prochaines élections législatives,comme il serait logique, ou seront-ils débarqués dans la foulée de cette « dégaïdisation »»? Les conditions semblent en tous cas présentement réunies, pour que cette dernière éventualité prévale! Un remaniement gouvernemental ne serait donc pas à écarter dans les prochains jours.

L’autre question et, sans doute la plus importante, consiste à savoir si l’état major actuel rompra avec l’attitude franchement hostile au Hirak qu’Ahmed Gaid Salah avait imprégné à la vie politique algérienne au point de la conduire à une dangereuse impasse. Il est attendu que le pouvoir tende la main au peuple algérien en proposant très vite un dialogue de sortie de crise. Ce qui paraît être pour l’instant sûr réaliste, au regard des mauvais souvenirs laissé par l’ex chef d’état major, pourrait en réalité vite s’amorcer, pour peu que les tenants du pouvoir réel, décident de quelques mesures d’apaisement aux premiers desquels, la libérations de tous les prisonniers d’opinion et l’ouverture du champ médiatique, constitueraient les plus sérieux signes d’ouvertures.

Journée portes ouvertes MDI Business School Alger