François Gouyette : Les propos de Macron sur l’Algérie ont été « mal compris »

François Gouyette : Les propos de Macron sur l'Algérie ont été

L’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, s’est exprimé, ce mercredi 25 novembre 2020, sur les dernières déclarations du président français, Emmanuel Macron, dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique dans lequel il a déclaré qu’il « ferait tout » pour « aider » le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour que la transition en Algérie réussisse.

Intervenant sur la radio web « Radio M« , le diplomate français a apporté des précisions concernant l’entretien d’Emmanuel Macron à Jeune Afrique. « La façon dont s’est exprimé le président français à propos de l’Algérie n’a pas été vraiment bien comprise », a-t-il dit ne ajoutant que « la perception que nous avons observé ici de ces propos ne correspond pas vraiment à ce qu’il a voulu dire ».

« Je crois que le président attache une grande importance à la relation avec l’Algérie », a indiqué l’ambassadeur de France qui a ajouté que Macron « considère que nous pouvons refonder cette relation, la relancer sur des bases saines et positives, pour pouvoir faire beaucoup de choses ensemble dans tous les domaines ».

François Gouyette a cité à ce propos la Mémoire, la coopération dans tous les domaines possibles. « Naturellement, nous n’imposerons rien. Avec les algériens, nous discuterons de ce que peuvent être ces champs très vastes de coopération et nous devons avancer ensemble », a-t-il expliqué.

« Dans ce contexte, il (Emmanuel Macron, ndlr) a considéré que la relation qu’il avait noué avec le président Tebboune permettait d’aller de l’avant. Donc, il a eu plusieurs entretiens téléphoniques avec lui et il l’a rencontré une seule fois (conférence sur la Libye à Berlin en Allemagne, ndlr). Ils ont convenu d’aller ensemble et de bâtir cette relation », a rappelé le diplomate français.

« Je crois que c’est ce qu’il avait à l’esprit en saluant effectivement son homologue algérien qui se trouve aujourd’hui hospitalisé », a-t-il dit en ajoutant que « ça ne m’a pas surpris personnellement tant qu’il a cette attention et cette pensée pour lui ».

« Je considère qu’il n’a pas été compris », a insisté François Gouyette qui a rappelé que Emmanuel Macron avait salué la mobilisation du peuple algérien dans le cadre du mouvement populaire « Hirak » du 22 février 2019 avec des manifestations pacifiques et des revendications démocratiques. Selon l’ambassadeur de France, Macron a « constaté qu’après l’élection du président Tebboune a exprimé son souhait d’ouvrir un ensemble de chantiers de réformes qui permettent de répondre à ces aspirations, c’est en tout cas, les engagements qu’il a pris ».

« Il fallait un certain courage, c’est ce qu’il (Macron, ndlr) voulait dire. Un certain courage à prendre en main les rênes du pays dans un contexte aussi extraordinairement compliqué que celui qu’a connu l’Algérie tout au long de l’année 2019. Oui, il faut du courage pour assumer des responsabilités d’Etat dans ces circonstances. C’est vrai, c’est ce qu’il a voulu dire simplement », a expliqué François Gouyette.

« Nous sommes loin de toute idée d’ingérence »

« Le président français n’a rien voulu dire d’autres », a encore insisté le diplomate français. Selon lui, Emmanuel Macron pensait au « courage politique » et qu' »il faut pour prendre les rênes et assumer l’exercice du pouvoir au plus haut niveau après tous ces bouleversements qu’a connus l’Algérie et tous les chantiers qui sont ouverts et toutes les perspectives de réformes » qu’a annoncé le président Tebboune lui-même.

Concernant la transition dont à parlé le président français dans son entretien à Jeune Afrique, pour François Gouyette, il s’agit « du passage d’une phase à une autre ». « Le départ de l’ancien président (Abdelaziz Bouteflika, ndlr) a ouvert une nouvelle phase, un processus, et nous sommes dans ce processus qui doit durer un certain temps. Ce n’est pas à nous de dire combien il doit durer, sous quelle forme il doit aboutir et à quelles conclusions il doit arriver. Nous Nous ne souhaitons absolument pas bien évidemment dicter quoi que ce soit, nous sommes loin de toute idée d’ingérence. La transition, c’est le passage d’un Etat à un autre. Il est clair que vous ne pouvez pas contester que le départ de l’ancien président a ouvert une période de transition, un processus de plus au mois long dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. »

« Nous sommes très attentifs à ce que disent les algériens dans leur pluralité. Nous sommes à l’écoute des algériens. Nous avons entendus un ensemble de revendications exprimées pacifiquement par le mouvement populaire. Il y a eu un certain nombre de déclarations et d’engagements qui ont été faites par le nouveau président pour ouvrir des réformes qui répondraient à ces aspirations. Nous considérons que c’est quelque chose qu’il faut suivre avec attention », a-t-il dit.

« Pour nous, c’est important que l’Algérie soit non seulement stable mais prospère, un pays qui se développe », a-t-il dit, en ajoutant que « la coopération de la France, si elle souhaitée, il y  beaucoup de chantiers dans lesquels nous pouvons intervenir où nous sommes disposés à collaborer avec l’Algérie, notamment dans le domaine économique. L’Algérie est un pays à très fort potentiel et les entreprises françaises qui ne sont pas les seules, elle sont conscientes de ce fort potentiel et prêtes à travailler avec l’Algérie dès que le cadre juridique approprié leur permet de travailler de manière profitable ».

Pour François Gouyette, « il ne faut pas se méprendre. Souvent les déclarations sont disséquées, interprétées, font l’objet parfois de distorsions ». Selon lui, Emmanuel Macron a de « meilleures intentions vis-à-vis de l’Algérie » et « il a une grande considération pour le peuple algérien et la manière dont ils s’est exprimé à travers ce mouvement démocratique, pacifique et responsable, et en même temps, il a effectivement trouvé dans le président Tebboune un partenaire ouvert au dialogue, à l’ouverture de chantiers pour travailler ensemble et si possible, réconcilier nos mémoires ».

Selon le diplomate français, la politique de la France vis-à-vis de l’Algérie est fondée sur le diptyque « ni ingérence ni indifférence ». « Pas d’ingérence, parce que nous ne voulons pas, nous ne souhaitons pas, nous n’avons aucune intention de nous ingérer dans les affaires de l’Algérie. ça n’a jamais été un agenda de la politique française. Le président Macron, loin de lui l’idée de s’ingérer en quoi que ce soit dans les affaires de l’Algérie qui est un pays souverain dont nous respectons vraiment et sincèrement l’indépendance et la souveraineté », a-t-il dit. « C’est aux algériens qu’il appartient de définir leur destin et nous n’avons de ce point de vue, aucune intention d’interférer dans leur choix », a-t-il ajouté.

 

MDI