Energies renouvelables, gaz de schiste, projet Desertec : Le Pr Chitour s’exprime

Energies renouvelables, gaz de schiste, projet Desertec : Le Pr Chitour s'exprime

Le ministre de la Transition Énergétique et des énergies renouvelables, Chems Eddine Chitour, s’est exprimé, ce dimanche, sur l’exploitation du gaz de schiste. Interrogé dans l’émission LSA Direct du journal Le Soir d’Algérie s’il s’était converti à la religion du schiste, Pr Chitour a répondu par un « oui mais… »

« Il faut être honnête. Nous avons un Sahara de 2 millions de km2, une nappe phréatique de 45 000 milliards de M3 d’eau douce, une faune, une flore et des gens qui sont là depuis la nuit des temps », a souligné le ministre de la Transition Énergétique, qui a rappelé que le Sahara a été « un peu abîmé » par le passé par les essais nucléaires et bactériologiques de la France, et nous voulons l’abîmer encore par une technologie qui n’est pas encore mature pour l’exploitation du gaz de schiste. « Nous sommes des scientifiques et nous suivons tous les jours tout ce qui se passe », a-t-il dit.

« Pour faire un forage, au début il fallait 2000 produits chimiques, maintenant, ils sont arrivés à une cinquantaine de produits, plus dangereux les uns que les autres », a expliqué le Professeur Chitour, en ajoutant que le forage d’un seul puits de gaz de schiste nécessite 15 000 M3 d’eau douce et non salée car cette dernière va bousiller les canalisations. « Nous n’avons pas la technologie », a indiqué le ministre qui a énuméré les étapes et les grands moyens qu’il faut pour exploiter ce gaz de schiste.

« Nous avons fait des essais, il faut bien le dire. Halliburton (compagnie américaine, ndlr) est venue et a fait des essais. Ils ont montré que le périmètre était de 27 000 milliards de mètres cubes », a-t-il fait savoir, en ajoutant : « Moi, je me méfie de ces chiffres. Ils vous disent 27 000 milliards aujourd’hui. Ils peuvent vous dire zéro (0) milliards le lendemain ».  » Le fait et là, la technologie n’est pas mature. Et si elle n’est pas mature, ce serait très risqué « , a-t-il insisté.

Pr Chitour a indiqué qu’il est toujours « contre » l’exploitation du gaz de schiste. Il a rappelé les populations de In Salah qui se sont soulevées contre le gaz de schiste. Chitour a demandé à ses collègues de l’Energie et de Sonatrach de former des universitaires et des ingénieurs dans ce domaine-là ainsi que de faire la veille technologique. « On trouvera la solution, mais pas maintenant », a-t-il estimé.

L’Algérie possède l’un des plus grands gisements solaires au monde

Questionné sur les énergies renouvelables, le ministre Chitour a indiqué que l’Algérie possède « l’un des plus grands gisements solaires au monde. Près de 3000 KW par mètre carré et par an », a-t-il dit, en précisant qu’un algérien consomme l’équivalent de 1500 kilowatt-heure par mètre carré par an. « Un mètre carré de soleil au Sud, peut nourrir énergétiquement parlant deux personnes », a-t-il expliqué.

« Le kilowatt-heure solaire actuel, est moins cher que le kilowatt-heure thermique. Cela veut dire que ce serait dommage de continuer à brûler du gaz naturel, alors qu’on peut faire autrement et laisser un viatique aux générations futures », a-t-il dit, en ajoutant : « Mais ce n’est pas évident de le faire ».

« Nous avons actuellement 340 MW de solaire et 10 MG d’éolien. Les modèles que nous sommes en train de faire, disent qu’il faut au minimum avoir 10 000 à 12 000 MW de renouvelable en 2030. C’est une cadence d’environ 1000 MW par an. Les 12 000 MW de renouvelable, vont nous permettre de gagner en une année, 18 milliards de mètres cubes de gaz », a expliqué Pr Chitour en citant l’idée du président de la République de financer le plan solaire par le gaz non consommé.

« D’une certaine façon, l’Algérie ne vas pas débourser. Je ne vais pas dépenser en allant rapidement vers le solaire. Je vais construire du solaire, et celui qui me construira, je le paie avec le gaz naturel que je n’aurais pas utilisé », a-t-il indiqué, mais tout en estimant que « ce n’est pas suffisant » et qu' »il faut chercher des financements ». 

« C’est tout cela que nous essayons d’imaginer et nous voulons trouver des partenaires capables d’accepter des formules. En tous cas, nous sommes condamnés à réussir et nous n’avons pas le choix », a-t-il estimé, en soulignant que cela arrive à une conjoncture où l’Algérie a moins de moyens financiers. « Pendant 20 ans et 1000 milliards de dollars, nous n’avons pas fait grand chose », a-t-il rappelé. 

Selon lui : « Si on veut réussir le plan solaire, les modèles montrent que si on veut laisser la moitié de ce qui existe aux générations futures, il faut faire un modèle à 50% renouvelable. Cela veut dire, tant de centrales solaires, tant de centrales éoliennes, tant de géothermie…etc ». Le Pr Chitour a fait savoir que « nous avons 280 sources d’énergie géothermique et on en ne fait rien ».

Le Pr Chitour ne connaît pas les raisons de l’abandon du Projet Desertec

Amené à s’exprimer sur l’abandon du projet Desertec, dont l’annonce a été faite il y a quelques jours par le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, le Pr Chitour, en tant que ministre de la Transition Énergétique et des Energies Renouvelables, a indiqué ne pas connaître les raisons.

« Il faut respecter ceux qui ont le savoir. Je ne me permettrait pas de dire que Desertec ça ne vaut rien. Par contre, je peux avoir un jugement de valeur sur ce que peut apporter Desertec à l’Algérie, mais pas à la compétence intrinsèque Desertec qui est indiscutable, de mon point de vue », a-t-il dit.

« Ce que je crois savoir c’est que Desertec avait l’ambition de produire de l’électricité pour l’Europe », a-t-il fait savoir. « Le problème c’est que les premières évaluations avaient parlé de 400 milliards de dollars. Il semble que le Desertec initial et historique a changé de statut », a précisé le ministre qui a ajouté que le projet est devenu une sorte de bureau d’études, qui conseille un certain nombre de pays sur une stratégie à prendre. « Je ne les ai pas reçus, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar ne les a pas reçus »,a-t-il fait savoir à propos des représentants du Projet Desertec.

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