Port sec de Skikda : 40 conteneurs d’une substance inflammable en souffrance depuis 6 mois

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Un million de litres d’un produit hautement inflammable contenus dans 40 conteneurs sont en souffrance depuis six mois au port sec de Skikda à l’Est du pays. Cette énorme quantité de ce produit dangereux est entreposée non loin de la plateforme pétrolière du port de Skikda et exposée au soleil.

« Quarante conteneurs de 20 pieds contenant un million de litres d’un mélange de white-spirit, un dérivé du kérosène (pétrole lampant), hautement inflammable, sont en souffrance depuis le 17 mars dernier au port sec de Skikda », rapporte ce mercredi le journal El Watan, précisant que « bien qu’ils soient hermétiquement fermés, selon des sources locales, un incident, sinon un sabotage, pourrait donner lieu à une immense déflagration, sachant que ces conteneurs sont entreposés près de la plateforme pétrolière du port de Skikda. »

Selon la même source, les 40 conteneurs contenant ce produit inflammable sont destinés à l’exportation vers la Mauritanie et appartiennent à Solvant Pain, une société spécialisée dans la transformation des produits pétroliers, dont le patron se dit victime de bureaucratie. Selon les explications qu’il a fournies au même média, ses déboires avec l’administration remontent au 17 mars dernier lors de l’opération d’exportation de ces dizaines de conteneurs d’un solvant. Sa société a été surprise par ce blocage inexpliqué.

La nature du produit à exporter à l’origine du blocage

Maâchia Réda, le gérant de cette société spécialisée dans le domaine de la fabrication et de l’exportation des peintures, diluants, solvants et tous les produits chimiques destinés à la mécanique et l’industrie, a expliqué à El Watan que la nature du produit à exporter est à l’origine du blocage.

« En effet, les services des Douanes du port sec de Skikda ont insisté pour effectuer un prélèvement de la marchandise à exporter, représentant deux échantillons, pour définir la nature du produit. C’est ce qui a été fait. Le lendemain, les mêmes services ont informé l’opérateur économique que le laboratoire de la raffinerie de Skikda a confirmé que le produit destiné à l’exportation était du ‘kérosène pur’ en nous brandissant un bulletin d’analyse, sans conclusion. Ce produit est un mélange de white-spirit, sachant que, chimiquement, qu’il est dérivé du kérosène, nous avons protesté en expliquant aux Douanes que le produit est un mélange de gasoil avec pétrole lampant (kérosène) à un taux minime et que ce dernier remplace le white-spirit, lui-même un dérivé du kérosène. Mieux, ce produit est en vente libre par les distributeurs des produits pétroliers, car il ne s’agit pas du kérosène Jet destiné aux avions, mais d’un diluant pour peinture et vernis, un solvant pour la préparation d’insecticide et un fuel pour chauffage domestique », a-t-il précisé.

A cet effet, il a exigé une autre expertise dont le résultat était « produit à la norme NA8110 », du gasoil autrement dit. « Je me suis porté, vainement, volontaire pour prendre en charge les frais de cette opération qui doit être réalisée, sous l’égide de la justice, par le laboratoire de l’Institut algérien du pétrole (IAP) de Boumerdès, le seul en Algérie à même de réaliser avec exactitude les analyses et les expertises dans le domaine pétrolier. Mieux encore, pour trancher définitivement, les échantillons doivent être prélevés de tous les conteneurs (40 TC) en question », a proposé l’exportateur, mais, les prélèvements ont été une autre fois envoyés au même laboratoire de Skikda. Les résultats ont conclu cette fois-ci que 38 TC sont un mélange de gasoil et les deux autres de kérosène, confirmant ainsi l’incompétence du laboratoire de Skikda.

Les déboires de ce jeune opérateur privé ne s’arrêtent pas là puisqu’il a fait savoir qu’il a été convoqué par la brigade économique pour être auditionné sur cette affaire. « J’ai rejeté toutes les accusations, en leur fournissant tous les documents nécessaires, démentant ces allégations fallacieuses. J’ai aussi signalé que les prélèvements effectués par les Douanes n’étaient pas scellés et je confirme, pour la énième fois, que mon produit est un mélange de gasoil à un taux faible de kérosène (pétrole lampant). Suite à mes déclarations, le procureur a ordonné de refaire les analyses dans les meilleures conditions juridiques, et c’est là que tout le monde a été surpris qu’aucun conteneur de kérosène n’ait été détecté », a-t-il relaté.

Aucune produit dangereux dans les ports du pays ?

Le 8 août dernier, au lendemain de l’explosion au port de Beyrouth au Liban, le ministre des Transports, Lazhar Hani avait affirmé qu’aucune marchandise dangereuse ou matière explosive ne se trouve dans les ports du pays.

Lors d’une visite d’inspection au port d’Alger, le ministre a indiqué que « l’Algérie a été parmi les premiers pays à interdire la saisie ou le stockage de marchandises dangereuses au niveau des ports », en rappelant que le texte d’interdiction remontait à 1975. Il a souligné que cette loi « est appliquée de manière stricte au niveau de tous les ports du pays ».

Le ministre des transports a indiqué, concernant le stockage des marchandises et le séjour des conteneurs au niveau des ports, que « les lois sont claires à cet égard: la durée de séjour des conteneurs au niveau du port ne doit pas dépasser 21 jours ». « Mais ces délais ne sont pas toujours respectés, ce qui crée des déséquilibres en termes de gestion et de stockage », a-t-il regretté.

Lazhar Hani a précisé que « toutes les mesures seront prises pour améliorer la situation », avant d’instruire les services compétents « d’effectuer des statistiques hebdomadaires des marchandises saisies ou stockées y compris celles faisant l’objet de procédures judiciaires ou abandonnées par leurs propriétaires, et de soumettre les rapports y afférents aux responsables pour examen et régularisation de leur situation ».

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