Pour étoffer le réseau bancaire: Benabderrahmane appelle les investisseurs algériens à créer des banques privées

Finances : Une banque publique ouvrira une succursale en Europe dans les prochains jours

L’appel du ministre des finances Aymen BENABDERRAHMANE, aux algériens détenteurs de capitaux à créer des banques privées peut être considéré comme un signe évident de rupture avec l’ère de Bouteflika. Il faut en effet se souvenir que depuis la mise en faillite de la banque El Khalifa en 2003, l’ex président a, non seulement, fait disparaître les quelques banques privées qui commençaient à activer en Algérie (El Khalifa Bank, Union Bank, BCIA et AIB), mais également, interdit aux algériens d’en créer de nouvelles. Contre toutes les banques qui activaient à cette date, il colla des affaires scabreuses qui vaudront à leurs propriétaires de longues années d’incarcération, au motif de malversations, dont les procès ne révéleront en définitive que peu de choses, sinon les défaillances des contrôles et de la supervision bancaire qui avaient ouvert la voie aux malversations multiformes constatées par la justice. Outre l’affaire Khalifa Bank qui avait requis plusieurs années d’instruction au terme desquelles furent condamnés à de lourdes peines pratiquement tous ses dirigeants, ce fut aussi le cas de l’Union Bank et de la Banque de Commerce et d’Industrie d’Algérie (BCIA) dont les patrons purgeront de longues peines de prison, au terme de procès expéditifs et l’Algérien Internationale Bank (AIB) qui sera liquidée après de tatillons contrôles, ponctués de longues et ruineuses suspensions d’activités. La chute sciemment provoquées de toutes ces banques va causer des préjudices énormes à de nombreux détenteurs de comptes, qui perdront beaucoup d’argent. Certains clients seront carrément ruinés.

L’Algérie s’est, depuis ces événements, retrouvée sans aucune banque à capitaux privés détenus par des algériens résidents ou non en Algérie. C’est un terrible paradoxe pour un pays qui proclame à longueur de journée son option irréversible pour l’économie de marché et la liberté d’entreprendre qui ternira durant longtemps l’image de marque du pays en ouvrant le marché bancaire national à toutes sortes de banques étrangères (notamment françaises et moyen orientales) mais pas aux algériens.  Plus grave encore, dans la foulée de l’affaire El Khalifa, les autorités algériennes interdirent les groupes industriels et financiers, en commençant par le groupe Khalifa qui s’était développé autour de sa propre banque et d’Union Bank et qui avait commencé à créer et racheter des entreprises industrielles en Algérie et à l’étranger. L’AIB qui comptait prendre des participations dans de nombreuses PME, n’aura pas le temps de mettre en œuvre sa stratégie de groupe industriel et financier qu’elle avait envisagée à sa création. Elle sera liquidée bien avant.

La formule des groupes industriels et financiers est pourtant très courante dans les pays développés où leur efficacité est largement prouvée par les résultats prodigieux qu’ils ont obtenus, non seulement sur le développement des filiales, mais aussi, sur le moteur de la croissance qu’est la recherche-développement.

La mésaventure de l’entreprise El Khalifa qui était structurée comme un groupe industriel et financier (des activités économiques structurées autour d’une banque)avait, on s’en souvient, suscité le courroux de l’ex président Abdelaziz Bouteflika, qui ne voulait plus entendre parler de cette forme d’organisation, qu’il fit totalement disparaître d’Algérie. Cette décision intempestive de torpiller toutes les banques détenues par des algériens du seul fait que l’une d’entre elles a gravement failli aux règles prudentielles, est assimilable à celle d’un responsable d’autoroute qui procède à la fermeture de cette dernière, uniquement parce qu’un accident automobile s’y est produit. Beaucoup de critiques fusaient dans ce sens mais le pouvoir ne fléchit pas son intention de débarrasser le marché bancaire algérien des quelques banques privées qui s’étaient aventurées sur ce champ miné de toutes parts.

C’est tout le réseau de banques privées crée à la fin des années 1990 à la faveur de la loi relative à la monnaie et au crédit, qui subira une attaque en règle de la part des plus hautes autorités de l’état qui acculeront toutes les banques en question à mettre la clé sous le paillasson au terme de retentissants procès. Pour les promoteurs qui projetaient de créer des banques ou des établissements financiers, la décision de porter la valeur minimale du capital social à 20 milliards de DA pour les premières et 6,5 milliards pour les seconds, les a contraint à abandonner.

Pour toutes les raisons évoquées plus haut, Il ne reste aujourd’hui plus aucune banque privée détenue par un compatriote algérien. Celles qui existent ont, pour les plus nombreuses, le statut d’entreprise publique économique (ÉPE/SPA) dont les capitaux sont exclusivement détenus par l’Etat (CPA, BNA, BÉA, BADR, BDL, CNEP/Banque etc.) et des banques étrangères régies par le droit algérien (SG, BNP, HSBC, ANATEXIS, ARAB-Bank etc.). Cette anomalie due à une saute d’humeur de l’ex président Bouteflika fait désordre avec le système de marché adopté en 1989 par l’Algérie, mais aucun hiérarque en poste n’a osé la dénoncer de peur de s’attirer les foudres du prince.

Maintenant que l’épouvantail a disparu, des voies éclairées commencent à s’élever pour dénoncer cette criante anomalie en suggérant de la réparer, en autorisant les opérateurs privés algériens à créer des banques et autres établissements financiers. Le motif évoqué par tous ceux, y compris le président Abdelmadjid Tebboune, qui a tout récemment dénoncé l’absence de banques privées détenues par des algériens, est l’insuffisance du réseau bancaire algérien, qui avec seulement 1660 succursales est l’un des plus faibles du bassin méditerranéen.

La tâche qui consiste à redonner corps à un réseau de banques privées ne sera évidemment pas facile, car elle intervient au moment où l’Algérie est en proie à une crise multidimensionnelle (politique, économique et sanitaire) qui recommande la prudence aux détenteurs de capitaux.

On se pose en outre la question de savoir si la Banque d’Algérie est en mesure d’encadrer et de contrôler ces banques privées une fois créées, pour éviter les errements commis par toutes celles qui avaient été dissoutes pour malversations. Pour ce faire, il est impératif que la Commission Bancaire de la Banque d’ Algérie chargée du contrôle et de la supervision des banques soit parée pour accomplir efficacement sa mission. Ce qui ne semble pas être le cas aujourd’hui, du fait que les membres de cette Institution n’ont plus mandats pour accomplir légalement leurs missions. Les mandats d’environ la moitié des membres de la Commission Bancaire n’ont, apprend-t-on, pas été renouvelés depuis le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Le renouvellement de ces mandats relève du seul président de la république que sa maladie invalidante avait empêché de faire. C’est donc à son successeur Abdelmadjid Tebboune, que revient aujourd’hui l’accomplissement de cette importante formalité (nominations et renouvellements des mandats échus par décrets présidentiels), qui permettront, à la Commission Bancaire de jouer convenablement son rôle de contrôleur suprême des banques quels que soient leurs statuts.

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